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Lettre de
nouvelles des
Sœurs Missionnaires de Notre Dame
d'Afrique
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« J’ai vu la misère de mon peuple ! »
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n° 1 Février 2009 |
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Sommaire
Editorial: Lucie Pruvost
« J’ai vu la misère de mon peuple ! »
1. Dans le bidonville de Kibera, Christine Bahati
2. Du Tchad au Canada, Lise Giguère
3. Les aveugles voient, Kordula Weber
4. À Londres, avec les réfugiés et les prisonniers, Sally Farrugia
5. À la recherche d’un nouvel Éden, Communauté de Málaga
La vie se partage
1. Un cadeau merveilleux !, Les sœurs de la session
2. Au service de l’Afrique en Europe, Begoña Iñarra
Promenade à travers les archives
Lavigerie, un père saisi par la misère de son peuple, Lucie Pruvost
Savez-vous que ?
Un Congrès Continental …, « Documentation catholique »
Prière pour nos frères et sœurs, les migrants et réfugiés
Equipe de rédaction
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Éditorial
Durant l’Avent de cette année, nous avons entendu Isaïe supplier le Seigneur « Si tu déchirais les cieux, les montagnes fondraient devant toi » (Is 63). Une supplication qui garde toute son actualité comme en témoigne la plus grande partie des contributions envoyées pour ce numéro de Partage Trentaprile. Ces « montagnes » ne symboliseraient-elles pas la misère vécue par le Peuple de Dieu, non seulement à l’époque du Prophète Isaïe, mais encore en de nombreux pays de la planète ? Une misère qui reste tout à fait actuelle lorsque l’on voit se déchaîner les discordes, les violences et les agressions de toutes sortes subies par tant de peuples en Afrique et ailleurs.
Aujourd’hui encore, la compassion de Dieu se fait concrète à travers ceux et celles qu’Il appelle et envoie comme Il le fit autrefois, en suscitant Moïse pour tirer son peuple de l’oppression à laquelle il était soumis. C’est bien ce qu’illustrent les textes envoyés par des sœurs des trois provinces de la Congrégation. Leurs activités s’inscrivent dans les Objectifs du millénaire, fixés par la communauté internationale, pour permettre à tous les peuples d’accéder à une vie meilleure d’ici 2015. Bien plus, la plupart du temps, elles ont devancé ces Objectifs. Vu l’importance du sujet et l’abondance des textes reçus, ceux-ci seront répartis sur deux numéros de Partage, ce numéro-ci puis celui d’octobre prochain. Que toutes soient remerciées pour leurs témoignages !
Nous découvrirons aujourd’hui comment, en Angleterre, au Canada, en Mauritanie et au Kenya, la prophétie d’Isaïe est mise en œuvre : « porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération » (Lc 4, 18). Envoyée dans l’un des énormes bidonvilles qui ceinturent Nairobi, Christine Bahati a réussi à aider un grand nombre d’enfants orphelins, survivants de familles décimées par la maladie. Au Canada, la présence de Lise Giguère (Québec) a permis à un couple tchadien, de reconstruire sa vie après avoir dû fuir les violences de la guerre dans son pays. À Nouakchott, c’est Kordula Weber qui est parvenue à ouvrir un avenir à une petite fille aveugle qu’elle a fait admettre dans une école. À Londres, Sally Farrugia réconforte des réfugiés et des prisonniers de toutes catégories. A Málaga, les sœurs entendent le cri des sans-logis.
C’est dans le même sens que travaille à partir de Bruxelles, Begoña Iñarra. Membre actif du réseau AEFJN, elle explique comment elle réussit à conscientiser les Églises et les Congrégations religieuses aux problèmes sociaux et politiques suscités par la mauvaise mise en place d’une globalisation mal comprise. Des cercles vicieux qui, finalement aboutissent à des impasses dont souffrent les plus pauvres de l’Afrique.
Une Promenade à travers les Archives rappelle que, déjà et bien avant Vatican II, Mgr Lavigerie avait ouvert les yeux à la totalité du peuple auquel il était envoyé. Son cœur d’homme s’était ému de la misère de son peuple, et c’est bien à ce cœur de père universel que nous devons notre fondation.
Savez-vous que « l’Appel de Nairobi », lancé par les participants du 1er Congrès continental pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement (2-5 juin 2008), va lui aussi dans le même sens ? Vous en trouverez les recommandations, résumées, à la suite de tous ces articles.
La vie dans la Congrégation se partage sous divers autres angles, comme le montre le compte rendu donné par les participantes à la session des sœurs (de 60-75 ans) de novembre dernier. Suivent les autres communications qui, régulièrement, permettent de nous tenir en lien avec les événements de notre vie de famille.
Fructueuse lecture à toutes, en solidarité avec tous les « Pauvres de Yahvé » !
Lucie Pruvost


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DANS LE BIDONVILLE DE KIBERA
Oui, vraiment ! À Kibera, Dieu a vu et voit encore la misère de son peuple. Il vient à son secours de multiples manières.
De nombreux problèmes
J’ai enseigné dans une école primaire appelée « Laini Saba », située dans le bidonville de Kibera, dans la banlieue de Nairobi, au Kenya. Lancée par les Missionnaires de Guadalupe, l’école est devenue un projet commun aux Frères de Guadalupe et aux Sœurs du Sacré-Cœur auxquelles elle devait être transférée. Les enfants font face à de nombreux problèmes qui affectent beaucoup leurs études, VIH/SIDA, viol, violences de toutes sortes, abus de drogue, familles brisées, pauvreté, faim, prostitution… A l’école, la plupart d’entre eux sont orphelins ou de parent unique ou de très pauvres familles. Quelques-uns des enfants sont VIH positif, ou bien ils ont eu de très mauvaises expériences. Aussi pensent-ils et agissent-ils comme les adultes.
Sheila Anyango, une fillette de 12 ans en niveau 7, est un exemple parmi d’autres. Elle s’est subitement trouvée responsable de ses cinq jeunes frères et sœurs. Son père a été assassiné en 2004, et sa mère devenue le seul gagne-pain, a été victime d’un accident de voiture qui l’a atteinte à la colonne vertébrale et l’a laissée hémiplégique à vie. Quel avenir pour ces enfants ? Aujourd’hui, tous sont pris en charge dans une maison d’enfants.
