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Lettre de
nouvelles des
Sœurs Missionnaires de Notre Dame
d'Afrique
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INTERNATIONALITÉ? QUEL DÉFI !

n° 4 Septembre 2008
 
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Sommaire

Editorial: Lucie Pruvost

" INTERNATIONALITÉ? QUEL DÉFI ! "

1. Trésor à vivre et à entretenir, Communauté de Gitega      
2. Alliage de cultures, Communauté de Gumo  
3. Force d'une communauté interculturelle, Communauté d'Arusha
4. Richesse de notre héritage, Communauté de Ghardaïa

La vie se partage

1.Recycler le passé, Patricia Massart
2. Premier juniorat bilingue, Junioristes
3.Pentecôte à Kalemie, Père Giuseppe Locati, MAfr.

Savez-vous que ?

Chrétiens et musulmans, témoigner de Dieu ensemble, Card. Tauran et Dr Rifâi

Regards croisés

Comment les MAfr vivent et prient au quotidien, Père José Maria Cantal

Communications  

Identifier les photos

Equipe de rédaction

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Editorial

" Aujourd'hui, un grand nombre de personnes et de groupes dans le monde sont convaincus qu'un autre monde est tout à fait possible. " - (Rompre avec la routine, atteindre les objectifs du millénaire pour le développement, Caritas Internationalis, p. 18) - Le défi de l'interculturalité au quotidien vécu dans nos communautés ne serait-il pas un moyen d'entrer dans cet objectif du millénaire, car il nous appelle d'une certaine manière à " assurer un développement durable " ?

      Les textes reçus de quatre communautés de la province d'Afrique, offrent des témoignages de cette expérience d'interculturalité vécue au quotidien par bon nombre d'entre nous. En les lisant, nous pourrons mesurer les beautés et les difficultés de notre mission avec sa dimension propre, l'envoi en communautés apostoliques internationales (Const. n° 2). Au-delà de l'internationalité, la vie interculturelle ne va pas toujours de soi. Mais c'est aussi, selon les sœurs elles-mêmes, " la richesse de notre héritage ", " un alliage de cultures ", " un trésor à vivre et à entretenir ", qui fait " la force d'une communauté interculturelle ". C'est bien ce qu'exprime le contenu du " dossier " de ce numéro qui, vous l'aurez remarqué, se situe dans la ligne de la formation permanente à l'interculturalité mise en œuvre par le Conseil général, à la suite des recommandations du Chapitre de 2005. Le thème est si riche qu'il sera repris dans une réflexion plus ample, sur l'interculturalité, toujours, où les deux témoignages déjà reçus d'Euramérique trouveront leur place.

Comme l'annonçait le n° d'avril de Partage Trentaprile (p. 45), nous inaugurons aujourd'hui une forme de collaboration entre MAFR et SMNDA avec une rubrique nouvelle " Regards croisés ", mise au point par nos deux Conseils généraux, lors de l'une de leurs dernières rencontres et annoncée dans le numéro d'avril dernier (p. 45). Deux fois par an, Petit Echo et Partage Trentaprile publieront chacun de leur côté le point de vue des MAFR et des SMNDA sur un thème choisi en commun. Pour cette première fois, les MAFR expliqueront à notre intention " comment ils vivent et prient au quotidien ", tandis que les SMNDA leur diront avec quels yeux elles aiment voir le Cardinal, notre commun fondateur. Ce n'est pas tout.  La collaboration entre nos deux Instituts apparaît encore à travers La Vie se partage. Tout d'abord un écho de la session " senior " des MAFR à laquelle deux SMNDA ont participé, l'une comme co-animatrice et l'autre comme participante. C'est ensemble que les sessionnistes ont " recyclé le passé ". Et puis, un MAFR du Congo s'est glissé d'une manière inattendue dans notre bulletin, en racontant à notre intention la célébration de  la " Pentecôte à Kalemie RDC 2008 ". L'interculturalité s'est aussi vécue d'une manière nouvelle, grâce à une autre initiative de notre C.G., le lancement d'un " premier juniorat bilingue ", dont les participantes nous disent comment son déroulement a répondu à leur prière d'entrée : " Unis-nous, Seigneur, par des liens qui ne peuvent être rompus ".

      Un Savez-vous que ? nous rappelle aussi, grâce à une Déclaration toute récente du Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux (CPDI) que " fidèle à ses origines, la Congrégation porte une attention particulière aux croyants de l'islam " (Const. n° 18), une invitation pour " chrétiens et musulmans à témoigner de Dieu ensemble ".

      Les Communications vous informeront des mouvements du C.G., de la liste des novices admises aux noviciats d'Arusha et Bobo-Dioulasso. Le C.G. explique aussi pourquoi et comment les notices concernant nos sœurs entrées dans la Vie varient selon leur destination, bulletins de Congrégation, de province ou de région. L'une d'entre nous enfin nous rappelle qu'il est important d'identifier les photos que nous prenons pour nos différentes archives. Ces communications et d'autres encore sont utiles à toutes et nous unissent concrètement dans notre prière autour d'un même projet de Congrégation : " être vraiment des sœurs les unes pour les autres ".

      Octobre, c'est pour beaucoup d'entre nous une période de reprise d'activités après le repos de l'été, qui a permis à beaucoup de se ressourcer dans l'Esprit du Seigneur et à certaines de retourner en famille et, peut-être, de sensibiliser l'entourage à notre vocation spécifique de SMNDA, " Annoncer aux peuples africains la Bonne Nouvelle  du Salut " (Const. n° 10). Bonne reprise à toutes !

Lucie Pruvost

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" INTERNATIONALITÉ? QUEL DÉFI ! "

TRÉSOR À VIVRE ET À ENTRETENIR

      Pour notre communauté de Gitega où se retrouvent quatre nationalités différentes, l'interculturalité est une réalité. Nous constatons que c'est surtout une richesse. En effet, nous sommes continuellement appelées à ouvrir notre esprit à des manières nouvelles de comprendre les événements de la vie, aussi bien sociale que culturelle et religieuse. Mais cela implique aussi une certaine pauvreté puisque, pour accueillir la culture de l'autre, il faut abandonner certaines valeurs de sa propre culture. Autrement dit, se dépouiller pour s'enrichir.

      Au début de la vie missionnaire de chacune de nous, la communauté interculturelle est un défi important, qui devient de plus en plus souple au cours des années. Vivre avec des personnes de différentes cultures demande une bonne dose d'accueil mutuel et un a priori favorable envers les autres.

