PROGRAMME LAVIGERIE - Dossier no 1
ENRACINÉES DANS LA TRINITÉ
POUR LA MISSION
Être consacré/e signifie « être tout à tous parce qu’on a dit au Dieu de tous : je suis tout à Toi… »
Pour le Cardinal Lavigerie, il ne faisait pas de doute qu’être ‘tout à tous’ n’est possible que si « l’on a dit au Dieu de tous : je suis ‘tout à toi’… ». Ceci est encore vrai pour nous aujourd’hui : c’est seulement enraciné/es dans la foi que nous pourrons faire face aux défis de notre mission.
Chacune de nous, à un moment donné de son histoire, fait l’expérience de l’Amour de Dieu. Quelque chose de simple et d’indicible fait irruption dans sa vie.
C’est de l’ordre du gratuit, du tout donné… Saisies par l’Absolu, nous découvrons que notre vie a changé ! Jésus-Christ devient pour nous Quelqu’un d’irremplaçable. Il nous révèle le visage de Dieu, plein d’amour et de miséricorde. Il fait surgir en nous, le désir de vivre de Lui et de Le faire connaître à d’autres peuples, en Afrique. (AC 1999, p. 34)
Notre expérience de vie
Que ressens-tu à la lecture de ce qui précède ?
En pensant à ton expérience personnelle, quelle est la façon particulière dont le Seigneur t’a touchée ?
Quelles en sont les conséquences pour ta spiritualité d’apôtre ?
Comment ton image de Dieu a-t-elle été façonnée par ton expérience missionnaire ?
Notre expérience fondatrice
Oui Seigneur, ton appel est premier dans ma vie, et enracinée dans notre spiritualité SMNDA, je te remercie :
Merci Seigneur parce que la passion pour le Christ façonne ma vie, de la même façon qu’elle a façonné la vie du Cardinal Lavigerie. Pour Lavigerie, le/la missionnaire doit prendre conscience qu’il/elle est une personne de prière, qu’il/elle doit appartenir entièrement à Dieu parce qu’il/elle est l’envoyé/e de Dieu. C’est pourquoi, centrer ma vie sur Toi est la source pour vivre mes engagements de chaque jour et cela nourrit mon zèle apostolique.
Merci Seigneur parce que, à l’exemple de Mère Marie Salomé, je dépose ma vie devant toi en toute simplicité. Ses notes personnelles révèlent d’une façon humble et discrète, le chemin spirituel intérieur auquel elle se sentait appelée et qu’elle nous invite aussi à suivre : « Vivre pour Jésus, vivre par Jésus, vivre selon Jésus, vivre comme Jésus, vivre de Jésus ». C’est ce qui lui donnait la force de tenir bon dans l’adversité.
Merci Seigneur parce que, formée par la spiritualité ignatienne, je découvre ton Esprit à l’œuvre là où je suis envoyée, essayant de discerner ce que tu veux que je fasse.
Merci Seigneur, parce que nos sœurs aînées ont découvert ta fidélité dans leur vie et rendent témoignage à ta présence, aussi bien dans les joies que dans les expériences difficiles, d’une manière humble et vraie.
Un contexte en évolution
De nos jours, nous expérimentons de plus en plus de nombreuses remises en question qui vont jusqu’à ébranler nos racines lorsque nous réalisons que, pour beaucoup de gens, notre foi n’a pas de sens. Dans de nombreux endroits, notre façon de présenter l’Évangile ne dit plus rien. L’indifférence religieuse se présente comme l’un des plus grands défis de la mission de l’Église aujourd’hui. Beaucoup de gens recherchent une spiritualité en dehors d’une structure d’Église ; ils choisissent la foi et la spiritualité qui leur plaisent. Nous sommes nombreuses à nous lamenter de la religiosité postmoderne et à nous plaindre de l’emprise de plus en plus forte du Nouvel Âge, des sectes, du fondamentalisme ou du recours à la sorcellerie, sans savoir comment y faire face.
Dans plusieurs régions d’Afrique, là où sévit une extrême pauvreté, les églises sont pleines. Il y a une soif spirituelle authentique, mais aussi beaucoup d’engouement spirituel qui semble apporter consolation, mais sans aider à transformer les situations dans lesquelles les gens se trouvent.