Un programme alimentaire
Pour aider ces enfants à bien étudier, l’école a mis en place un programme alimentaire avec petit déjeuner et repas de midi. Avant que le Programme Alimentaire Mondial n’y contribue, SMNDA et autres bienfaiteurs le soutenaient financièrement. Quelques sympathisants et bienfaiteurs aidaient les enfants très pauvres et les orphelins à pouvoir accéder à l'instruction, parce que la politique d’instruction gratuite pour tous, instaurée depuis six ans, n’avait pas encore atteint les bidonvilles.
J’ai démarré deux clubs
L’un s’appelle « Chill Club » Il a pour but d’éveiller l’attention sur le virus HIV/SIDA, le viol… « Chill » veut dire « abstinence sexuelle ». Ce programme a été introduit dans le pays par une ONG, pour faire prendre conscience de la gravité du virus HIV/SIDA.
L’autre est un « Club de la Paix », destiné à susciter l’harmonie et la paix, à l’école et dans les alentours, et à réduire la violence et la pression du milieu. Les enfants sont les meilleurs collaborateurs de ces programmes. À côté de ces clubs, beaucoup de séminaires relatifs à divers aspects de la vie (aide psychosociologique, traumatismes, cours universitaires…) ont été organisés pour les élèves, les parents et les enseignants pour le bien-être et la protection de l’enfant.
J’ai beaucoup reçu de ma présence à Kibera. J’ai été à l’école de gens sages, de pauvres et d’enfants. Ils m’ont appris que la vie est un don fragile qui ne doit pas être considéré comme un dû et doit être manié avec soin. J’ai appris aussi que Jésus est un Dieu aimant et bienveillant. Il est avec son peuple comme un vrai Berger et lui donne la force dont il a besoin chaque jour.
Faire confiance à l’Unique
Comme Moïse, j’ai vécu dans le moment présent, faisant confiance à l’Unique qui pouvait
réaliser ce dont, moi, j’étais incapable. J’ai senti mes limites humaines face à certaines situations où je ne pouvais pas venir en aide, mais devais abandonner cela à la bienveillance et à la grâce de Dieu. À un moment donné, après la violence qui a suivi les élections, j’ai eu très peur de l’insécurité. Mais une force intérieure me poussait à ne pas avoir peur.
Auprès de ce sombre tableau, j’ai appris le sens véritable de la solidarité, de la bienveillance mutuelle ; comment Dieu est adoré et recherché par les moins favorisés ! En tant que missionnaire, ma présence parmi les gens est suffisante, les écoutant, les aidant quand c’était nécessaire.
Christine Bahati – Nairobi 2


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DU TCHAD AU CANADA
Dans le milieu où je suis actuellement envoyée, je suis surtout confrontée au problème des immigrés qui sont forcés de quitter leur pays et ont beaucoup de difficultés à s’insérer ailleurs.
Q. Pourrais-tu me donner l’exemple d’une situation concrète où tu as été impliquée?
Je pense tout particulièrement à un médecin tchadien avec qui j’ai bien collaboré lorsque j’étais au Centre de santé à Ndoguindi, au Tchad. Il a été mon responsable, au niveau diocésain, pendant cinq ans. En 1997, il a dû fuir son pays. Après avoir soigné des rebelles, les militaires l’avaient frappé, ligoté devant sa femme et ses enfants et tenté de le noyer dans le fleuve Logone, à Moundou. Après bien des angoisses, sans aucun document, il parvint à la frontière du Cameroun et essaya en vain d’expliquer sa situation. Il se retrouva en prison. Ce n’est qu’après 6 mois qu’il fut libéré. En 2001, ne pouvant obtenir son permis de résidence au Cameroun, il vint au Canada. Ayant été témoin des événements qui l’avaient obligé à fuir le Tchad, je l’ai aidé à obtenir son statut de réfugié politique.
Q. Si le docteur a réussi finalement à atteindre le Canada et obtenir le statut de réfugié politique, comment a-t-il vécu son adaptation et son intégration au pays ?
Cela fut difficile. A plusieurs reprises, il fut blessé dans sa dignité : difficulté à obtenir un logement parce qu’il était Africain, diplôme non reconnu par le gouvernement, l’obligeant à se contenter d’un travail de préposé aux malades avec un salaire minimum. Au travail, on lui reprochait de trop parler aux malades et de privilégier les relations humaines.
Pour économiser, il prenait son dîner dans un Centre où l’on sert des repas aux pauvres de la rue. Ce n’est que quatre ans après son arrivée au Canada et sept ans de séparation, qu’il réussit, en 2005, à faire venir sa famille, après des démarches interminables et déroutantes. Pour sa femme, pharmacienne de profession, heureusement, on a réussi à lui trouver un modeste emploi dans un Centre social.
Q. Je comprends que tu te sentes souvent révoltée devant une telle situation.
J’étais à la fois révoltée devant les injustices, et en admiration devant l’humilité de ce médecin, son courage devant sa solitude, sa patience et sa détermination devant les obstacles.
Q. J’imagine que tu restes en relation avec eux?
Bien sûr ! De temps en temps, le couple venait à la maison provinciale prendre un repas avec nous. J’allais aussi les visiter. Étant nommée à Québec, j’ai pu les accueillir à Charlesbourg, pour quelques jours, au cours de l’été 2008. Ce fut une grande joie pour la communauté. C’était l’Afrique dans nos murs !
Dernièrement au téléphone, son épouse me confiait ses soucis : elle venait de faire une dépression. Tous deux se sentent loin et déracinés de leur milieu. Ils ne peuvent travailler selon leurs qualifications et ne sont pas dans les conditions qu’ils souhaiteraient… Cependant, peu à peu, une solidarité se bâtit autour d’eux; ils sont soutenus par leurs collègues de travail.
