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PROGRAMME LAVIGERIE - Dossier no 3

DESTINÉES PRINCIPALEMENT À L'AFRIQUE

« Aimez l'Afrique... J'ai tout aimé dans notre Afrique. » (Cardinal Lavigerie).

Les Constitutions l'expriment clairement:  notre congrégation est destinée principalement à l'Afrique (Const. n°1) vouée à l'évangélisation des peuples africains (Const. n°2), pour annoncer aux peuples africains la Bonne Nouvelle du Salut, tel est l'appel particulier qui nous a réunies en congrégation. (Const. n°10)

Notre expérience de vie

  1. Que ressens-tu en lisant les lignes ci-dessus ?
  2. En regardant ton vécu, comment cet amour préférentiel pour l'Afrique t'a-t-il marqué ?
  3. Dans ce que tu vis aujourd’hui, qu’est-ce qui est « Bonne Nouvelle » pour toi ?

Notre expérience fondatrice

A l’origine, nos premières sœurs sont allées sur le continent africain, non pas en touristes, mais en apôtres, avec un regard curieux, à la fois respectueux et positif. Elles ont été des pionnières allant à la rencontre d’un autre peuple, d’une autre culture afin de créer des liens.  "L'Algérie n’est qu’une porte ouverte, par la Providence, sur un continent peuplé de deux cent millions d'habitants…que l'apostolat doit atteindre ». (Cardinal Lavigerie)

Sonne l’heure des Indépendances, l’Afrique se réveille, s’interroge… Plusieurs d’entre nous vivent cet événement.
Cette situation nous questionne et change notre perspective. Nous intensifions la formation de leaders, nous favorisons le dialogue entre les diverses ethnies et religions. Nous encourageons les gens à devenir de plus en plus responsables des décisions qui les concernent en vue de construire leur avenir. Nous sommes fières que la parole de notre Fondateur se réalise : « Vous n’êtes que des initiateurs; l’œuvre durable sera accomplie par les Africains eux-mêmes, devenus chrétiens et apôtres. »

Changement de contexte

Les pays africains oscillent entre guerre civile et processus de démocratisation. Pour l’Africain, l’ère du colonialisme est close. Des cris de colère éclatent parfois comme celui devant l’ONU : « Ce que l’on veut, c’est le bannissement définitif des tutelles, des protectorats intéressés, des « gratitudes » par trop gratuites. Avec l’impérialisme d’hier, l’association, oui, mais point d’union ou d’intégration quelle qu’elle soit. »
Toutes nous sommes marquées par l’histoire coloniale de l’Afrique qui influence aujourd’hui encore nos relations. La tentative d’analyse de l’enquête sur l’interculturalité parle de la dominance de la culture occidentale, de nombreux préjugés… L’amour de l’Afrique et de la congrégation nous invite à nous engager  sans cesse sur un chemin de conversion.
Actuellement l’Afrique est partout ! Poussés par l’instabilité économique et politique de leur pays, des réfugiés et des migrants arrivent en grand nombre dans les pays du Nord. Nous nous sentons interpellées par cette situation dont nous sommes aussi responsables. Avec d’autres, nous nous engageons à lutter pour plus de justice dans nos rapports avec ce continent. Et à un autre niveau, nous  sommes présentes auprès de ces personnes pour les aider à s’intégrer.
Depuis l'assemblée du dernier Synode, en 1994,  la situation de l'Afrique a beaucoup changé. (1) Cette nouvelle réalité demande une étude sérieuse et approfondie en vue d'un effort d'évangélisation renouvelé…  Au-delà des souffrances du moment présent, ceux qui ont des yeux pour voir et des oreilles pour entendre, peuvent vraiment discerner le travail de la divine Providence en Afrique.

a) Quelques aspects positifs

Toutes, nous pouvons être d'accord avec le Pape Benoît XVI quand il dit que "l'Afrique est la grande espérance de l'Eglise". En fait, des signes d'espoir, augurant d'une re-naissance d'une Chrétienté féconde et dynamique et de l'avènement de nouvelles sociétés, deviennent de plus en plus tangibles, en témoignent une augmentation remarquable du nombre de catholiques, prêtres et personnes consacrées, le nombre croissant de Missionnaires africains en Afrique et à l’extérieur du continent et la création d’une plateforme continentale de consultation pour eux ; la vitalité des liturgies africaines et des petites communautés chrétiennes. On pourrait citer le rôle grandissant de l'Eglise dans la promotion du développement du continent, surtout dans les domaines de l'éducation et de la santé… ainsi que la grande crédibilité dont l'Eglise, malgré ses faiblesses, continue à jouir parmi les populations africaines. Dans de nombreux pays d'Afrique,  l'Eglise est la seule organisation  qui fonctionne bien et c'est elle qui donne aux gens la force de continuer à vivre dans l'espérance d'un avenir meilleur.

