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Notre Projet: Tamaha, un jardin d’enfants à Gumo, Ghana

 

 

Lorsque je suis arrivée à Gumo en septembre 2002, le jardin d’enfants de Tamaha, « Espérance » en dagbanli, n’en était qu’à ses premiers balbutiements. Il s’agissait d’une reconversion du projet de « Centre de ressources » commencé par une de nos sœur. Tamaha a été créé avec l’accord des autorités villageoises. Depuis sa construction début 2001, les bâtiments étaient utilisés le matin pour rassembler les jeunes enfants d’âge préscolaire, leur donner des rudiments d’anglais et quelques connaissances de base dans différents domaines. Ils formaient un seul groupe d’une trentaine.

Au mois de septembre 2002, ils ont été partagés en deux groupes. Une postulante, Vinolia Ayivor, et notre jardinier, Idrissu, enseignaient sans aucune formation préalable. Les premiers mois, tout en apprenant le dagbanli, j’ai essayé une fois par semaine de leur apporter quelques conseils de pédagogie, préparation de classe et organisation. Plus tard, j’ai passé du temps dans la classe avec eux. Il s’agissait d’une œuvre naissante, sans passé ; donc, cela a été un défi pour moi.

J’ai une formation et une expérience d’institutrice dans les classes primaires, mais je me suis sentie dépourvue pour ce niveau de maternelle. Et puis le système éducatif du Ghana est différent de celui de ma Bretagne natale ! C’est ainsi que la créativité se développe ! Récupération de toutes sortes de petit matériel, imagination, demande d’idées et de conseils pour « inculturer » localement la mission confiée. Je suis allée visiter plusieurs jardins d’enfants. J’ai collecté leurs programmes, puisque rien d’officiel n’existait. J’ai fait des erreurs. Mais cela m’a profité. Ainsi, pas assez d’apprentissages purement scolaires ; j’avais l’image d’une école maternelle à la française où on ne commence réellement ces apprentissages qu’au primaire, tandis que, au jardin d’enfants, on développe d’autres facultés préparatoires.

La création d’une œuvre demande d’établir des contacts avec l’environnement, d’être en relation avec des œuvres du même type. Cela demande un esprit d’initiative et de créativité, la disponibilité à se réajuster sans cesse, l’ouverture à la communauté, la confiance en soi… autant de qualités bonnes à découvrir et à développer ! Je me suis sentie parfois en dessous de ces capacités, ne sachant par quel bout prendre les choses, manquant d’organisation… J’ai appris à avancer doucement, à accepter mes limites, à me remettre à l’Esprit, à trouver encouragements dans l’expérience de mes sœurs aînées dont beaucoup sont passées par ce même genre de situation. J’ai encore beaucoup à améliorer. Je crois que nous n’avons jamais fini et j’apprécie beaucoup l’aide de mes sœurs à travers leurs questions, défis, conseils.

« Une œuvre à nous », c’est aussi bien sûr un investissement financier ; tout l’aspect matériel est entre les mains de la congrégation. Mais l’expérience que nous avons à Gumo est que les amis, connaissances et même parfois des gens inconnus s’intéressent à notre œuvre, « l’œuvre des sœurs », et font preuve de beaucoup de générosité par des dons en nature ou en espèces. En 2003, des lycéens ont organisé une collecte de matériel pour les enfants de Tamaha qu’ils avaient connus par Internet ! Je pense que les enfants sont aussi une population qui éveille l’intérêt des gens ; nous sommes par eux au service du futur d’un peuple.

Dans « l’œuvre à nous », les choix de fonctionnement internes sont ouverts et permettent de refléter notre esprit de congrégation. A Tamaha, dans les relations avec les parents et avec les enfants, par l’esprit de fraternité et de pardon que nous essayons de développer, c’est ma foi dans l’Amour du Christ que je désire partager, ma certitude que chacun est enfant de Dieu, habité de Sa présence, chargé de talents particuliers à développer. Dans le cas d’une école, nous avons libre choix des enseignants. Pour le moment, notre jardin d’enfants n’est pas « reconnu » dans le système éducatif public ou catholique. Cela nous prive du bénéfice des sessions de formation offertes aux enseignants et de certains dons matériels. Mais au Ghana, c’est seulement en 2005-2006 que deux années de maternelle ont été intégrées dans le cursus scolaire et qu’un programme d’activités vient juste de paraître. Cependant, Tamaha est enregistré au Bureau d’Education du District depuis avril 2006 (nombre d’enfants, d’enseignants, âges…). Cela nous fera bénéficier des visites de supervision. Nous payons nous-mêmes les enseignants sur le Fonds Apostolat. Des lois nouvelles (2005) rendent une « reconnaissance » officielle dans l’enseignement catholique plus compliquée ; elle ne peut se faire que si le jardin d’enfants est rattaché à une école primaire.

Comme nous avons la charge de cette œuvre, il est aussi plus facile de s’organiser, de s’ajuster aux autres appels de la mission : dates d’ouverture et fermeture sont parfois décalées, un enseignant remplacé par une autre personne… Cela a été le cas lorsque des postulantes étaient chargées de l’une des classes. Elles ont eu plusieurs fois des sessions
de formation prises sur le temps scolaire. Pour moi aussi, nous nous sommes ajustés quand je suis partie en Algérie ou au moment de mon congé. Bien sûr, l’un des avantages est que cette œuvre est une « plateforme de lancement » pour les plus jeunes. Elle le fut pour moi – et je continue d’apprendre beaucoup – et pour plusieurs postulantes. Lorsque des aspirantes passent quelques jours chez nous, « l’œuvre à nous » est aussi intéressante pour elles : elles découvrent une façon de vivre notre charisme et d’y prendre part.

Le fait que ce soit un jardin d’enfants, et juste à côté de chez nous, est un moyen privilégié pour toucher la population. Par les enfants, nous sommes en lien avec les familles. Nous pouvons transmettre des connaissances aux élèves, leur partager ce que nous savons, mais aussi les aider à grandir dans toutes les dimensions de leur être, les éveiller à la présence de Dieu et leur apprendre à vivre ensemble. Cette expérience du groupe est la première pour les plus petits. L’éducation est une pierre de fondation dans la vie d’une personne. Ce qu’elle acquiert dès le plus jeune âge construit son être social, intellectuel, spirituel.

C’est une œuvre de prévention aussi. Les jeunes éduqués s’enfuiront moins facilement dans des tentations destructives, afin de gagner leur vie ou de lui donner sens. Mais, avec l’expérience de trois années maintenant, cela devient une évidence pour moi que le jardin d’enfants devrait être suivi par un primaire solide. L’acquis est là, mais il est fragile. Nous n’avons pas de bonne école primaire proche. Je constate que les enfants régressent dans leur aisance à parler anglais. L’ensemble des connaissances devrait être consolidé lors des premières années de primaire qui forgent les bases de toute scolarité.

C’est une mission dans laquelle je trouve beaucoup de joie, les enfants ont soif de connaître, de découvrir leurs talents ; nous grandissons, eux et moi, les uns par les autres !

Véronique Hégron, Gumo, Ghana

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