Q. En quoi ce genre de présence rend-il ta vocation missionnaire concrète ?
Pour ma part, je me sens pleinement dans le concret de ma vocation missionnaire et dans la ligne du projet apostolique de la CUM (Canada – U.S.A. – Mexico): attention particulière aux Africains, compassion, solidarité avec les personnes blessées dans leur dignité. J’ai essayé d’être une présence qui se fait proche et attentive, si heureuse de pouvoir les aider par moment, mais me sentant aussi très impuissante. C’est pour mon milieu un témoignage de fraternité universelle.
L’histoire du docteur tchadien n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres. Nos sœurs âgées et malades ont à cœur de les soutenir par la prière. Dans notre pays, tout comme en Afrique, notre vocation missionnaire s’exprime ainsi par le ‘tout à tous’.
Lise Giguère - Charlesbourg, interviewée par Claire Bélanger


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LES AVEUGLES VOIENT…
Il fait encore nuit.
A six heures du matin je me dirige vers la maison où habite Fatou, une petite fille de cinq ans, née aveugle. Nous avons un rendez-vous à l’hôpital spécialisé pour les maladies des yeux, où le personnel commence le travail à 6 h 30. La petite est contente. Rares sont les fois où elle peut rouler en voiture. Quand elle m’entend, elle court vers moi avec facilité, prend aisément place dans la voiture, à côté de Khadijetou qui s’occupe d’elle, car la maman de Fatou est décédée. Khadijetou est pauvre, elle aussi, mais si riche en affection et en bon sens pour faire face aux multiples tâches et exigences du quotidien avec sa famille nombreuse !
A 6 h 30, nous sommes à l’hôpital. Le gardien vient d’ouvrir les deux grandes portes pour laisser entrer les malades : celle de droite pour les soins postopératoires, celle de gauche pour les consultations. Je rentre avec elles et je m’assois. Une centaine de personnes attendent : jeunes, âgées, aveugles, malvoyantes, celles qui peuvent marcher seules ou accompagnées, celles qui présentent encore d’autres handicaps, qui rampent par terre pour se déplacer... Toutes ces personnes ont attendu plusieurs semaines pour avoir ce rendez-vous, et elles viennent parfois de très loin, 500 à 1000 km, car c’est le seul hôpital de Mauritanie qui soigne gratuitement les pauvres. Un très riche Mauritanien a voulu faire du bien en construisant cet hôpital.
Les médecins arrivent à 7h. Pendant mes cinq heures d’attente, il y a assez de temps pour parler, échanger des nouvelles ou les numéros de portables, s’encourager, chanter avec Fatou ; faire silence aussi pour prier Dieu qui voit la misère de son peuple et se sert de nous pour soulager les douleurs, retrouver ou améliorer la vue.
Une femme de ménage vient vers moi. Elle m’apporte un papier. Elle-même ne sait ni lire, ni écrire. Sur ce papier est écrit : « Je vous vois qui vous occupez des enfants et aidez les
pauvres… J’ai deux enfants à la maison ; moi, je suis pauvre et j’ai perdu mon mari. Je me débrouille seule avec mes enfants… » Pendant un mois, c’est le va-et-vient à l’hôpital, les examens préopératoires, enfin l’opération de la cataracte avec l’espoir de récupérer la vue sur l’œil droit ; ensuite les soins postopératoires. Le chirurgien a trouvé une tumeur derrière l’œil et demande des examens supplémentaires par scanner. Cet examen n’a pas encore pu se faire, car le scanner est actuellement en panne.
La petite Fatou aura 6 ans en décembre. Avec un infirmier et d’autres Mauritaniens, nous avons fait la connaissance du seul endroit avec une classe qui prend en charge les enfants non-voyants. Et j’espère qu’elle pourra profiter d’un enseignement spécialisé en braille plus tard.
Pendant ce mois d’été, j’ai accompagné Fatou et sa famille. C’est elle qui m’a ouvert les yeux, qui m’a fait découvrir un peu plus comment l’Esprit travaille en ce pays, dans le cœur du peuple mauritanien, musulman. J’ai vu la misère, j’ai touché, senti cette terre humaine, jalonnée de signes dont la nature nous dit une amitié et une fidélité aussi vivaces que les plantes du désert. Ma disponibilité à ce qui se présentait à moi m’a ouvert un peu plus les yeux sur un monde différent par sa culture, sa foi et sa façon de sentir les choses et de les vivre.
Je vois toujours ces pauvres, des malades qui défilent chaque matin devant l’hôpital dans l’espoir d’une guérison, et je me laisse enrichir par leurs qualités vécues quotidiennement, abandon à Dieu, hospitalité, générosité, pour ne parler que de celles-là !
Regarde, l’aurore est déjà là,
jour qui se lève, étoile au fond des nuits.
Kordula Weber,Nouakchott, Mauritanie


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À LONDRES, AVEC LES RÉFUGIÉS ET LES PRISONNIERS
Dans une grande ville cosmopolite comme Londres, la misère et la souffrance du peuple de Dieu dépassent tout ce que l’on peut imaginer, avec toutes sortes de délinquances. Comment y répondre ?
« Prison Fellowship »
Au début de cette année, j’ai connu Prison Fellowship, une organisation internationale qui veille sur la santé et les besoins spirituels des délinquants, qu’ils soient en prison ou à l’extérieur. C’est en avril que j’ai pu finalement réaliser mon rêve d’œuvrer dans une prison. Après quelques mois de formation, j’ai été officiellement admise dans l’équipe qui travaille à Wormwood Scrubs, dans le quartier d’East Acton à Londres. L’équipe est interconfessionnelle et fait partie de l’aumônerie chrétienne chargée de plusieurs ministères en prison. Je suis engagée dans deux d’entre eux, « Le Sycomore » et le « Cours Alpha ».
« Le Sycomore »
« Le Sycomore » est un programme mis en place par Prison Fellowship pour permettre aux délinquants de comprendre l’impact de la criminalité sur les victimes, et d’en assumer la responsabilité personnelle, basé sur les principes d’une justice qui guérit. Le programme se fonde sur des valeurs chrétiennes, vérité, probité, responsabilité et aveu. Il tire son nom de la rencontre entre Zachée et Jésus. A partir de cette histoire, les délinquants peuvent explorer et discuter divers points. L’intérêt du programme est de leur permettre de changer de mentalité et de comportement. Il vise à rendre le délinquant capable de s’identifier avec l’expérience du délit par la victime, d’éprouver le besoin d’être pardonné par elle et de se réconcilier avec elle. Il est très important pour le coupable de devenir plus conscient de la blessure et du mal causés aux victimes, ainsi que de saisir l’impact de ses propres délits sur soi-même, sa famille et sa communauté.