      L'interculturalité est un apprentissage continuel à vivre ensemble, dans le respect mutuel. C'est UN TRÉSOR FRAGILE qu'il faut bien soigner et entretenir. Elle demande tout d'abord d'être bien enracinée dans sa propre culture. C'est alors que l'on pourra reconnaître et accepter les valeurs et les contre-valeurs des autres. En ce sens, la confrontation avec une autre culture, nous aide à mieux connaître la nôtre.
Cette manière de vivre nous demande une CONVERSION CONTINUELLE. Mourir à soi-même pour accueillir l'autre avec ses vues différentes des nôtres... Lorsque nous ne comprenons pas, ouvrir un espace pour dépasser nos vues et faire un pas de plus. C'est un passage pascal incontournable.

      Pour que la rencontre des cultures DEVIENNE UNE RICHESSE, il faut pouvoir donner et recevoir ; accepter d'apprendre des autres. Dans la communauté, le groupe majoritaire doit être attentif à ne pas s'imposer aux autres. Notre vie nous appelle aussi à une attention particulière aux minorités, surtout face aux personnes timides ou qui, spontanément, ne parlent pas de leur culture. Accepter que la différence puisse parfois nous mener à des incompréhensions et à des chocs culturels. Et puis, la différence peut aussi être source de conflit. Reconnaître " ma sœur "  dans l'autre, est fort exigeant.

      Nous devons veiller à NE PAS PRENDRE LE CHEMIN LE PLUS FACILE, celui qui consisterait à ne pas se compliquer la vie, et alors par exemple, se taire pour éviter les affrontements. Face aux incompréhensions, un danger nous guette, celui de nous enfermer dans le mutisme ou même dans la critique, derrière le dos des intéressées.

      Au jour le jour, nous sommes appelées à faire face à des ASPECTS TRÈS CONCRETS, comme sont la nourriture, la langue, la liturgie, les moyens de communication... Ainsi par exemple, la façon d'accueillir les visiteurs est différente d'un pays à l'autre. La conception de la gestion matérielle varie aussi d'une culture à l'autre. De même la communication dans une langue que l'on ne maîtrise pas bien, qui peut conduire à une compréhension différente de mêmes réalités.

      La vie communautaire vécue en groupe interculturel est bien spécifique de notre Congrégation. Elle touche le cœur de notre CHARISME et devient signe de la Vie nouvelle, inaugurée dans le Christ. Nos Constitutions nous le disent : " Rassemblées par Jésus-Christ de différentes nations, nous sommes envoyées, en communauté, pour accomplir la mission que l'Église a confiée à la Congrégation " (Const. n° 54).

      Notre FOI CHRÉTIENNE est le pilier sur lequel s'appuie notre vie missionnaire, vécue en communauté interculturelle. Nous sommes toutes égales dans la foi. Jésus est venu dans le monde pour nous apprendre que nous sommes tous et toutes, frères et sœurs. Il nous appelle et nous invite à vivre ensemble les valeurs de son Évangile.

Nous constatons que déjà notre ÉDUCATION EN FAMILLE ET À L'ÉCOLE nous a aidées à nous ouvrir et à respecter les autres dans leurs différences de classe sociale ou de culture. Nous remarquons aussi que vivre en dehors de son pays et dans des communautés interculturelles dès les premières années de notre vie missionnaire dans la Congrégation, nous a aidées à nous ouvrir à la différence, et à relativiser certaines valeurs de notre propre culture que nous croyions être les meilleures. Le fait de partager sa propre culture avec les autres, nous aide à mieux nous connaître et à nous accepter davantage en vérité.

      La formation que nous recevons DANS LA CONGRÉGATION est orientée vers l'ouverture. Elle favorise un a priori favorable à la différence avec les autres cultures. Bien que les bases soient mises pendant la formation, nous sommes invitées à grandir progressivement en cultivant les valeurs de notre famille SMNDA.

      Notre vie vécue en communauté interculturelle est avant tout une RICHESSE. Elle veut être par elle-même un signe de fraternité universelle. Dans un pays où les différences ethniques sont parfois source de conflits, notre vie peut interpeller  les gens qui nous côtoient. Nous sommes des enfants d'un même Père. C'est Lui qui nous aide à grandir ensemble et qui nous invite à célébrer et bâtir la communion entre nous.

Communauté de Gitega, Burundi

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ALLIAGE DE CULTURES

      Nous sommes six dans notre communauté et nous appartenons à quatre nationalités différentes (Uganda, France, Ghana et Tanzanie). C'est donc une communauté internationale et interculturelle vraiment typique. Pour nous, " interculturalité " signifie la coexistence dans une même communauté de deux groupes ou plus, de différentes personnes. En d'autres termes, c'est un ALLIAGE DE CULTURES qui peut se composer, par exemple, de personnes de races, ethnies, religions, etc. différentes. Notre communauté en est donc un exemple concret.

      Notre vie multiculturelle communautaire est déjà une PROCLAMATION DU ROYAUME (L.C. juin 1994). C'est un lieu où des personnes de toutes nations se rassemblent pour adorer et rendre un culte au Seigneur. C'est là que se réalise le lieu où le lion et l'agneau paissent et gîtent ensemble. C'est aussi la réalisation du désir le plus profond de nos fondateurs, le Cardinal Lavigerie et Mère Marie-Salomé. Le fait que notre Congrégation ait commencé en Afrique avec des femmes déracinées de leur environnement culturel, pour s'incarner aujourd'hui encore dans des environnements culturels différents, voilà une réalisation du projet de Dieu.

      Concrètement, nous vivons cela à travers DIVERS ASPECTS DE NOTRE VIE QUOTIDIENNE de communauté. Tout d'abord, chaque sœur estime sa propre nationalité et son milieu d'origine. Nous accueillons les cultures les unes des autres, nous échangeons souvent sur ce sujet. Nous voyons nos différences culturelles comme une source d'enrichissement et non comme une menace. Cela nous aide à vivre ensemble harmonieusement dans nos différences. Nous nous soutenons et nous nous écoutons les unes les autres en respectant nos différences. En d'autres termes, nous essayons de vivre une communication respectueuse : ne pas généraliser quand on parle, ne pas couper une sœur qui n'a pas fini de parler... Nous sommes attentives aux expressions culturelles des unes et des autres, l'acceptation de soi, l'acculturation aux cultures des autres, autant et aussi bien que nous le pouvons. Par exemple, en partageant et en nous révélant nous-mêmes, nous apprenons à mieux nous connaître. Chaque fois que nous avons un malentendu, nous nous asseyons et clarifions, nous nous pardonnons mutuellement, nous nous réconcilions et " en avant, vivons ! "

      Nous apprenons comment PRÉPARER ET MANGER LES METS DE CHACUN DE NOS PAYS. Par exemple, Justine Akampanya, Piala Massawe et Véronique Hégron, qui viennent d'un milieu culturel différent, ont appris à manger quelques plats ghanéens : porridge de maïs et de millet (Tz) avec une soupe de gombo (Okra soup), fufu avec une soupe à la noix de coco... Les sœurs ghanéennes ont aussi appris à manger les plats des autres : crêpes, macaroni en sauce blanche, banane plantain (Matoke)...