Face à ces défis, nous sommes bouleversées et peut-être dépassées. Nous sommes devant un choix : ou nous décourager, ou reconnaître que la mission nous dépasse, qu’elle est l’affaire de Dieu. Une fois de plus, nous réalisons que, pour être en contact avec ce monde, nous devons être profondément enracinées dans notre foi.
Fortifier nos racines
en approfondissant notre spiritualité apostolique
a) À la suite de Jésus
Jésus a vécu en communion continuelle avec son Père, depuis son baptême jusqu’à l’abandon total entre ses mains au moment de sa mort. L’expression la plus profonde de cette communion se trouve en Saint Jean : le Père et moi nous sommes un. Le Fils ne peut rien faire de lui-même qu’il ne voie faire au Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. Car le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait. Mystère révélé aux pauvres et aux petits !
Et à ceux qui le reçoivent, il donne le pouvoir de devenir enfants de Dieu, c’est-à-dire de vivre aussi en profonde communion avec le Père. Pour saint Paul cette communion se réalise dans notre vie de baptisés, de telle sorte que nous ne vivons plus pour nous-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour nous. Ce n’est plus moi qui vis, dit saint Paul, mais c’est le Christ qui vit en moi.
Ce n’est pas un chemin glorieux et facile, comme l’avait dit Jésus aux disciples : Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? Le chemin à la suite de Jésus, c’est un chemin d’incarnation avec Lui, un aller vers les autres, jusqu’aux extrémités de la terre, pour partager la vie d’un peuple, pour faire un avec ce peuple, solidaires de lui jusqu’au bout. C’est un chemin de service à la suite de Jésus qui n’est pas venu pour être servi, mais pour servir.
Cette spiritualité d’incarnation, de kénose, elle est bien nôtre : nous l’avons écrite dans nos Constitutions avec l’hymne aux Philippiens, et toute notre vie exprime ce désir d’être « envoyées vers, pour vivre avec ». Ce désir nous habite et nous fait chercher comment servir l’Église et l’Afrique aujourd’hui : Comment discerner les appels pour être là où Dieu nous veut ?
« À la suite du Christ, nous livrons au Père notre liberté pour participer à l’œuvre du Fils qui, par son obéissance, donne la vie et recrée la communion entre Dieu et les hommes. » (Const. n° 28).
Cette spiritualité d’incarnation n’est pas seulement dans le sens unique d’un aller vers. Nous sommes conscientes de tout ce dont notre vie s’est enrichie grâce à la rencontre avec d’autres personnes, d’autres peuples, cultures et religions. Aujourd’hui, la Mission se veut enrichissement mutuel, dans un ‘donner et recevoir’ dans le dialogue et le partage réciproque.
b) La Trinité, source de la Mission
Au concile Vatican II, Ad Gentes place l’origine de l’activité missionnaire dans la Trinité elle-même, dans le plan éternel de Dieu d’un salut pour tous, réalisé par l’envoi du Fils et du Saint Esprit dans le monde. Cela signifie que la vraie nature de l’Église, c’est d’être missionnaire.
La mission est d’abord ce que l’Église est, avant d’être ce que l’Église fait. La mission est beaucoup plus que l’expansion de l’Église. Elle passe de la conquête à l’invitation, au dialogue et au partage. Son objectif est de rendre témoignage à la vie même de Dieu.
C’est pourquoi des théologiens d’aujourd’hui, dans la ligne de Vatican II, préfèrent une approche trinitaire de la mission.
Essayons d’approfondir cette approche de la mission en contemplant l’incarnation, comme St Ignace nous la propose, et en nous laissant inspirer par son approche trinitaire
c) La Trinité dans la méditation de l’incarnation selon St Ignace
Regardons les trois Personnes divines, comme le propose St Ignace, depuis le trône de la divine Majesté : quel Dieu voyons-nous ?
D’abord, un Dieu qui observe : Les trois Personnes regardent toute la surface et la sphère de la terre, ainsi que tous les peuples. Avec eux, nous sommes invitées à voir l'immensité du monde où vivent des peuples si nombreux et divers. La découverte du nouveau monde au temps d’Ignace, comme la mondialisation aujourd'hui, nous mettent en face de la diversité : immensité et diversité créées et voulues par Dieu.