Doté de seize places pour délinquants adultes, le programme couvre six séances, à raison d’une séance de trois heures par semaine. La séance comporte un temps de présentation par l’éducateur, une discussion en petit et grand groupe. Notre équipe comprend quatre femmes et un homme. Ce programme est repris trois fois par an.
Le Cours Alpha
Avec ses 15 séances, le Cours Alpha est une introduction pratique à la foi chrétienne, destinée surtout aux non-pratiquants et aux nouveaux chrétiens. Il se propose de mettre les gens en relation avec le Christ, grâce à un enseignement systématique du christianisme qui conduit au baptême et à la confirmation. Il dispose de trente places environ. Le programme commence par 30 minutes de culte et de chants, puis un enseignement sur un thème central de la foi chrétienne, et enfin un moment d’amitié autour d’une tasse de thé. Après quoi, les participants sont partagés en groupes organisés d’avance pour toute la durée du cours. Ces groupes leur permettent de discuter sur les enseignements et d’échanger leurs expériences dans une ambiance où chacun est libre de poser des questions ou d’exprimer ses souhaits. Chaque groupe a un animateur et quelques volontaires.
Alpha a été lancé en 1995, pour répondre à une demande de prisonniers qui désiraient changer de vie. En prison, beaucoup ont un sentiment désespéré d’abandon et une faim profonde de comprendre la vie. Nous croyons que Jésus-Christ est le seul à pouvoir satisfaire cette faim.
Bâtir une relation simple et amicale
J’aime beaucoup ces deux ministères. Ils permettent un contact personnel avec les prisonniers. Nous en arrivons à bâtir une relation simple et amicale avec eux. En écoutant leurs souffrances, en les respectant et en les accueillant, en sentant leur situation difficile loin des leurs, nous les encourageons et les soutenons. Le changement que nous voyons dès la 4ème séance est surprenant. Ils s’ouvrent, ont un sourire sur le visage et désirent parler de leur forfait, de leurs familles et de leurs victimes. Quelques-uns comprennent pour la première fois qu’eux aussi ont été victimes de leur propre famille et de la société. Constater la répercussion de leurs actes sur leurs victimes, les familles et la communauté est parfois une expérience humiliante et pleine de honte pour eux. Dans le silence et la solitude de leur cellule, certains retrouvent leurs esprits et se rendent compte qu’ils ont mal agi. En fait, beaucoup d’entre eux parlent ouvertement de leur joie d’avoir été envoyé en prison, car avec tant de temps devant eux, ils ont la possibilité de lire et d’étudier la Bible et d’en venir à connaître Jésus et son amour inconditionnel pour eux-mêmes. La grâce et le pouvoir de Dieu dans de tels lieux sont bouleversants !
Je pense que durant ces deux cours qui se complètent l’un l’autre, la semence du regret et du désir de pardon et de réconciliation est semée. Je crois fermement que seul l’Esprit de Dieu peut faire grandir ces semences et leur faire porter du fruit.
Une parole d’Écriture
Une parole d’Ecriture a toujours inspiré et soutenu mon courage et mon enthousiasme dans ma vie missionnaire, et ce texte a pris tout son sens dans mon ministère auprès des prisonniers. C’est Isaïe 42 parlant de la tendresse et de la compassion de Dieu pour les pauvres, les sans-défenses :
« Il ne brise pas le roseau froissé,
il n’éteint pas la mèche qui fume encore. »
Sally Farrugia, Charlbury Grove


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À LA RECHERCHE D’UN NOUVEL ÉDEN
De par sa proximité avec le détroit de Gibraltar, Málaga est la quatrième ville d’Espagne avec le plus grand nombre d’immigrants subsahariens. Nous les voyons débarquer sur nos plages, déshydratés, fatigués, malades, à moitié morts… et cette scène se répète souvent.
Ils sont de plus en plus nombreux, les Africains qui, un jour décident de quitter leur famille, leurs amis, le milieu qui les a vus naître, pour aller à la recherche d’une meilleure situation ! Mais hélas, pour beaucoup, c’est la mort qu’ils trouvent. Ajoutez à cela que les lois européennes sont de plus en plus dures envers eux, surtout s’ils n’ont pas de papiers. On les appelle « des illégaux », alors qu'ils n’ont commis aucun mal. Ils se sentent menacés, tracassés, exclus. Ils n'ont pas la paix !
Oui, j’ai vu la misère de mon peuple, de mon peuple qui vient d'Afrique...
À Málaga, nous pouvons découvrir et entendre le cri des sans-logis. Ils sont environ 350 à dormir à la belle étoile. Manquer de logis signifie bien plus que manquer d’un lit où passer la nuit. C'est aussi manquer d’un espace d’intimité, d’un chez-soi ; c’est manquer de points de repère, d’une famille stable, d’amis, de chaleur humaine, ne pas pouvoir se créer des habitudes...
Nous sommes touchées par la misère qui se vit dans certaines familles, par les cas de femmes maltraitées par leur mari, abandonnées à elles-mêmes, avec la souffrance que ces situations provoquent chez les enfants.
Comment répondons-nous ?
L’une de nous, Dolores Cuadrado (Lola), est présente au milieu des sans-logis. Elle les écoute, parle avec eux, leur apporte une aide discrète et efficace. Elle travaille à « Pozos Dulces » le centre que la Caritas diocésaine a ouvert pour leur venir en aide. Une quarantaine de pauvres parmi les plus pauvres, est accueillie dans ce centre.
Amalia Garcia est à l’écoute des cris des cas désespérés, femmes maltraités, familles sans travail. Elle est présente en divers lieux : Caritas, dans une paroisse pauvre de la ville, dans un foyer pour des étrangers et à travers le Secrétariat diocésain pour les immigrants, dont elle fait partie. Ce secrétariat lui permet de rencontrer la réalité des immigrants par le biais des différentes paroisses.
