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Lettre de
nouvelles des
Sœurs Missionnaires de Notre Dame
d'Afrique
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Interculturalité jour après jour !

n° 2 Avril 2009
 
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Sommaire

Editorial: Lucie Pruvost

Interculturalité jour après jour !

1.Bâtir notre communion dans la vie quotidienne, Communauté de Bukavu Kadutu
2. Dans la différence, grandir les unes par les autres, Communauté de Paris-Gay-Lussac
3. Que notre diversité devienne richesse!, Communauté de Tunis Raspail
4. L’interculturalité ? Une longue marche, Communauté de Morelia

La vie se partage

1. Une marmite, trois pierres et du feu, Margreth Kibola
2. Au service de l’Afrique en Europe, Begoña Iñarra
3. Rendre hommage aux femmes d’Afrique, Francisca (Paquita) Reche Reche

Promenade à travers les archives

Lavigerie, un prophète en matière d’interculturalité, Lucie Pruvost

Savez-vous que ?

Interculturalité ? Quelques précieuses trouvailles

Regards croisés

Nous connaître mutuellement, F.X. Bigeziki, MAf.

Equipe de rédaction

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Éditorial  

      En vivant l’interculturalité d’une façon positive et constructive, nous participons à la réalisation des Objectifs du Millénaire dont le but est d’arriver à bâtir un monde plus fraternel, fondé sur une vie meilleure pour tous. Partage d’octobre dernier  a déjà présenté cette question dont le Chapitre de 2005 avait montré l’actualité pour nous, SMNDA, venant de diverses cultures. C’est dans ce contexte que nous sommes appelées à « célébrer et bâtir notre communion pour la mission ».

      La mise en place du Programme Salomé  a procuré à toutes les communautés des moyens pour se laisser transformer dans ce sens. Selon un sociologue espagnol, Miquel Rodrigo Alsina, « Le pari pour l’interculturalité, c’est le pari pour la rencontre et le respect. Et l’interculturalité implique, par définition, interaction. Il n’existe pas de cultures meilleures que d’autres. Il n’y a pas de hiérarchie entre elles. Toutes sont dignes du respect des autres. » Le Seigneur Jésus lui-même nous en a donné une illustration lorsque, s’aventurant dans la région de Tyr et de Sidon, il s’est laissé interpeller par une Cananéenne, étrangère au peuple juif, et la faisant alors participer à la table des enfants.  Étape majeure dans la prise de conscience de l’universalité de sa mission !
   
     L’expérience nous montre qu’apprendre la langue des peuples auxquels nous sommes envoyées doit dépasser le seul accès à une langue nouvelle. Il ne suffit pas de parler la langue de l’autre ou des autres pour vivre l’interculturalité ; cela va bien au-delà : les mots, même traduits sont souvent porteurs de significations différentes selon la langue utilisée. Nos communautés, souvent pluriculturelles, se construisent à travers nos façons différentes de penser, de sentir et d’agir. Et c’est ainsi que nous recevons les unes des autres le centuple promis.

      Désirant vivre et témoigner d’une vie fraternelle, nous n’aurons jamais fini de creuser le thème ! Les diverses contributions rapportées dans ce numéro, témoignent de la manière concrète dont l’interculturalité est vécue jour après jour dans nos communautés. Bukavu Kadutu et Tunis Raspail présentent plus spécialement comment elles utilisent les outils enseignés par le Programme Salomé. Si les deux autres communautés, Paris Gay-Lussac et Morelia, n’abordent pas la question sous cet angle, c’est que leurs contributions avaient été programmées pour le numéro d’octobre dernier. L’abondance de la matière les avait fait reporter à ce numéro-ci. Il n’en demeure pas moins qu’elles gardent tout leur intérêt dans ce numéro, car elles montrent bien comment les sœurs se sentent enrichies par leur diversité. Quelques réflexions notées ici ou là permettront aussi de découvrir que  l’interculturalité se vit ailleurs dans l’Église et dans le monde.