On peut aussi relever le positif de  situations nouvelles:  le retour de la paix dans certains pays d'Afrique;  l'immense aspiration à la paix partout sur le continent, surtout dans la région des Grands Lacs;  une opposition grandissante à la corruption; une prise de conscience aiguë de la nécessité de travailler à la promotion de la Femme et au respect de la dignité de tout être humain; l'implication des laïcs dans la "vie civile" en vue de la promotion et de la défense des "Droits humains";  et le nombre grandissant  des politiciens africains déterminés à trouver des solutions africaines aux problèmes africains.
Tout ceci est une occasion de nous réjouir dans le Seigneur pour les merveilles qu'Il a accomplies en Afrique dans les onze années qui viennent de s'écouler.

 b) Quelques aspects négatifs

Cependant, il faut aussi parler des nombreuses situations inquiétantes dénoncées par l'Exhortation Apostolique. Ces dernières n'ont cessé de se détériorer au fil du temps: " La détérioration à grande échelle des conditions de vie, l'insuffisance des moyens consacrés à l'éducation de la jeunesse, le manque d'accès aux soins élémentaires et aux services sociaux avec, pour résultats, la persistance des maladies endémiques, la propagation du terrible fléau du SIDA, le lourd - et souvent insupportable - fardeau de la Dette internationale, l'horreur des guerres fratricides fomentées par un commerce des armes éhonté et le spectacle pitoyable et déshonorant des réfugiés et des déplacés."
Le taux de mortalité infantile continue à grimper… L'accès à l'eau potable reste très difficile pour beaucoup.

c) Quelques éléments d'analyse

D'une manière générale, on peut dire que la grande majorité des Africains vit en permanence l'absence de certains produits et la carence de services sociaux fondamentaux.
Aujourd'hui, cette situation ne peut manquer de toucher les consciences. Actuellement, plus que jamais, l'Afrique dépend des pays riches et est plus vulnérable qu'aucun autre continent à leurs manoeuvres qui consistent à donner d'une main et à reprendre le double de l'autre…

Violence et PauvretéLa violence naît souvent de la pauvreté, elle est comme une réaction à un isolement social de plus en plus pesant et à une société où discrimination et injustice vont grandissant. Comment expliquer le drame des enfants-soldats ou des enfants sorciers ?  La violence ne pourra être éradiquée sans un changement de ces structures sociales qui font que, certains s'appauvrissent continuellement alors que d'autres s'enrichissent de manière scandaleuse, et qui acculent à l'exode rural et au chômage…
Il est évident que la justice sociale seule ne peut solutionner le problème de la violence. Il faut mener des efforts pour recréer une culture de paix. Sous-produits de la culture, la violence et la guerre trouvent leur origine dans la vie quotidienne d’une société qui, à partir d'un modèle d'hostilité, éduque les gens à la violence.
Les frustrations sont aussi à l'origine des soulèvements sociaux. Elles sont liées à l'inégalité dans l'accès à l'éducation, à une absence de participation légitime au pouvoir politique et économique, à un manque de respect et de reconnaissance ainsi qu’à la soif de chaleur humaine, d'amour et de fraternité. La solution à cette situation requiert une transformation spirituelle. La paix du monde passe par la conversion personnelle. (2)

Comment l'Eglise va-t-elle faire face à ces nouveaux défis ?

Qui va  soutenir les efforts qui doivent se produire pour que l'Afrique change son destin, pour que la réconciliation s'installe au milieu des haines et des divisions, pour que la paix et la justice règnent enfin en Afrique ? Comment faudrait-il proclamer l'Evangile dans une Afrique marquée par la haine, les guerres et les injustices ? En un mot, comment l'Eglise peut-elle rester fidèle au commandement du Seigneur et contribuer à l'avènement de la réconciliation, de la paix et de la justice ? Devant ces défis, l'Eglise-Famille d'Afrique n'a pas d'autre réponse que celle de Pierre: "Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la Vie éternelle…"

Il n'existe pas de réponse toute faite aux questions ci-dessus.  Cependant l'Eglise-Famille d'Afrique maintient que la seule solution est une personne: Jésus Christ !  C'est pourquoi elle invite ses membres à continuer à espérer en lui, le seul qui soit capable de restaurer la dignité et le vraie liberté de l'Afrique.
La seconde Assemblée spéciale vise à raviver, dans les pensées et les actions des fils et filles de l'Eglise en Afrique, l’amour, la foi et l’ espérance en Jésus Christ. (3)