Rogelia Muríllas vient d’arriver dans notre communauté. Elle compte aussi s’engager envers les plus pauvres.
Oui, nous croyons que, dans ces lieux devenus multiculturels, notre présence rend concrète notre vocation d'envoyées. Ce que nous faisons n'est peut-être qu’une petite goutte d’eau dans le grand océan de la misère humaine, mais nous le croyons, nos gestes, aussi petits soient-ils, sont porteurs de l’espoir d’un monde nouveau… Dieu nous appelle à créer chaque jour un monde nouveau. Souvent ces personnes portent en elles de grandes blessures. Notre présence amicale et aimante peut être pour elles un grand réconfort. Dieu nous appelle à créer chaque jour ce monde nouveau par le don inconditionnel de nous-mêmes à qui que ce soit, surtout aux plus exclus de la société.
« Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mt 25,40)
La communauté de Málaga


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LA VIE SE PARATAGE
UN CADEAU MERVEILLEUX !
Oh ! Quel cadeau, quel cadeau merveilleux ! Qui pourra proclamer les merveilles du Seigneur ?
Le 2 novembre 2008, sept d’entre nous se sont retrouvées au Villino, à Rome. Elles arrivaient des trois provinces, Afrique, CUM (Canada, USA et Mexico) et Europe, pour une session organisée par la Congrégation pour les sœurs entre 60 et 70 ans. Nous étions de cinq nationalités : Elvana Bender, Hildegard Essman et Maria Theresia Hubert, allemandes ; Lucille Cadieux et Jacqueline Picard, canadiennes ; Jeanne Boonen, belge ; Vivien-Mary, goanaise.
La session nous a été présentée comme un parcours vers l’intérieur, vers l’extérieur et vers l’avenir. Un parcours avec ses différents moments :
Intégrer tout ce qui fait que je suis « moi », la personne unique que je suis, avec mes joies, mes peines, mes désirs, mes capacités et mes limites
Unifier les diverses dimensions de mon être
Discerner mes priorités, ce qui est essentiel pour moi en cette période de ma vie
Me rappeler et relire ma vie
Assimiler les expériences passées
Écouter ensemble la Parole de Dieu, partager et rendre grâce
Être ensemble, bâtir une amitié, une communauté, même pour trois semaines seulement
Suivre les pas du Cardinal à Rome et prier sur sa tombe.
Dès le début de la session, nous avons senti le lien qui nous unissait et nous avons aimé être ensemble et partager. Nous avons apprécié ce temps qui nous était offert.
Nous sommes particulièrement reconnaissantes envers la Congrégation, Sr Marie McDonald qui nous a guidées au cours de ce temps et les sœurs de nos communautés qui se sont chargées d’une partie de notre travail pour nous permettre de venir. Merci à toutes !
Elvana, Jeanne, Lucille, Hildegard, Maria Theresia, Jacqueline et Vivien-Mary


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AU SERVICE DE L’AFRIQUE EN EUROPE
Begoña Iñarra travaille au Secrétariat International de AEFJN. Son expérience de plusieurs années déjà est d’un grand intérêt pour nous toutes, où que nous soyons. Du fait de sa longueur, il est préférable d’en présenter le compte-rendu en deux parties. Vous en trouverez la première dans ce numéro-ci, la seconde étant reportée au numéro d’avril. Que Begoña soit remerciée de cette collaboration à Partage Trentaprile!
Quand j’étais à Nairobi, la Congrégation m’a demandé de faire un discernement à propos d’un retour à Bruxelles pour travailler au Secrétariat International de « Afrique-Europe, Réseau Foi et Justice en Afrique » (AEFJN). J’aimais mon travail au Kenya. Mais cette invitation représentait pour moi un défi. Je savais ce que signifiait cette mission puisque, de 1998 à 2001, j’avais été au service du Réseau à Bruxelles. Bien que ma première réaction ait été de répondre « NON, j’aime ce que je fais actuellement à Nairobi », durant un temps de discernement, j’ai senti combien il était important de dire « OUI pour Bruxelles », puisque à travers ma présence à AEFJN, la Congrégation renforcerait son engagement dans l’œuvre de justice et de paix. C’est là une dimension importante de notre mission, comme nous avons pu nous en rendre compte au cours des deux derniers Chapitres généraux. Travailler avec AEFJN à Bruxelles est une manière de poursuivre mon service pour l’Afrique, à partir de l’Europe. En effet, nous travaillons pour des relations plus équitables entre l’Afrique et l’Union Européenne. AEFJN étant un projet inter-congrégation, c’est aussi une ouverture vers les autres Congrégations.
L’histoire d’AEFJN s’enracine dans la fin des années 1980. C’est alors que les Supérieures majeures des congrégations missionnaires ont réalisé que, malgré les efforts de développement accomplis par les Églises et les missionnaires depuis les indépendances des pays africains, la situation socio-économique du continent s’était détériorée. Les Programmes d’ajustements structurels (PAS) et les nouvelles politiques imposées par le Fonds Monétaire International (FMI) aux pays africains, dans le but d’améliorer leur macroéconomie en étaient les causes principales. Ces politiques ont amélioré la macroéconomie des pays africains, mais elles ont eu un impact négatif sur la vie des populations d’Afrique. Elles ont contribué à la détérioration des services publics (santé et éducation). La libéralisation des services et des industries ayant mené à la fermeture d’industries, le chômage avait augmenté, ainsi que les migrations et la pauvreté en Afrique. L’impulsion donnée à l’agriculture, pour l’orienter vers l’exportation plutôt que vers la production alimentaire, a provoqué la détérioration de l’agriculture, l’altération de la sécurité alimentaire et l’épuisement des forêts et des ressources naturelles.
Les Programmes d’ajustements structurels étaient basés sur cinq principes :
* Réduire le rôle de l’État - Tailler dans les dépenses publiques en réduisant les fonctionnaires, gelant les salaires, tailler dans les services sociaux (éducation et santé) et privatiser les services paraétatiques.