      En fait, même parmi les Ghanéens, il y a DES AIRES CULTURELLES DIFFÉRENTES, et donc entre eux aussi quelques différences. A Tamale, nous les sœurs, nous sommes toutes des " étrangères ", puisque aucune de nous n'est d'ici. Toutes, nous devons apprendre la langue et la culture des Dagombas pour nous rendre capables de mieux nous acculturer et vivre avec les gens. Le Cardinal Lavigerie voulait que nos sœurs portent, comme les femmes du lieu, une longue robe blanche avec un voile semblable à celui des femmes arabes. Nous vivons cet aspect autant qu'il nous est possible en nous habillant comme les femmes ghanéennes, mais simplement, spécialement en ce qui concerne nos sœurs expatriées, Véronique, Justine et Piala. Les gens sont souvent heureux de voir spécialement notre sœur européenne, Véronique, s'habiller comme une Ghanéenne.

      En vérité, cette manière de vivre appelle à L'OUVERTURE, À LA RÉCEPTIVITÉ, à la patience, à changer d'attitude, à se convertir, à renoncer à soi-même et demande de l'énergie et de l'attention dans nos choix. Dans notre communauté, à l'exception d'Alice Bangnidong, toutes les sœurs enseignent dans une école catholique dont nous avons pris la direction en septembre dernier. A table ou à d'autres moments, les conversations et les partages des sœurs ont aidé Alice à comprendre la vie de l'école et de son environnement. Elle le fait à travers une écoute active. Par cette écoute, elle prête attention à ce qui se dit aussi bien qu'au respect de la sœur et d'elle-même. Parfois, avec ses moyens humbles et limités, elle peut apporter des idées et des solutions dans l'administration de l'école. Cela souligne la valeur de la collaboration, de la solidarité et le fait d'être vraiment des sœurs. Voilà qui confirme que notre apostolat,  nos projets ne sont pas des affaires individuelles, mais des projets de communauté au vrai sens du terme. Connaissant la culture de l'autre, nous apprenons aussi à quoi elle est sensible, ce qui peut la blesser. Il y faut une attention et un souci constants pour vivre en liberté et amour.

      Cette dimension d'interculturalité fait partie de notre patrimoine de famille SMNDA depuis les débuts de la Congrégation. Nous pouvons le constater à travers nos rencontres avec d'autres congrégations qui n'ont  pas été fondées en Afrique, ni pour l'Afrique.  Disons que nos communautés internationales et interculturelles sont pour nous un stimulant dans ce  travail continuel d'adaptation.

      L'INTERACTION ET LE PARTAGE en communauté nous ont aidées à découvrir quelques valeurs culturelles communes. On nous a enseigné des valeurs  comme : vie, personne, célébration, temps, religion, écoute, autorité, symbole, discipline, endurance, travail laborieux, contrôle de soi, coutumes, traditions, loyauté, respect, disponibilité à obéir, communauté, rites, solidarité dans l'unité, partage... Des valeurs comme la discipline, le labeur, etc. ont été gravées en nous dans nos familles, en société, à l'école et durant la formation. Nous avons appris que la vie est une lutte et que sans endurance et labeur, nous ne pourrions pas devenir des personnes posées. L'écoute a un lien avec le temps. Le respect est aussi lié à l'écoute parce que, lorsqu'on écoute une autre personne, cela valorise à la fois la personne écoutée et celle qui écoute. C'est un point commun aux cultures représentées dans notre communauté ici à Gumo.

      La COMMUNAUTÉ est une valeur très forte dans la plupart des cultures africaines. Ce sens de la communauté donne cohésion à la vie entière de la tribu. En fait, presque toute l'opinion et toute la vie sociale des individus sont déterminées par la communauté. Dans notre communauté, nous avons toutes eu la chance de recevoir notre formation de congrégation dans un postulat, un noviciat, etc. interculturel et interracial. Cette formation reçue et bâtie aux diverses étapes de nos vies nous aide dans notre vie quotidienne.

      Toutes les valeurs culturelles ci-dessus mentionnées ont été renforcées et soutenues par les ENSEIGNEMENTS CATÉCHÉTIQUES pour le baptême et la confirmation, et par la FORMATION SPIRITUELLE ET THÉOLOGIQUE. En plus de cela, il y a la direction spirituelle, l'examen de conscience, les lectures spirituelles et les prières. Nous essayons donc d'intégrer tout cela dans notre vie. Finalement, affirmer LES VALEURS DU CHRIST et le mettre effectivement au centre de nos vies, c'est nous soutenir dans notre vie de communauté interculturelle.

Communauté de Gumo, Tamale, Ghana

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FORCE D'UNE COMMUNAUTE INTERCULTURELLE

      Mais je... nous le vivons chaque jour. Je suis dans cette communauté depuis quatre mois. Nous sommes dix, de sept nationalités. Nous arrivons de trois continents : Afrique, Amérique du Nord et Europe. Je dois dire encore que nous venons de dix cultures différentes, puisque celles d'entre nous qui ont un même pays d'origine, proviennent de régions différentes de ce pays et appartiennent à des groupes ethniques différents. Alors même qu'elles se sentent appartenir au même groupe, elles constatent entre elles des différences assez remarquables.

      De plus, je remarque que chacune arrive avec sa propre culture familiale, son histoire, la façon dont elle a été éduquée, ainsi que le milieu où elle a grandi. Cela a contribué à façonner sa personnalité, à quoi s'ajoutent toutes ses expériences de vie. L'ensemble l'a aidée à être aujourd'hui la personne qu'elle est maintenant. Et nous voici rassemblées par le Christ pour rendre témoignage de son Amour dans cette culture ou ce mélange de cultures, ici à Arusha, Tanzanie.