      « La vie se partage » entre nous toutes. C’est là encore une façon de témoigner du désir de communion qui nous habite. La seconde partie du témoignage de Begoña Iñarra poursuit la présentation de son activité de lobbying auprès des décideurs européens,  au sein du réseau AEFJN. (Cf. Partage 2008.5) Dans un autre ordre d’idée, vous pourrez découvrir l’itinéraire de Margreth Kibola qui a fait ses vœux perpétuels en janvier dernier. Comme les cinq sœurs qui l’ont précédée au cours de l’été dernier (Cf. Partage 2008.5), elle nous permet de communier à ce qui est important pour elle, SMNDA, définitivement engagée dans notre famille. Francisca Reche rend hommage aux femmes d’Afrique à l’occasion du 8 mars (Fête internationale des femmes). Les Communications diverses sont aussi un aspect de ce partage de vie. Comment notre Fondateur a su écouter l’Esprit et se faire prophète en matière d’interculturalité, à une époque où la notion n’existait pas encore, c’est ce que vous pourrez lire dans la « Promenade à travers les archives ».

      Ce numéro de Partage vous parviendra quelques jours avant ou après Pâques. Toutes celles qui participent à sa confection vous souhaitent un Temps pascal rempli de la joie du Seigneur Ressuscité, Lui qui, en nous appelant  à « bâtir notre communion pour la mission » ne cesse de nous vouloir unies à travers nos diversités.

Lucie Pruvost

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BÂTIR NOTRE COMMUNION DANS LA VIE QUOTIDIENNE

Notre communauté ?
       Nous sommes neuf : une majorité congolaise, une Espagnole et une Française. Six ethnies parmi les Congolaises, car nous venons de régions différentes. Cinq suivent la formation du postulat. Une grande maison, ouverte à divers groupes, dans un quartier populaire où beaucoup de personnes vivent difficilement. Près de nous, une petite communauté de quatre propédeutes, toutes congolaises.

Nos particularités ?
      Ce qui nous vient en premier, c’est l’alimentation : les menus sont faits à tour de rôle. Ils tiennent compte des différences : crudités pour les unes, fufu pour les autres (se prononce foufou : pâte faite avec la farine de manioc ou de maïs, ou les deux, un mets très répandu au Congo). La note dominante est à la tolérance et à l’ouverture dans la joie : « Je peux renoncer au fufu tous les jours », dit Mapendo. « Si tu n’avais pas fait la tortilla (omelette de pommes de terre, venant d’Espagne), nous n’aurions jamais su qu’elle existait ! », dit une autre. Il y a même de la place pour un régime. Chacune entre progressivement dans les habitudes des autres, heureuse de l’ouverture.

      À l’unanimité, nous constatons avec bonheur notre joie d’accueillir chez nous selon la culture congolaise. Famille proche ou lointaine, amis, voisins, aspirantes, affiliés à la Congrégation, relations diverses... L’accueil à table ou pour loger, qui par le passé avait pu poser problème, est devenu comme naturel. Le repas de midi est généralement suffisant, quitte à compléter pour le soir. Un fufu se prépare vite. Ce n’est pas sans discernement, ni concertation discrète, et cela peut être sujet à évaluation. Au cours d’une réunion communautaire, nous nous sommes mises d’accord sur ce qu’on offre à un visiteur, en partant des habitudes familiales de chacune et en se situant comme communauté religieuse ouverte à tous. Par exemple : à qui offre-t-on de la bière ? Cet accueil est pour nous un témoignage de fraternité selon l’Évangile, qui donne beaucoup de joie de part et d’autre.

La langue : Nous sommes en Afrique francophone, et ici la langue de la Congrégation est le français. C’est l’unique langue qui nous soit commune. Nous sommes conscientes de l’ajustement continuel nécessaire pour nous comprendre : les postulantes apprennent encore, les professes parlent d’après les particularités du milieu où elles ont commencé : Congo, France, Belgique. Le dictionnaire est le livre le plus utilisé dans la communauté après la Bible ! Le scrabble aide en douceur à perfectionner l’orthographe et le vocabulaire. Ce qui nous unit est notre soif de communiquer et de connaître l’autre, qui va jusqu’au partage de l’Évangile et de la prière. Il y a aussi la joie d’entendre l’une ou l’autre parler sa langue. Isabel téléphonait : « C’est la première fois que j’entends parler l’espagnol ! », dit une postulante ; et ainsi le kikongo, le kinande, le thsiluba, pour d’autres. Partie visible de l’iceberg culturel constitutif de la personnalité de chacune. Le swahili est la langue locale la plus commune, après le mashi. Les jeunes l’apprennent vite. En communauté, cette diversité s’exprime dans les liturgies eucharistiques, par les chants en différentes langues, chantés par toutes.