Mais dans cette diversité, on tient compte des situations concrètes des individus, comme dit St Ignace : les uns blancs, les autres noirs, les uns en paix, les autres en guerre, les uns dans les larmes, les autres dans les rires ; les uns bien portants, les autres malades, les uns qui naissent, les autres qui meurent…
Oui, nous croyons en Dieu qui observe
Un Dieu qui est concerné : les trois Personnes voient tous les peuples dans un si grand aveuglement, mourir et descendre en enfer. On peut reprocher à St Ignace une vision très négative de l'être humain et de la création. Pourtant le regard de Dieu se pose sur toutes les situations, et Dieu ne reste pas neutre, Il se laisse toucher par ceux qui souffrent de la violence et de l'injustice.
Oui, nous croyons en Dieu qui est concerné.
Un Dieu qui communique, se consulte, dialogue : entendre, dit St. Ignace, ce que disent les Personnes divines : « Faisons la rédemption du genre humain ». Au plus profond de notre Dieu se trouve cette incroyable volonté de communion, une communion qui va vers l'autre pour chercher son salut. Dieu, en soi, est altérité, reconnaissance de l'autre, écoute et parole échangée.
Oui, nous croyons en Dieu qui communique, se consulte, dialogue
Un Dieu qui intervient dans notre histoire et qui agit : St Ignace invite à voir ce que font les Personnes divines : elles décident, dans leur éternité, que la seconde Personne se ferait homme pour sauver le genre humain. Dieu décide de se faire proche, de toucher notre réalité de près. Notre Dieu n'est pas lointain, au-delà de tout. Il se fait l’un de nous. Il se mêle à nous pour le meilleur et pour le pire.
Oui, nous croyons en Dieu qui agit.
Un Dieu qui compte sur notre collaboration : St Ignace ne perd pas de vue la Vierge Marie : voir, dit-il, en particulier la maison de Notre-Dame, à Nazareth, dans la province de Galilée. Le salut s’opère dans le concret. Dieu propose son salut, il ne s’impose pas. Le dialogue au cœur des trois personnes divines aboutit chez nous, et demande notre oui, notre collaboration.
Que notre Mission aujourd’hui
puise ses forces au sein de la Sainte Trinité
que nous puissions entrer dans ce dialogue divin,
dans ce vouloir profond et essentiel du Salut du monde.
Comment la Congrégation nous aide
à approfondir notre spiritualité apostolique ?
Qu’est-ce que la Congrégation a mis en relief, souligné et développé durant ces vingt dernières années ?
Il y a une invitation continuelle à retourner à nos racines fondatrices pour mettre en valeur notre spiritualité apostolique : le « tout à tous », enraciné dans le « tout à Toi » nous accompagne à travers tous nos écrits.
Nous sommes continuellement appelées à trouver Dieu à l’œuvre dans notre histoire et à entrer d’une façon créative dans sa vision pour le monde. Nous désirons former des communautés de foi qui cherchent à discerner les signes de l’Esprit, afin d’arriver à une vision commune de la mission.
Nous sommes invitées à trouver le sens de nos vies dans le mystère de la Trinité.
Propositions
Relisons maintenant :
AC 1987, n° 21-22
AC 1993 n° 25
AC 1999 pg 34
AC 05 pg 36-38
Cherchons à redécouvrir notre spiritualité apostolique et l’aspect trinitaire de notre Mission dans nos Constitutions.
En communauté, prenons le temps et les moyens en vue d’approfondir notre foi et de nous rendre plus fortes pour la partager avec les autres dans notre contexte en évolution.
Encourageons-nous les unes les autres à lire Le Puits accompagnant cette fiche et qui traite de la spiritualité missionnaire. En français, il s’intitule « Le don, démarche missionnaire fondamentale » et est signé du P. Bede Ukwuije. En anglais l’article a pour titre : « Walking on the two Feet of Love » et a pour auteur Sœur Susan Rakoczy.
Cherchons d’autres articles pour apporter des éclaircissements à notre itinéraire de foi.

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