      Personnellement, c'est dans une autre communauté que j'ai vécu les premiers pas du programme Salomé. L'invitation mutuelle a été un moyen excellent dans nos relations, essentiellement dans nos rencontres et partages. Mettre en pratique la communication respectueuse, consciemment et par décision,  nous y a aussi beaucoup aidées. Je suis très contente d'avoir ainsi vécu cette étape.  Ce qui m'a frappée en arrivant ici, c'est le calme et l'harmonie. Les membres de cette communauté ne sont pour autant pas en vacances, non, elles travaillent dur. Et puis, il y a aussi des moments où nous ne sommes pas totalement d'accord. Et pourtant, même s'il m'est difficile de dire pourquoi, je peux écrire : " Il est bon d'être ici. "
Dans notre programme de prières, j'ai découvert quelque chose que je n'avais pas trouvé ailleurs. Tous les mercredis, nous avons une prière sur l'interculturalité.  Cela signifie que celle qui a la liturgie de ce jour prépare le thème de la prière et invite à un simple partage du vécu, chacune s'exprimant selon sa propre culture et son expérience de vie. Chaque semaine, nous avons aussi une prière pour la paix. Il est sûr que ces thèmes et ces moments de prière nous aident toutes à prendre conscience de nos différences et de nos richesses.

      C'est la FORCE DE LA COMMUNAUTÉ INTERCULTURELLE qui apparaît lorsque nous partageons chacune selon ce qu'elle est. Chacune se sent accueillie, reçue, et appréciée. Cette force, je vois qu'elle se manifeste par la joie, le sens de la responsabilité, le sentiment d'appartenance de chacune, et l'élan de vie que nous ressentons.

      Cette force, je la perçois aussi à travers ce que disent les gens : " Ma sœur, tu n'es jamais en colère? " - " Même si vous ne portez pas l'habit, vous demeurez toujours dans votre simplicité ! " - " C'est votre sœur Pierrette qui m'a appris à visiter les malades et les personnes âgées. Malgré son âge, elle était toujours prête à aller vers les gens, un sourire sur son visage. "

      Voilà qui me confirme dans le choix et la réponse donnée à l'appel du Christ. Ce choix que j'ai fait, il y a quelques années, d'une congrégation internationale et interculturelle de religieuses missionnaires. Merci à toutes mes sœurs !

Maite Sanz de Pablo, Arusha

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RICHESSE DE NOTRE HÉRITAGE !!!

      Aujourd'hui, nous voulons vous partager comment nous vivons l'interculturalité dans notre communauté et au sein du milieu où nous sommes envoyées. Dès la reconstitution de notre communauté en 2004, " l'interculturalité " a cessé d'être pour nous un "  concept " à étudier pour en vivre ultérieurement. C'est une réalité à vivre au quotidien, déjà à l'intérieur de la communauté où nous sommes : 7 provenant de 5 pays différents (Burkina, Congo, Espagne, France, Rwanda). Et tout autant, mais d'une manière autre, au sein du peuple auquel nous sommes envoyées et où se côtoient plusieurs cultures, notamment Arabes et Mozabites, qui ont plutôt tendance à s'affronter.

      EN COMMUNAUTÉ, l'interculturalité est manifeste. Elle nous demande à tout moment un effort d'écoute, de connaissance de soi-même et de l'autre, d'ouverture, avec une saine curiosité pour découvrir que l'autre est " autre " et que nos différences peuvent être source d'enrichissement mutuel. Il y faut aussi beaucoup d'humour. Les occasions sont nombreuses, inédites. En voici quelques exemples :
* Les préparations liturgiques : quoi de commun entre ce que sœur X appréhendera de tels textes liturgiques et nous le fera méditer, et ce qu'aurait pu nous proposer Sr Y. ? Les feuilles de chants sont-elles préparées d'avance ? On y reconnaîtra vite Sr X ou Sr Y.
* Nous pouvons toutes mener une réflexion sur tel ou tel sujet mais... combien différente en sera l'approche !
* Le ménage ou la vaisselle ! Que de différences pour s'y prendre !
* La cuisine ? Le menu peut se prévoir d'avance selon que telle ou telle est de cuisine. Et puis, prêtez un peu d'attention : y a-t-il une pomme de terre à éplucher !!! Même la façon de tenir la pomme de terre et le couteau diffère. C'est comme ça. Chacune a sa chambre... chacune a son style.

      Les exemples peuvent se multiplier au rythme des moments que nous avons à vivre ensemble. Les défis peuvent être simples à relever, mais nous avons besoin de nous former à cette vie " interculturelle ", car tout ne va pas toujours de soi. Nous nous sommes plusieurs fois réunies  pour apprendre à nous connaître mutuellement, à communiquer sans violence, à nous accepter dans le respect et la gratitude. Nous avons même eu une session avec Carmen Sammut. Mais rien n'est jamais tout à fait acquis dans ce domaine ; il faut accepter qu'il y ait des hauts et des bas, des affrontements et des réconciliations, tout en sachant que là aussi, il y a des différences selon la culture.

      Mais sortons de la communauté. Autre terrain où se joue l'interculturalité : LA PAROISSE, 2 laïcs ; 5 prêtres ayant chacun leur propre nationalité. Et l'on s'étonnerait que la différence de nationalité rejaillisse sur la façon de célébrer l'Eucharistie ! Comment et avec qui serons-nous appelés à la préparer ? Même les horloges réglant l'heure des offices peuvent différer d'une culture à une autre...

      Cette interculturalité est omniprésente dans LE MILIEU où nous avons été envoyées : nos cultures sont différentes et nous avons beaucoup à apprendre, surtout en ce qui concerne l'accueil. Ainsi, on ne rend jamais un plat vide à celui qui nous a offert un cadeau : la grâce du cadeau doit rejaillir sur le donateur. On offre toujours au moins un verre d'eau à celui qui entre dans la maison. Va-t-on faire une requête ? On ne la présente qu'après un long palabre...

      De plus, LE PEUPLE qui nous accueille est " interculturel ", et cette différence très nette entre Mozabites et Arabes est un des défis majeurs à relever pour nous et pour notre Église qui se veut  " pont " entre les cultures. Arabes... Mozabites...Chambas... ne soyons ni pour les uns ni pour les
autres ; essayons d'être signe de communion et d'unité. La composition de notre communauté et notre façon de vivre l'interculturalité est déjà un signe !

      D'où nous vient cet appel à vivre l'interculturalité dans nos communautés, si ce n'est d'abord de notre  fondateur, le Cardinal Lavigerie, qui a tant insisté dès les débuts pour que nous soyons des communautés apostoliques, internationales, interculturelles ? De Mère Marie-Salomé dont le leitmotiv était "  Soyez vraiment sœurs les unes pour les autres " ? D'autre part, toutes nous avons poursuivi notre formation religieuse SMNDA dans des maisons où l'internationalité était une réalité recherchée. Cela  a toujours été une richesse pour nous toutes. Interculturalité : richesse de notre héritage !!!