* Libéraliser les prix - Supprimer les subventions à l’agriculture, à l’alimentation et aux services paraétatiques et encourager la production pour davantage d’exportations. Spécialisation dans des produits plus efficaces (services paraétatiques, alimentation de base et agriculture).
* Déréglementer les systèmes de marchés et de finances - Éliminer les réductions sur les prix, les cours de change et les intérêts qui seraient fixés par le marché. Libéraliser les investissements et les services.
* Libéraliser l’économie - Réduire les tarifs de douanes et les barrières mises au commerce et aux services. Réduire les tarifs destinés à protéger l’industrie et l’agriculture.
* Donner aux gouvernements la capacité d’affronter leur rôle réduit dans l’économie.
Modifier cette situation injuste
Ces circonstances appelaient les congrégations missionnaires à faire quelque chose pour modifier cette SITUATION INJUSTE. Un autre appel ferme vint du Pape Jean-Paul II, dans l’Encyclique Sollicitudo Rei Socialis, qui demandait aux missionnaires d’être présents sur de nouvelles scènes, là où se prenaient les décisions. Il soulignait la nécessité de « dénoncer l’existence de mécanismes économiques, financiers et sociaux, qui augmentaient les problèmes de santé pour les uns et la pauvreté pour les autres. » AEFJN est né en 1988 comme une réponse à ces deux appels. Le réseau les a même dépassés en dénonçant des politiques inéquitables envers l’Afrique et en proposant d’autres politiques, pour transformer les relations entre l’Union Européenne (U.E.) et les régions et pays d’Afrique. Comme la plupart des injustices ont leurs racines dans les politiques internationales économiques et commerciales erronées et inéquitables, AEFJN travaille en vue de politiques internationales profitant à l’Afrique.
Actions urgentes
De temps en temps, nous entamons des « Actions urgentes » pour répondre à des situations concrètes injustes. Ainsi lorsque, en octobre 2008, la dernière crise a commencé dans le Nord Kivu. Nous avons engagé une action pour demander à l’U.E. d’envoyer des troupes dans la région, avec un mandat ferme pour protéger les civils et permettre à l’aide humanitaire d’arriver à ceux qui en avaient besoin, en bloquant les routes et empêcher ainsi les richesses minières de la RDC de sortir vers les pays voisins. Organiser l’action, envoyer des communiqués de presse, participer à des rencontres et manifestations avec d’autres groupes, cela nous a beaucoup occupés ces derniers mois…
Une manifestation
Le plus frappant, ce fut une manifestation devant le Conseil de l’U.E., alors que les ministres des affaires étrangères de l’Union se rencontraient, sans prêter attention à la situation en RDC. Nous avons monté un coup publicitaire, une action symbolique pour alimenter les médias (radio, journaux et TV). En utilisant des masques blancs, nous avons simulé une réunion des 27 ministres autour d’une table, très occupés à discuter de leurs questions, tandis qu’au milieu de la table était étendu un Congolais blessé dont personne ne s’occupait… Nous portions des affiches avec « Envoyez des troupes U.E. » - « Écoutez le cri du peuple congolais ». Quelques Congolais nous avaient rejoints. Les jeunes Congolais de Bruxelles, qui ne pouvaient venir à la rencontre, compte tenu du temps, se retrouvèrent une semaine plus tard pour présenter la même demande au Gouvernement belge.
La seconde partie de l’article présente d’autres aspects de la mission d’AEFJN. A suivre dans le prochain numéro.
Begoña Iñarra, Bruxelles St-Josse


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PROMENADE A TRAVERS LES ARCHIVES
LAVIGERIE, UN PÈRE SAISI PAR LA MISÈRE DE SON PEUPLE
Le 11 décembre 2008, était célébré le 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des droits humains. Et pourtant, face aux détresses de notre monde, peuples soumis à des guerres et des violences sans fin ; millions d’enfants souffrant de faim et de malnutrition, contraints à des travaux d’adultes ou recrutés de force pour faire la guerre ; femmes et fillettes enlevées pour servir d’esclaves domestiques et sexuelles ; immigrés sans papiers dont la dignité est rarement respectée ; combien reste encore à faire ! Nos engagements divers montrent que nous ne restons pas inactives sur cette voie ouverte par notre Fondateur.
Lors de son arrivée à Alger en mai 1867, 81 ans avant cette Déclaration, Mgr Lavigerie découvre une situation des plus déplorables. La situation de son nouveau peuple qui, pour lui, dépasse largement les catholiques, l’interpelle directement. C’est un père qui, dès sa première « Lettre pastorale », bénit tous les habitants du pays, sans distinction d’origine ou de religion. « Je vous bénis, vous, anciens habitants de l’Algérie (…) Je réclame de vous un privilège, celui de vous aimer comme mes fils, alors même que vous ne me reconnaîtriez pas pour père… »
De fait, son cœur de père a bientôt l’occasion de s’émouvoir et de donner un sens concret à ses armoiries d’archevêque, Charitas et le Pélican. Il prend très vite la mesure de la terrible famine qui s’abat depuis 1866 sur les populations autochtones les plus démunies de son diocèse. Il en dénonce alors les causes politiques et sociales et engage un vrai combat contre l’administration coloniale, qui lui reproche sa volonté de faire connaître la situation (Cf. Partage Trentaprile de sept. 2006, n° 4, pp. 83). Dès le 1er janvier 1868, face au silence de cette administration, il envoie une Lettre aux journaux catholiques de France :
« Je suis évêque, c’est-à-dire père ; et quoique ceux pour lesquels je plaide aujourd’hui ne me donnent pas ce titre, je les aime comme mes fils, et je cherche à le leur prouver, heureux, si je ne puis leur communiquer ma foi, d’exercer, du moins, la charité envers ces pauvres créatures de Dieu. »
Comme Lavigerie le rappellera en avril 1868 au Maréchal de Mac-Mahon, Gouverneur général de l’Algérie :
« C’est mon troupeau, M. le Maréchal, ce sont les âmes dont je suis le pasteur ; et vous me reprochez de les aimer, de chercher à les sauver… »
Lorsqu’il fait campagne auprès de ses confrères évêques de France dans sa Lettre du 20 février 1868, c’est encore un père qui s’exprime :
« Je ne parlerai pas de moi-même. J’ai déjà dit ce que j’avais vu, ce que je ressentais de peine et aussi de pitié pour ce pauvre peuple qui venait nous tendre les bras et nous supplier de le sauver de la faim. »
Il cite alors de larges passages des lettres reçues des curés de son diocèse au cours des trois semaines qui viennent de s’écouler.