      Le rythme de parole : « Les Français ont la réputation de parler vite, avec la tentation de couper la parole », reconnaît Françoise. Au Congo, c’est plus lent. Gymnastique de la langue pratiquée depuis l’enfance ou forme de pensée ? Il y a des personnes de haut contexte, d’autres de bas contexte, nous dit le programme Salomé. Nous avons un chemin à faire des deux côtés. Les unes dans le respect et la patience, les autres pour aller directement aux faits, sans y mettre la sensibilité.
      Dans notre désir de relations harmonieuses dans l’interculturalité, nous nous heurtons à un autre obstacle : les sensibilités différentes. Par exemple pour discerner comment aider quelqu’un avec le fonds d’apostolat ou pour s’organiser pour une fête. « C’est personnel », disons-nous. Personnel ou culturel ? Culture et histoire personnelle interfèrent…

Comment le programme Salomé nous a-t-il aidées ?
      Grâce à une visite de Marie-Alice Terrettaz en décembre 2007, nous avons restructuré nos réunions en faisant la place au programme Salomé, comme d’ailleurs aux dossiers Lavigerie. Avec grande satisfaction, nous constatons que, depuis ce jour, bien de nos réunions ont été l’occasion de partages profonds entre nous, rejoignant notre désir de se dire à l’autre. Les résultats de l’enquête, lus personnellement et travaillés ensemble, nous ont rapprochées dans un même amour de la Congrégation,  pour rebâtir la communion pour la mission.

      Nous avons pris des engagements pratiques. Ils ont inspiré notre projet apostolique communautaire. Nous n’avons pas fini d’exploiter l’écoute respectueuse ; chacune a vu où elle a un effort à faire. Plus haut, il a été fait allusion au « bas contexte » et au « haut contexte ». Depuis deux ans, nous utilisons l’invitation mutuelle dans nos réunions. Cette pratique est spécialement bénéfique dans les réunions où nous sommes ensemble, professes et postulantes, à cause des différences d’âge, de formation et d’expérience. Les postulantes sont étonnées de se sentir à égalité. Nos décisions sont le fruit de l’apport de chacune. Cela nous donne beaucoup de joie. Ainsi la préparation et l’évaluation de la fête du 8 décembre : nous avions décidé d’inviter chez nous nos sœurs et les Missionnaires d’Afrique de Bukavu.
      Dans la formation, Hélène et Isabel, ont le souci de transmettre cette ouverture interculturelle aux plus jeunes. Elles se sentent aidées pour la qualité de l’accompagnement.

Aide pour nous comme envoyées à des personnes de culture différente ?
      Le programme Salomé nous rend sûrement plus sensibles aux différences et aux richesses culturelles des personnes. Sensibles aussi à leur besoin d’être reconnues dans leurs particularités, quelles qu’elles soient.

Quelques exemples 

- L’une de culture shi note qu’elle est appelée à parler swahili pour que des personnes de langue réga ou nandé ne se sentent pas à l’écart, dans le groupe où elle étudie.
- Dans les relations avec les Missionnaires laïcs lavigériens, l’écoute et le respect du rythme de parole et de pensée améliorent la qualité des réunions du comité.
- Nous vivons dans une région de conflits. Il n’est pas évident de considérer chaque ethnie avec estime et respect. La tentation de généraliser le mal fait par quelques-uns à tout un groupe est réelle. Des cheminements ont été proposés pour rétablir les relations.

C’étaient donc quelques approches de nos pas vers une interculturalité reconnue et mise en valeur, en communauté comme à l’extérieur. Essentiel pour bâtir la communion pour la mission.

Communauté de Bukavu Kadutu

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DANS LA DIFFÉRENCE, GRANDIR LES UNES PAR LES AUTRES

      Pour nous toutes, l’interculturalité est un vivre ensemble avec des sœurs de nationalités différentes et venant d’horizons très divers : tantôt d’Afrique, tantôt d’Amérique ou d’Europe, à quoi s’ajoute la rencontre d’Asiatiques à travers les groupes de nos sœurs étudiantes. Ici, à Paris, toutes les cultures se côtoient, s’entrelacent, s’embrassent… et ne parlons pas de la rue, du Quartier Latin où nous habitons, avec ses grandes écoles, la Sorbonne, ses restaurants pour toutes les spécialités du monde, ses librairies innombrables !