Missionnaires à la suite de Jésus

"Vous allez recevoir une force, celle de l'Esprit Saint qui descendra sur vous.  Vous serez alors mes témoins non seulement à Jérusalem, mais en Judée,  en Samarie et jusqu'aux extrémités de la terre." Actes 1: 8
A la fin de l'Evangile de Luc, Jésus nous laisse aussi l'ordre de prêcher "à toutes les nations en commençant par Jérusalem" (Luc 24, 47). La promesse de l'Esprit est donnée en vue de la mission et cette mission part de Jérusalem; son point d'arrivée c'est toutes les nations jusqu'aux extrémités de la terre. Le mot "nation" inclut également toutes les cultures et tous les peuples. Ce sera le programme de tout le livre des Actes: c'est le Saint Esprit qui fait tomber toutes les barrières culturelles et géographiques.
            La Pentecôte:   "Comment se fait-il que chacun d'entre nous les entende dans sa langue maternelle? " Actes 2: 8
La merveille de la Pentecôte réside dans le fait que tous les peuples et cultures alors présentes peuvent entendre les apôtres dans leur propre langue.
Inspirés par le Saint Esprit, les apôtres trouvent les mots qu'il faut pour proclamer la Bonne Nouvelle. Ils comprennent tous dans la langue maternelle de leur propre monde culturel. La mission de l'Eglise est de porter la Bonne Nouvelle à tous les peuples du monde d'une manière signifiante et compréhensible. Le Saint Esprit ne gomme pas les différences mais il encourage l'unité dans la diversité.
Le texte des Actes nous dit aussi que chacun parlait sa propre langue mais que tous se comprenaient. La Pentecôte démontre que la diversité des langues et des cultures ne conduit pas nécessairement à la division et au désordre.
Au Concile de Jérusalem, les premiers témoins ont dû dépasser leurs particularismes culturels et religieux pour s’ouvrir à l’impulsion universaliste de la Pentecôte.
Être missionnaire c’est proclamer la Bonne Nouvelle partout où les personnes dialoguent et collaborent. La mission n’est plus aux frontières, elle est là où il y a communication : sur toutes les routes du monde, sur toutes les places, à tous les écrans de télévision. Partout où nous nous rencontrons pour donner un sens à notre vie, il y a place pour Jésus le Nazaréen. L’Évangile se fait culture.

Pour être témoin, le missionnaire vit cette tension à travers la kénose,   ce dépouillement semblable à celui que le Christ a accepté depuis l’Incarnation jusqu’a la Croix. C’est la lutte pour vaincre ses propres particularismes et s’ouvrir à l’autre, pour se faire ‘tout à tous’ à cause de l’Évangile. 

Comment la Congrégation cherche-t-elle à relever ce défi ?

Chapitre de 1993:  l'Afrique reste le lieu prioritaire de notre mission.  Devant les situations dramatiques de l'Afrique, nous avons compris que notre charisme répondait au même cri de l'Afrique, avec la même urgence qu'aux jours du Cardinal…En vérité, notre but est d'aider à l'avènement du Royaume de Dieu en Afrique.
Devant la détérioration de l'image de l'Afrique, nous profitons de toutes les occasions pour donner une image plus vraie et plus positive de l'Afrique en mettant l'accent sur tous les efforts qui sont faits.

En 1999, nous avons de nouveau confirmé que, par notre charisme, nous sommes pour l'Afrique; notre réalité, en tant que congrégation nous a cependant conduites à nous demander: sommes-nous toujours une congrégation pour l'Afrique ? Ne serions-nous pas plus utiles à  l'Afrique,  en nous engageant davantage dans les pays du Nord ?
Notre réponse a été que notre charisme pour l'Afrique, don de l'Esprit fait au Cardinal Lavigerie pour l'Eglise universelle, reste pour chacune d'entre nous un appel à vivre aujourd'hui, le "J'ai tout aimé dans notre Afrique"… Façonnées par l'Afrique, nous sommes appelées à vivre la dimension Ad gentes de notre charisme où que nous soyons envoyées.  Le continent africain est la portion de la Vigne du Seigneur confiée à notre mission
Le Chapitre de 2005 a réaffirmé notre spécificité pour l'Afrique, puisque depuis nos origines l'Afrique a toujours été le champ privilégié de notre mission.  Dans le contexte actuel, où que nous soyons, que ce soit l’Afrique ou l'Euramérique, et quel que soit notre âge, notre engagement, notre nationalité, nous sommes appelées à être attentives au monde africain de façon à participer pleinement à la mission de notre congrégation. (p.49)

Propositions

Par le fait de notre appartenance à un même corps, toute obédience est envoi et tout service,
mission en vue de l'Afrique (Const. 13)

  • Comment est-ce que je manifeste cet amour préférentiel pour l'Afrique dans ce que je vis et fais, ici et maintenant  ?
  • Comment est-ce que je me sens appelée, ici et maintenant, à proclamer la Bonne Nouvelle aux Peuples africains ?
  • Comment suis-je interpellée pour mieux vivre l'amour préférentiel pour l'Afrique…  pour l'approfondir ?
  • Quelles dispositions concrètes dois-je / devons-nous prendre individuellement ou communautairement ?
  • Les gens nous demandent … "Êtes-vous sûres qu'il y a encore besoin de missionnaires  en Afrique " ?  
    Prenons le temps pour approfondir notre réponse

(1) Extrait des Lineamenta 2006, 2ème Assemblée spéciale pour l'Afrique "L'Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix."

(2) Pour accompagner votre réflexion, nous vous encourageons à lire les Lineamenta 06 en entier

(3) Lineamenta 06

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