En avril 1868, c’est au Directeur de l’œuvre des Écoles d’Orient qu’il s’adresse pour le remercier de ses dons en lui faisant un rapport très concret de la manière dont il a employé les offrandes destinées aux victimes de la famine de son diocèse. Ses chiffres dévoilent qu’aux victimes algériennes s’ajoutent celui des religieuses, souvent des Filles de la Charité, qui sont mortes d’avoir elles aussi contracté le choléra et le typhus en soignant les malades qui leur étaient confiés.
Mais, face à son combat contre tant de misères et à tant de publicité, une campagne d’opinion commence à se déchaîner contre lui. L’Archevêque se voit alors refuser par les autorités coloniales subalternes la liberté de l’apostolat. Utilisant son « droit de réponse », il s’explique clairement dans une Lettre au Rédacteur du Moniteur de l’Algérie :
« Par liberté de l’apostolat, j’entends la liberté de la charité, la liberté du dévouement, la liberté de la mort, puisqu’on nous menace, sans cesse, pour le jour où nous irions seuls, désarmés, au milieu des Arabes. Et mes actes donnent à mes paroles un commentaire autrement éloquent que tous les discours… »
Mais le journal refuse d’insérer cette lettre malgré l’injonction faite par le Gouverneur général de l’Algérie. Celui-ci pense même prendre des mesures contre le rédacteur de l’article qui, dit-il, « menace et trouble une partie de la population algérienne dans l’exercice et dans la jouissance de ses droits… » Pourtant rien n’y fait ! Mgr Lavigerie envoie alors une « circulaire au clergé de son diocèse » sur le conflit en cours, avec tous les éléments du dossier.
« J’avais désiré, Messieurs et chers Coopérateurs, j’avais espéré pouvoir m’abstenir de la communication, toute confidentielle qu’elle soit, que je vous fais aujourd’hui. Voici plus de quinze jours que je garde le texte de ces documents, dans la pensée que ma modération, mon esprit de patriotisme et de tolérance seraient appréciés et qu’on comprendrait mieux la justice d’une cause qui est celle de (…) la liberté de l‘Église et de l’honneur de notre ministère. Mon attente a été trompée, et, après l’attaque publique et directe dont je viens d’être l’objet dans un journal officiel, je ne puis plus garder le silence vis-à-vis de vous, sans manquer à ma dignité et à mes devoirs de Français et d’Évêque. (…) Vous savez enfin quelles sourdes menées, quelle opposition inattendue se sont produites et ont trouvé leur écho jusque dans les feuilles publiques, du jour où j’ai manifesté la volonté d’exercer mes droits, de remplir vis-à-vis des victimes de la famine, les devoirs de charité qui sont notre unique apostolat… »
C’est bien pourquoi rien ne peut le faire taire, comme il s’en explique encore en janvier 1870 dans une Lettre sur les Orphelins arabes d’Alger adressée aux chrétiens de France et de Belgique :
« Si ma voix semblait importune à quelques-uns, je leur demanderais de ne pas oublier que c’est la voix d’un père qui plaide la cause de ses enfants d’adoption, d’un évêque qui commence, par les petits et par les pauvres l’apostolat de tout un peuple. »
Il poursuit en rappelant la situation de 1867 :
« La faim, la peste, tous les fléaux ravageaient à la fois les malheureuses populations indigènes. Les Arabes mouraient par milliers d’abord, bientôt (…) par centaines de mille. (…) Des vieillards, des femmes mouraient sous nos yeux. Des petits enfants erraient abandonnés, en proie à la faim. Il me semble (…) que c’était le devoir de l’Église, le mien, par conséquent de faire tout ce qui était humainement possible pour soulager ces misères, pour arracher à une mort certaine tant d’infortunés qui sollicitaient notre pitié. (…) Il ne s’est pas présenté à moi en ces jours de deuil de l’Algérie, une seule infortune que j’aie repoussée ; il n’est pas venu un seul de ces pauvres enfants frapper à ma porte (…) sans que je lui aie dit : ‘Mon enfant, je serai ton père ! »
La fondation des SMNDA, comme celle des MAfr, est un effet direct de la sollicitude de Lavigerie pour tout un continent, l’Afrique. C’est encore par l’effet d’une volonté semblable de rétablir dans leur dignité humaine un grand nombre d’Africains, victimes de la rapacité de esclavagistes, qu’il s’est, par la suite, lancé dans la campagne antiesclavagiste. Oui, comme Dieu le dit à Moïse :
« J’ai vu la misère de mon peuple…
j’ai prêté l’oreille à ses cris…
je connais ses souffrances. »
(Ex 3, 7)
Une Campagne qu’il lancera en tant qu’homme conscient des misères de son temps, comme nous pourrons le lire dans un prochain numéro de Partage Trentaprile.
Conclusion :
Le Cardinal Lavigerie apparaît bien comme un évêque missionnaire dont la stature dépasse largement celle des évêques diocésains de son époque. Son attention aux signes des temps inspire aujourd’hui encore celle des évêques et archevêques d’Afrique. Pour ne citer que l’Algérie, c’est bien le sens de l’action de deux de ses derniers successeurs à la tête du diocèse d’Alger. En infusant à leurs diocésains cette forme d’un « Tout à tous », ils ont pleinement légitimé leur manière propre d’annoncer la Bonne Nouvelle du salut, en répondant à leur tour au cri et aux souffrances de leurs compagnons de route. Tel est bien le sens du témoignage de charité et d’espérance donné aujourd’hui par notre famille SMNDA. Un témoignage tout à fait suivi par les Congrégations religieuses présentes dans le pays, qui ont su adapter leur charisme à ce type de présence.
Lucie Pruvost


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SAVEZ-VOUS QUE?