Vos sœurs de Ghardaïa : Anne-Christine, Monique Pouyez, Gloria Martinez,
Marie-Christine Rousseau, Speciosa Mukagatare, Appoline Traore, Anastasie Muzinga

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LA VIE SE PARTAGE

RECYCLER LE PASSÉ

      Imaginez un chemin symbolisé par trois bougies de couleur et de grandeur différentes ; une petite jaune : le passé ; une rose : le présent, et une grande blanche l'avenir, car " Il nous reste une vie pour aller vers l'Amour ". Vous découvrez ainsi ce qu'est la session de transition des Missionnaires d'Afrique. Le désir de chacun(e) est certainement de bien vivre le temps " à venir ", car c'est le seul qui nous reste. Et pour cela, de " recycler le passé ", disait un des participants.

      Le présent est vécu intensément. Chaque matin, une célébration de prière est suivie de la présentation du thème. Ensuite, un long temps d'approfondissement personnel et un partage en petit groupe. L'Eucharistie quotidienne en groupe ou avec les frères de la Maison généralice est un temps fort de la journée. Les après-midi sont libres ou occupées par des témoignages ou des rencontres avec les services généraux, aussi par la visite du tombeau de Pierre. Une journée de pèlerinage à Assise est le sommet de la session. Et il y a aussi d'agréables moments, comme la soirée au PISAI, la découverte (pour la majorité) de la Maison généralice des SMNDA et la joie des retrouvailles avec des sœurs connues en Afrique, une soirée avec la Famille de l'Oeuvre et, bien sûr, les Serate Romane. Entre temps, chacun se promène, visite ou re-visite Rome.

      Voilà bien des années que les Missionnaires d'Afrique (Pères, Frères et Sœurs) reçoivent comme un cadeau quelques semaines de ce temps précieux " de transition ". Habituellement, le Petit Echo ou Partage Trentaprile nous en parlent par des photos, ou quelques lignes. Cette année cependant, une innovation... Sr Hélène Verstappen, régionale de Belgique, s'est jointe au groupe de Pères et Frères. Les évaluations révèlent que l'expérience s'avère positive. Forme nouvelle de collaboration entre Fils et Filles de Lavigerie ?

Patricia Massart, co-animatrice de la session

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PREMIER JUNIORAT BILINGUE

" Unis-nous, Seigneur, par des liens qui ne peuvent être rompus,
Unis-nous, Seigneur dans l'amour ! " (Chant anglais)

      C'est avec ce refrain que nous pouvons résumer ce que nous avons vécu pendant notre juniorat ; notre désir profond de vivre en communion entre nous, avec toutes nos sœurs, avec toutes celles qui nous ont portées dans la prière et que nous avons portées dans notre cœurs.

      Merci au Conseil général qui a organisé ce premier juniorat bilingue. Nous avons expérimenté une plus grande ouverture et compréhension de notre mission, du fait que nous représentions les quatre régions de la province d'Afrique et la province d'Europe. Avant de venir à Rome, nous avons eu la possibilité d'étudier l'autre langue de la Congrégation. De cette manière, nous avons pu être enrichies d'autres expériences. Cela nous a aidées à développer une plus grande attention aux diverses réalités de la Congrégation. Nos échanges dans la vie quotidienne ont été imprégnés de confiance profonde et de  soutien mutuel. Dans notre diversité, nous avons vécu un même désir de grandir dans l'esprit du Cardinal Lavigerie et de Mère Marie-Salomé ; un désir aussi de nous offrir complètement au Seigneur pour sa Mission en Afrique.

      A travers LE PROGRAMME qui avait été bien préparé, nous avons approfondi les aspects importants de notre vie de SMNDA : vie religieuse en Afrique, notre présence dans un contexte musulman, l'administration des biens matériels, présentées par une de nos sœurs ou par une personne invitée de l'extérieur. La session sur les Constitutions avec Suzy Hadermann, a renouvelé en nous le sens d'appartenance à notre famille et nous a stimulées dans l'amour des Constitutions. Nous nous sommes appliquées à les lire et à y réfléchir comme un moyen pour vivre pleinement notre consécration pour la mission. Connaître l'histoire de leur rédaction a approfondi notre communion avec toute la Congrégation.

      La contribution en ce qui concerne notre histoire et la visite à nos archives, où nous avons découvert notre héritage à travers tant de comptes-rendus, diaires et lettres, fut une autre occasion d'approfondir notre communion avec les sœurs qui nous ont précédées dans la Congrégation. Cela nous a rendues plus conscientes de notre rôle dans la transmission à la prochaine génération de la richesse de notre héritage.

      Nous avons passé une journée avec les sœurs du Conseil général. Elles nous ont partagé comment nous avons besoin de nous placer à l'intersection de trois cercles : la Personne, le Charisme, le Contexte, pour discerner le bien de tous et de la mission. Cela nous a aidées à avoir une vision plus large de notre réalité. Nous l'avons reçu comme un instrument favorisant notre discernement de chaque jour.

      Nous avons été très enrichies par la manière dont nos sœurs du généralat réalisent la mission qui leur est confiée. A travers le partage de l'histoire de leur vocation et de leur expérience missionnaire, nous nous sommes senties non seulement légitimées, mais aussi confirmées à être des filles d'un même Fondateur, appelées à l'unique mission, où que nous soyons. Cette communion a été renforcée par beaucoup parmi vous, nos sœurs, qui avez prié pour nous et nous avez écrit. A travers ces expériences, nous avons senti que nous vivions pleinement les paroles de Mère Marie-Salomé : " Soyez vraiment des sœurs les unes pour les autres. "

      Le pèlerinage sur les pas du Cardinal Lavigerie fut un moment de grâce. Nous avons été stimulées par son zèle et son fort engagement à lutter pour les droits humains et la dignité de toute personne, en étant totalement au service de l'Église. Nous avons prié sur sa tombe pour nos deux sociétés et pour la mission. Nous remercions d'une manière spéciale nos frères pour leur accueil chaleureux, leur disponibilité et leur générosité, que nous avons senties pendant ces trois mois ici.

      Être ici à Rome, prier avec le Pape et les nombreux pèlerins du monde entier, cela nous a confirmées dans notre foi et le sens d'appartenance à l'Église universelle.

      Tout ce que nous pouvons dire, c'est MERCI. Nous sommes reconnaissantes au Seigneur qui nous a remplies de tant de grâces. Nous remercions le Conseil général de nous avoir donné de son précieux temps. Nous remercions nos sœurs, Carmen Sammut et Bijundi Bashige, qui nous ont accompagnées pendant ce temps de préparation à l'engagement définitif. Nous remercions chacune de nos chères sœurs. Maintenant, nous sommes prêtes et stimulées pour la mission qui nous attend, de telle sorte que nous puissions " être tout à tous parce que nous avons dit au Dieu de tous, nous sommes tout à toi ".