      Dans notre communauté, chacune peut raconter son expérience de rencontre avec l’autre en Afrique… Celle-ci a dû s’adapter à toutes les régions de l’Afrique, du Nord au Sud. Celle-là, au contraire, a passé 50 ans de sa vie au Burkina, devenant Mossi avec les Mossi. De leur côté, les sœurs étudiantes, venues pour apprendre le français à l’Alliance française, expérimentent le grand brassage de la mondialisation en côtoyant des Chinois, des Iraniens ou des Ouzbeks, tout en essayant de s’insérer comme Africaines. Et puis, il y a les « anciennes » de la maison qui sont appelées à modifier leurs habitudes en accueillant les changements incessants dans la communauté. Pour les sœurs qui arrivent d’Afrique, c’est la découverte d’une Église de France inconnue, avec ses « traditionnels », ses regrets… Ce qui est formidable, c’est que nous acceptions toutes d’entrer dans la culture de l’autre. Quelle joie quand Prospérine nous prépare « le bugali », ou quand Florence nous réjouies avec ses devinettes bien françaises ; ou encore quand l’une ou l’autre amène des amis de n’importe quelle nationalité !

      Tout cela demande beaucoup d’attention : patienter dans les petits efforts, se connaître, se présenter, présenter son pays, ses coutumes… Il y faut beaucoup de vigilance : accueil et respect de l’autre différent ; patience dans la connaissance ; points de vue différents ; coutumes autres. Que de partages, de dialogues, pour arriver à dépasser les frontières qui sont en nous, nos façons de faire nationales ; et finalement, trouver tout ce que l’interculturalité nous apporte comme richesses.

      Notre vie en Afrique nous a façonnées en bien des choses, par exemple à l’accueil, et nous sommes marquées par un « être avec », une relation d’attention à l’autre quel qu’il soit. Comment entrer dans ce processus ? Tout d’abord il y a les attentions normales à toute personne. Et puis être simple. L’accueil, l’hospitalité, la liberté sont appréciés dans une communauté d’étudiantes. Cela ne s’improvise pas et rend nécessaire la préparation de la communauté à celle qui arrive. Être attentives à la manière de parler, si c’est une sœur qui vient apprendre la langue : prendre le temps, parler lentement, bien prononcer, expliquer.

      Les congrégations internationales vivent plus ou moins l’interculturalité, comme nous, mais pas toujours de la même manière. Nous le sentons à travers les contacts de Sœurs et Frères dans les groupes de nos sœurs étudiantes. Notre approche des Africains est marquée de l’empreinte de notre Fondateur : aller vers… être avec… former… une attention plus ressentie.

      L’éducation en famille a aussi marqué chacune de nous. Pour l’une de nous, l’ouverture à l’extérieur du pays d’origine a toujours existé : arrière-grand-mère polonaise, oncles partis en Algérie avec leurs familles jusqu’à l’Indépendance ; tantes religieuses dans des congrégations internationales… On parlait de tous ces pays, des cousins d’ailleurs... Une autre a vécu un premier brassage culturel lorsque, entre 16 et 22 ans, elle a fait plusieurs séjours en Angleterre. À présent, les mariages « mixtes » font que l’autre « différent », c’est dans la famille proche qu’on le rencontre.

      C’est dès les débuts de notre formation religieuse que certaines ont été façonnées en vue de communautés internationales, comme le raconte une sœur qui, il y a presque 50 ans, a eu la chance de vivre cette internationalité dès le noviciat en France. « Nous avons prié, réfléchi, bavardé, dansé avec des Espagnoles, des Suisses, une Portugaise. Le mélange avec d’autres nationalités ne nous était donc pas inconnu. Ce que, par contre, nous, les Françaises, avons peu réalisé, c’est que dans la Congrégation, la France s’imposait en tout : façon de se nourrir, de parler, de raisonner, de se récréer. Nous, le gros de la troupe, n’en étions même pas conscientes. »

      Reste que la formation reçue dans la Congrégation nous a beaucoup aidées à réfléchir, à approfondir notre relation avec les sœurs d’autres nationalités, avec les gens du pays, les coutumes, les traditions, la nourriture, la religion… L’une des sœurs constate que si de multiples changements n’ont pas été favorables à l’étude de la langue, elle a, par contre, bénéficié d’une ouverture large et enrichissante à travers chaque pays, chaque ethnie… Une autre pense que c’est souvent le tempérament de la personne, plus que la différence de nationalité, qui crée des difficultés. D’où l’importance des reprises : juniorat, troisième an, sessions diverses. L’appel au réajustement est permanent.