Un Congrès continental à Nairobi, sur les migrations en Afrique
Du 2 au 5 juin 2008, s’est tenu à Nairobi le 1er Congrès Continental pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement. Le thème en était :
« POUR UNE MEILLEURE PASTORALE DES MIGRANTS ET DES RÉFUGIÉS EN AFRIQUE,
À L’AUBE DU 3EME MILLÉNAIRE »
Voici quelques extraits de « l’Appel de Nairobi » lancé par les participants, au terme du Congrès :
1. Le phénomène migratoire est une réalité structurelle incontournable. Certaines personnes y sont forcées, d’autres le vivent de manière volontaire en quête d’un mieux-être. Malheureusement, chaque déplacement comporte beaucoup de souffrances, de graves désagréments touchant le cœur des individus, tels que des abandons et des séparations dramatiques au sein des familles et des communautés. Ces drames se vérifient avec beaucoup plus d’acuité encore chez les réfugiés et les personnes déplacées, forcées de quitter leur milieu de vie, abandonnant derrière eux leur famille, leurs terres et tous leurs biens. Aucun pays d’Afrique n’est à l’abri de ce signe des temps qui nous interpelle.
2. Nous sommes convaincus que la pastorale spécifique requise pour les personnes déplacées, les réfugiés, celles sujettes au trafic d’êtres humains et les sans-patrie est nécessairement une pastorale sans frontières. Les instruments les plus appropriés pour la réaliser ne peuvent être trouvés que grâce à la collaboration et à la solidarité des Églises particulières concernées…
3 … Au vu des énormes souffrances que comporte le drame de la migration, l’Église Famille de Dieu doit redoubler d’efforts et d’imagination de la charité dans le domaine de la pastorale spécifique de la mobilité humaine.
4. Nous nous tournons vers les dirigeants politiques et les décideurs économiques, tant nationaux qu’internationaux. Nous leur demandons de veiller constamment au bien commun national et universel, ainsi qu’à la justice sociale (…) Il est indispensable qu’ils recherchent les meilleures voies de stabilisation des relations socio-économiques des nations, pour ainsi permettre à chaque personne humaine de se réaliser dans son propre pays, sans être contrainte à la migration.
5. Nous en appelons avec confiance à la communauté internationale. Elle se doit en tout urgence d’apporter son aide pour l’amélioration, dans les meilleurs délais, des conditions de vie économique qui aujourd’hui poussent des millions de gens à en mettre en route, en quête du bien-être.
6. Nous en appelons avec confiance filiale à S.S. le Pape Benoît XVI pour qu’il continue à être le porte-parole et l’avocat courageux de toutes les victimes de la migration. Nous demandons également aux évêques d’être eux aussi d’intrépides défenseurs des droits de l’homme…
7. Il est du devoir de toute l’Église Famille de Dieu d’approfondir le dialoguer respectueux avec les migrants comme le stipule l’instruction Erga migrantes caritas Christi… Elle se doit d’entretenir ce même dialogue avec les Églises sœurs et avec les Communautés ecclésiales pour, ensemble faire front aux défis nouveaux de la migration. Ce même dialogue doit inclure toutes les religions et donner lieu à une coopération avec tout homme de bonne volonté engagé dans la construction d’une société ouverte et accueillante à l’étranger.
8. … Nous invitons toutes les personnes touchées par la migration à rester debout pour défendre leurs droits et leur dignité dans la vérité et la justice et à contribuer à l’amélioration des conditions de leur vie et de la vie de tout homme dans une perspective d’intégration juste…
Informations recueillies dans Documentation Catholique, 3-17 août 2008


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PRIÈRE POUR NOS FRÈRES ET SŒURS,
LES MIGRANTS ET LES RÉFUGIÉS
Seigneur Dieu, toi qui as créé tous les peuples à ton image, nous t’adorons.
Nous élevons nos cœurs et nos voix vers toi.
Nous te prions pour les pays et les peuples, d’où les réfugiés se sont enfuis.
Que la paix entre les peuples, la réconciliation à tous les niveaux et un développement humain pour tous puissent devenir une réalité.
Nous te prions pour les pays d’où viennent tous ces migrants économiques, qui cherchent de meilleures conditions de vie pour eux-mêmes et pour les leurs. Nous te prions pour leurs chefs. Qu’ils prennent vraiment à cœur le bien-être de leur peuple.
Nous te prions pour tous ces "étrangers" dans nos pays, qui aboutissent dans les bidonvilles, dans les quartiers les plus pauvres de nos grandes villes, où ils partagent souvent la vie des marginalisés et des sans-emploi.
Nous te prions pour tous ceux qui ont le pouvoir de décider les accords et les lois internationales. Qu’ils regardent non seulement les intérêts de leurs propres pays, mais qu’ils prennent en considération la situation des pays pauvres du monde.
Aide-nous à ouvrir nos cœurs, nos maisons et nos églises aux étrangers, aux réfugiés et à tous ceux qui cherchent un asile politique. Qu’ils puissent se sentir accueillis et intégrés dans notre société.
Nous prions pour tous les Chrétiens et pour tous les hommes et femmes de bonne volonté.
Que la communauté chrétienne née de la Pentecôte, dans la "différence des cultures", soit ouverte à ces migrants, non pas seulement pour les accueillir, mais surtout pour créer une "communion" entre les différentes communautés, et ainsi vivre l’universalité de l’Église.
Nous demandons ceci par le Christ notre Seigneur, lui qui était un réfugié et qui a planté sa tente parmi nous.
Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique


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Partage Trentaprile est publié 5 fois par an par les Sœurs Missionnaires de Notre Dame d'Afrique,
Viale Trenta Aprile, 15 - 00153 Rome, Italy -
Courriel: partage.trentaprile@msolafrica.org; pruvostlucie@hotmail.com
Comité de rédaction: Chantal Vankalck (G .C.), Lucie Pruvost (Editrice), Madeleine Bédard (mise en page et impression), Hildegunde Schmidt (archiviste) - Traductions: Doris Gastonguay, Marion Carabott, Maria Pouliot et Père Joseph Hebert - Expédition: Nicole Robion
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