Sabine Dakouo, Margreth Kibola, Clémentine Mukampabuka, Celina Natanek,
Hortência Sizalande et  Lucile Habimana - Juniorat bilingue, Rome 2008

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PENTECÔTE À KALEMIE, R. D. CONGO, 2008

      J'aimerais raconter la fête de la Pentecôte à Kalemie, vécue avec deux mille frères et sœurs du Renouveau dans l'Esprit. Cette ville est située à l'Est de la R. D. du Congo, avec neuf paroisses, et les salaires laissent les gens dans la famine. Le but de cet article est de reconnaître comment le Seigneur continue à faire des merveilles au milieu de son peuple et lui rendre grâce pour sa manière surprenante d'agir dans l'histoire.

Vers 7 h 45 dans la zone des Ronds-Points, un quartier périphérique de la ville, une foule de presque mille charismatiques était déjà présente et attendait le signal pour commencer le pèlerinage qui la conduirait jusqu'à l'église paroissiale de KASEKE, à quelques 45 minutes de marche. Tout cela donnait l'image d'un exode vers " la montagne sainte du Seigneur " où nous aurions écouté sa Parole et demandé son Esprit.

      Tout près de l'église, plusieurs bâches avaient été attachées aux arbres pour abriter les gens du soleil et donner de la fraîcheur dans ce " lieu de rencontre avec le Seigneur ". Cela me rappelait le campement de tentes des Hébreux au pied du Sinaï près d'une oasis avec un " wadi " (source). Tous les bancs de l'église et de l'école primaire avaient été déménagés et arrangés à l'extérieur en prévision de la foule.

      Vers 9 h 30, le premier groupe arrivait en chantant avec brio et dansant avec finesse comme les Juifs quand ils montaient à Jérusalem pour les grandes fêtes de la Pâque, des Tentes et de la Pentecôte. Toutes les femmes étaient habillées avec un beau pagne ayant le même dessin ; les hommes aussi portaient une chemise imprimée des mêmes images que les pagnes des femmes. Quelle beauté de couleurs en cette matinée rayonnante de lumière et de bonheur !

      Les groupes paroissiaux arrivaient au fur et à mesure, et chacun avait son uniforme. Comme les tribus d'Israël, chaque unité avançait en louant le Seigneur et prenait place sous les bâches au milieu du bosquet devenu l'oasis du Sinaï. La couleur vive des habits reflétait l'expérience nouvelle de l'Exode de tous ces hommes et ces femmes qui avaient quitté leurs villages pour venir au rendez-vous avec la Parole du Seigneur. Une foule dépassant toute prévision surgissait dans " cet endroit désert " et semblait ne plus s'arrêter : environ 2000 personnes... parce qu'entre-temps d'autres charismatiques s'étaient ajoutés.

Vers 10 h, nous avons ouvert la procession d'entrée pour le début de la fraction du Pain. Une douzaine de prêtres accompagnaient le cortège, et une vingtaine de choristes dansaient en tenant le Livre de la Parole dans les mains et le soulevant bien haut. Une croix était placée devant l'autel et, avant l'acte pénitentiel, j'ai invité tout le monde à lever le bras droit, l'index tendu vers la croix : dans la croix il y a le Salut ! Imaginez deux milles bras sous les bâches en train d'indiquer le seul Sauveur du monde ! Dans le désert, les Hébreux regardaient le serpent d'airain pour être guéris ; et nous, nous regardions d'un seul regard le seul Seigneur de l'Histoire, démuni et crucifié ! Dans son total abaissement jusqu'à la croix, il offrait au monde la paix et la réconciliation avec Dieu !

      L'acclamation de l'Évangile a été suivie par la foule qui s'est plongée pendant quelques minutes dans une danse liturgique de joie pour acclamer la Parole : le rythme des tambours et des instruments musicaux entraînait l'élan de tous. Frères et sœurs s'impliquaient dans cette fête de la Parole ! Au pied de la montagne du Sinaï, Moïse et les Hébreux recevaient la Loi de Yahvé. Nous, nous recevions sur " la montagne de Kaseke " la nouvelle Loi de Jésus et son Esprit.
     
L'annonce de la Parole : trois messages très brefs tirés de l'Évangile de Jean 20.
* Aux hommes : " Que la paix soit avec vous ! " (v. 19). Si vous voulez la paix, cherchez-la dans la Parole de Dieu !
* Aux femmes : " Comme le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie " (v. 21) : Marie engendre la Parole dans le cœur d'Elisabeth ; la prophétesse Anne, dans le cœur des pèlerins juifs montés au Temple de Jérusalem ; la femme de Samarie, dans le cœur de ses concitoyens ; Marie de Magdala, dans le cœur des disciples enfermés au cénacle. Ainsi le Seigneur envoie les femmes du Renouveau dans l'Esprit engendrer à nouveau la Parole dans le diocèse de Kalemie, en ouvrant des chemins pour plus de formation et de connaissance de sa Parole dans les paroisses et les mouvements spirituels.
* Aux prêtres : " Recevez l'Esprit saint " (v. 22). Se laisser conduire par l'Esprit signifie devenir et être des " pasteurs " selon le cœur de Dieu (Jr 3,15). C'est possible si nous revenons à la prière personnelle et à la méditation quotidienne de la Parole du Fils dans laquelle nous trouvons le visage du Père et la voix de l'Esprit présent en plénitude.

      Vers la fin de l'offertoire, nous avons allumé au milieu de l'assemblée un grand feu qui rappelait la colonne de feu éclairant la nuit des Hébreux en fuite de l'Égypte (Ex 13,21). Nous, les prêtres, nous avons invoqué l'Esprit par le 1er couplet du Veni Creator Spiritus, suivi par l'invocation en swahili chantée par la foule. La chorale charismatique Wadi (La source) a montré une très grande qualité d'exécution et d'interprétation des chants.

      Après la communion et avant la prière finale, c'était le temps de fixer le regard sur la Parole pour qu'elle guérisse les cœurs de chacun et de chacune. A nouveau, j'ai invité tout le monde à pointer le bras et l'index vers le Livre de la Vie et à reconnaître que notre guérison, notre libération, notre salut total viennent de la croix et de la Parole. Il n'y a jamais l'une sans l'autre ! Cette profession de foi unanime nous faisait toucher du doigt le sens de notre appartenance à l'Église catholique : l'Église est le peuple rassemblé autour de la croix et de la Parole et proclame avec fierté que seul Jésus est le Seigneur !

      La grande foule a montré une communion ecclésiale remarquable en apportant la nourriture nécessaire pour nourrir en abondance les deux mille hommes et femmes qui rappelaient la foule nombreuse des Évangiles à la suite de Jésus, ainsi que la communauté chrétienne à Jérusalem dans les Actes des Apôtres.

      Dans la première communauté des Actes, tous partageaient et avaient de quoi manger en suffisance. Pour moi, c'était la première fois que je voyais " le peuple " s'organiser, préparer un si grand repas et nourrir tout le monde, y compris les cent cinquante invités. N'y a-t-il pas là un " miracle de l'Esprit " qui a fait tomber les barrières ethniques, culturelles, linguistiques et a rassemblé ces gens venant de tout horizon socioculturel congolais ? Comment expliquer autrement que des gens pauvres et démunis aient réussi à organiser l'exode eucharistique le matin et à donner l'image d'une Église fraternelle dans l'après-midi, avec autant de monde ?

      Les charismatiques ont mis leur cœur et leur âme en préparant des centaines de plats de riz, du " fufu ", du poulet, de la viande de bœuf, de la sauce, des patates douces, des feuilles de manioc, des bananes plantains, des arachides, et de la boisson sucrée ! Tout a été magnifique ! Même les douze corbeilles remplies avec les morceaux des restes (Jn 6,13) ! C'est le miracle la Parole qui dégèle les cœurs et les esprits et favorise la communion entre les personnes !

      Chaque groupe débordait de joie et unanimement témoignait que quelque chose s'était passé au cours de la fraction du Pain eucharistique le matin. Chacun avait reçu " un souffle nouveau ", peut-être inexprimable avec des mots humains, mais bien réel dans les visages souriants de cette marée humaine ! Comment ne pas rendre grâce à Dieu pour tant de merveilles dans son peuple rassemblé autour de la croix et de la Parole de son Fils ? Aujourd'hui, notre Congo et notre Église catholique ont plus besoin du don de soi que de discours, plus d'expérience de Dieu et de communion rayonnante que de documents et de déclarations solennelles qui ne sont pas suivis par les faits.

      Vers 14 h 30, " le peuple de l'Exode et de l'Église " s'est levé de tables pour revenir au dernier temps de louange de la Parole. Les frères et les sœurs donnaient l'impression d'être " portés comme sur des ailes d'aigle " (Ex 19,4) et ne montraient aucun signe de fatigue et de hâte de rentrer à la maison...  Oui, disons-le ouvertement, fiers de proclamer notre foi : la gloire du Seigneur était descendue ce jour-là sur " la montagne de Kaseke ", comme la Shekinah de Dieu (l'Esprit) était descendue sur le campement des Hébreux, quand ceux-ci écoutaient Moïse rapportant les commandements de Dieu (Ex 20,18-21). Des frères et des sœurs s'avancèrent pour donner des témoignages. Ainsi, Jésus qui, dans la synagogue de Nazareth ferme tous les livres de l'Ancien Testament. La Loi et les Prophéties sont accomplies. Jésus ouvre son Livre, le livre unique et définitif qui est lui-même, le seul chemin pour connaître et aller vers le Dieu mystérieux et caché (Lc 4, 20-21 : cf. Is 45,15) ; Marie et Jean auprès de la croix (Jn 19,25-27)  ! Marie et Jean sont les véritables héritiers de Jésus à cause de leur foi et de leur fidélité jusqu'au bout !

      Le coucher du soleil annonçait la fin d'une journée qui restera très longtemps gravée dans la mémoire des frères et des sœurs. Chacun et chacune a repris son sac, son bâton de pèlerin de la Parole, ses sandales, sa casserole et s'est préparé à rentrer à la maison en faisant une heure ou deux heures de marche et parfois plus. Comme les bergers après avoir vu Marie, Joseph et l'Enfant couché dans la mangeoire s'en retournèrent en chantant la gloire et les louanges de Dieu, ainsi les frères et les sœurs charismatiques s'en allaient en petits groupes, en magnifiant Dieu pour tout ce qu'ils avaient vu, entendu et reçu comme grâces, ce jour de la Pentecôte 2008, sur " la montagne sainte de Kaseke ".

Giuseppe Locati, MAfr. , 11 mai 2008

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SAVEZ-VOUS QUE?

CHRÉTIENS ET MUSULMANS, TÉMOIGNER DE DIEU ENSEMBLE
Rencontre du Comité de liaison islamo-catholique

      Le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux (CPDI) a publié la déclaration suivante :
Avec l'aide de Dieu, le Comité de liaison islamo-catholique a tenu sa 14ème rencontre du 11 au 13 juin, au Vatican, du 11 au 13 juin 2008. La Délégation catholique était conduite par le cardinal Jean-Louis Tauran, président du CPDI, et la Délégation musulmane par le Pr. Hamid Ibn Ahmad Al-Rifâi, président du Forum islamique international pour le dialogue, Djedda, Arabie Saoudite. La rencontre avait pour thème : " Chrétiens et musulmans, témoins du Dieu de justice, de paix et de compassion dans un monde qui souffre de la violence ". Le sujet a été traité d'un point de vue religieux, selon les enseignements des deux traditions religieuses. Les deux parties se sont mises d'accord sur les points suivants :
1. C'est de la dignité naturelle de chaque être humain, que découlent des droits et des devoirs fondamentaux.
2. La justice est une priorité dans notre monde. Au-delà de la réalisation des dispositions légales existantes, elle exige le respect des besoins fondamentaux des individus et des peuples, grâce à une attitude d'amour, de fraternité et de solidarité. Il ne saurait exister de paix véritable et durable sans justice.
3. La paix est un don de Dieu. Elle exige l'engagement des êtres humains, et en particulier des croyants, qui sont appelés à être des témoins attentifs de la paix dans un monde qui souffre de nombreuses formes de violence.
4. Chrétiens et musulmans croient que Dieu est compatissant. Ils considèrent donc comme de leur devoir de témoigner de la compassion envers toute personne humaine, notamment les nécessiteux et ceux qui souffrent.
5. Si les religions sont pratiquées d'une manière authentique, elles contribuent réellement à promouvoir la fraternité et l'harmonie dans la famille humaine.
Les participants eurent l'honneur d'être reçus par Sa Sainteté le pape Benoît XVI, qui les encouragea à poursuivre leurs efforts pour la promotion de la justice et de la paix.

Card. Jean-Louis Tauran, président du CPDI
Pr. Dr Hamid Ahmad Al-Rifâi, président du Forum islamique international pour le dialogue

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 REGARDS CROISÉS

" REGARDS CROISÉS " :  Voici une nouvelle rubrique semestrielle commune à Partage Trentaprile des SMNDA et au Petit Écho des MAfr. Les deux Conseils généraux l'ont voulue pour nous aider à mieux nous connaître et nous apprécier. Pour commencer, Lucie Pruvost dans le PÉ  et José Maria Cantal (article ci-dessous), sur les MAfr, dans Partage. Nous nous enrichirons ainsi mutuellement des valeurs et défis de nos deux instituts, puisque c'est la même mission qui nous rassemble dans une même famille.              l

Les deux Conseils généraux des SMNDA et MAfr.

COMMENT LES MAFR VIVENT ET PRIENT AU QUOTIDIEN...

      Parmi tout ce dont mes confrères pourraient avoir envie de dire de nous à nos sœurs, j'ai choisi deux petits thèmes.

Réunion du conseil communautaire

      S'il est une force dans nos communautés, une ambiance fraternelle, si nos activités sont parfois bien coordonnées, si le travail n'est pas individualiste, c'est grâce à cette " petite réunion régulière ". Elle a lieu, dans certaines maisons, chaque semaine à la même heure, ailleurs tous les 15 jours ou encore à d'autres intervalles (fixes ou déplaçables). L'ordre du jour peut parfois ressembler à un inévitable " remplissage d'agendas ". Mais les occasions ne manquent pas pour y traiter de sujets essentiels : transmission d'une paroisse ou d'une œuvre, problèmes financiers du poste, conflits entre nous, sujets délicats concernant le respect de la dignité humaine, courage pour oser une action pour la justice ou aller parler à quelqu'un...

      Je crois que dans chaque poste, nous sommes conscients de ne pas posséder toute la vérité ni toutes les informations sur ce qu'il nous est donné de vivre, entre nous ou dans le pays qui nous accueille. Le conseil communautaire est cette chance que nous nous donnons de mettre au service les uns des autres, pour le bien commun, les dons et talents que le Seigneur nous a donnés. A ces occasions, nous mettons en commun notre expérience et notre connaissance du milieu, de la langue, des personnes, nous cherchons à être créatifs et, même si cela nous coûte de temps à autres, nous pouvons nous laisser convertir par nos confrères.

      Le conseil communautaire nous donne régulièrement la possibilité d'être humbles et coresponsables. Le conseil communautaire nous donne la chance de planifier, mais aussi d'apprendre les uns des autres pour nous encourager dans notre vocation missionnaire, de dire ce qui nous tient à cœur afin de mettre en pratique l'Évangile, de connaître des bribes de nos histoires personnelles...
Chères Sœurs, aidez-nous à parler de notre vie de famille !

Prière personnelle

      Comme la plupart des hommes, nous sommes très réservés sur cet aspect intime de notre vie. Nous donnons souvent l'impression de ne jamais prier en dehors des offices ! Nous avons une ma-
nière maladroite de nous exprimer sur ce point, et pourtant... En vivant en communauté, nous apprenons vite les horaires des autres confrères et, même si nous ne le disons pas, nous savons à quelle heure prie chaque confrère. Il y en a qui le font avant les laudes, d'autres après le petit-déjeuner, d'autres encore le soir avant les vêpres ou à la mi-journée... Vous trouverez dans nos communautés des inconditionnels du chapelet et les fidèles à l'office des lectures, les " accros " à la lecture de la Bible et les fans des auteurs spirituels (classiques ou à la mode)...

      Ces moments de prière et d'adoration devant Notre Seigneur et Maître sont la source de notre fidélité et du maintien de notre engagement en faveur des peuples de l'Afrique.

      J'aimerais que ces moments soient perçus dans nos paroles, dans nos décisions, dans notre manière de traiter les gens... Pour les fils du Cardinal, la prière personnelle a toujours été un héritage reçu dans nos familles - pour la plupart, auprès de nos parents -et entretenu dans nos paroisses et groupes d'origine. Elle est également une " activité " que l'on nous apprend à soigner durant les années de formation et que nous partageons avec nos confrères tout au long de notre vie. Les fruits de notre prière personnelle, nous les laissons entrevoir dans nos enseignements, notre manière de prêcher, nos réactions face aux tensions internes ou externes. Vous la remarquerez dans le dynamisme créateur de certains d'entre nous ou bien, au contraire, vous remarquerez son absence dans la faiblesse de notre témoignage.
Chères Sœurs, aidez-nous à parler de notre vie de prière !

José Maria Cantal Rivas, M.Afr.,Oran (Algérie)

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COMMUNICATIONS

IDENTIFIER LES PHOTOS

      Il y a quelques mois, j'étais à la recherche de photos qui pourraient illustrer un travail sur " la présence des SMNDA au Burundi ". Bien des sœurs en avaient certainement dans leurs trésors ; il suffisait donc de lancer un appel à l'aide.

      Grande fut ma joie de recevoir un jour une photo de tout un groupe SMNDA. Elle me rappelait le visage de bien des sœurs rencontrées il y a plus de 50 ans. Mais quelle déception ensuite de ne trouver aucun nom au verso de la photo ! Comment pourrais-je, sans erreur, nommer les 20 personnes représentées ?

      L'idée me vint de faire des photocopies et de les envoyer dans les communautés où se trouvaient des sœurs ayant " missionné " au Burundi. Et cela réussit ! Merci à la dizaine de communautés qui ont bien voulu participer à ce petit jeu de recherche qui m'a permis de recueillir 18 noms sur 20 noms recherchés. Pas mal comme résultat, mais un peu long comme procédé, je l'avoue !

      Alors, permettez-moi un petit rappel que je fais aussi au nom de notre archiviste ! Avant de ranger nos photos dans un album ou de les envoyer à Rome pour les archives, prenons soin d'inscrire au verso ces précieux renseignements : lieu, date, circonstances et noms des personnes photographiées. Ainsi pourront-elles un jour être trouvées " dignes " de paraître dans un article, un livre, nos publications comme " Partage Trentaprile ", etc. Déjà merci à toutes, aussi au nom d'Hildegunde Schmidt, notre archiviste !

Lucienne Fraipont, Louvain-la-Neuve, Belgique

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Partage Trentaprile est publié 5 fois par an par les Sœurs Missionnaires de Notre Dame d'Afrique, Viale Trenta Aprile, 15 - 00153 Rome, Italy  -
Courriel: l.pruvost@smnda.org; pruvostlucie@hotmail.com

Comité de rédaction: Chantal Vankalck (G.C.), Lucie Pruvost (Editrice), Madeleine Bédard (mise en page et impression), Hildegunde Schmidt (archiviste) - Traductions: Claire Bélanger - Doris Gastonguay – Mr. A.C. Robb - Expédition: Nicole Robion