      L’accueil des « différences » reste une exigence à cultiver, à faire grandir. La foi chrétienne nous ouvre à cela en nous appelant à voir l’autre en frère ou sœur, et c’est un soutien pour grandir dans l’amour des autres. « Aimez-vous les uns les autres », disait le Seigneur, un appel si souvent repris par Mère Marie-Salomé : « S’aimer, s’entraider, comme des sœurs… Se pardonner… chercher à connaître l’autre différent, à se comprendre, à s’aimer… » Être attentive à l’autre, à tout autre, tel est le fond de la vie de communauté : grandir les unes par les autres.

Communauté de Paris Gay-Lussac, France

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QUE NOTRE DIVERSITÉ DEVIENNE RICHESSE !

      Nous, Communauté de TUNIS RASPAIL, nous sommes ensemble depuis novembre 2008. Au rythme d’une fois par semaine, chacune a pu se présenter aux autres pour que toutes, nous puissions apprécier les richesses variées au sein de notre groupe. Voici donc qui nous sommes.

      Melika, Française, 69 ans : Je suis venue en Tunisie avant de devenir SMNDA, et depuis mes premiers vœux, j’ai toujours été ici. C’est une longue fidélité avec ce peuple que j’aime. Cela ne veut pas dire que c’est toujours simple au collège où je suis responsable du cycle moyen (les 12 - 15 ans). Je donne aussi un cours d’arabe à la Maison d’Études. J’ai le don de chanter et j’aime surtout chanter et faire chanter  en arabe.

      Adoración Bolivar, Espagnole, 67 ans : Je suis à Tunis depuis le mois d’avril 2008. J’ai d’abord été au Burkina Faso et au Mali, puis en Espagne. J’ai vécu aux Iles Canaries, et j’aime préparer le riz à la banane avec des œufs frits. Je n’aurais jamais pensé venir en Tunisie et je vois mon arrivée ici comme un « caprice de Dieu ». Je suis heureuse d’enseigner la formation humaine à des jeunes Tunisiens dans une école privée diocésaine et aussi d’accompagner des étudiants chrétiens subsahariens qui sont rassemblés dans une association, la Jeunesse Chrétienne Africaine de Tunisie.

      María Hernández, Espagnole, 65 ans : J’ai passé presque toute ma vie SMNDA en Tunisie. J’ai d’abord enseigné au primaire, et je garde des amitiés fidèles de cette période. Le plus beau temps de ma vie s’est situé lorsque nous vivions dans un quartier populaire, très proche de nos voisins. Maintenant, je m’occupe du secrétariat de la Maison d’Études et aussi d’une bibliothèque pour élèves du secondaire.

      Carmen Sammut, Maltaise, 57 ans : Je suis récemment revenue à Tunis où j’avais déjà vécu onze belles années. C’est avec joie que je retrouve cette ville et ses habitants. Je donne actuellement une session intensive d’arabe à la Maison d’Études où je me sens comme une passerelle pour faire connaître la langue, quelque chose de la culture et de l’amour que j’ai pour ce peuple.

      Clémentine Mukampabuka, Rwandaise, 35 ans : Je suis arrivée à Tunis au mois de novembre 2008. J’avais déjà une expérience au Maghreb, car j’ai passé quatre ans à Oran, en Algérie. Je m’occupais d’une bibliothèque pour étudiants. Ici, je fais par correspondance des études de bibliothécaire – documentaliste - multimédia et, deux fois par semaine, je travaille dans la Bibliothèque diocésaine orientée vers les religions comparées. 

      Gisèle Some, Burkinabè, 35 ans 
: Je suis arrivée ici au mois de novembre 2008, après quatre ans à Goma, en R.D. Congo. C’était aussi pour moi de l’ordre de l’inattendu. Ici, comme Clémentine, je suis par correspondance des cours de bibliothécaire – documentaliste - multimédia. Deux fois par semaine, je travaille dans le Centre d’Études de Carthage, grande bibliothèque universitaire au cœur de Tunis. Comme tout est en arabe, même l’Eucharistie communautaire trois fois par semaine, j’apprends à balbutier, à lire et à écrire cette langue. Quel effort par exemple pour ouvrir le livre « à l’envers » et lire de droite à gauche !

      Notre richesse est justement dans le fait de venir d’horizons divers, du fait de notre naissance et de notre expérience de vie SMNDA. Autre richesse, trois d’entre nous ont une longue présence au Maghreb et trois sont nouvelles. C’est ainsi que nous avons pu profiter des fêtes de Noël et du Nouvel An pour inviter des amitiés anciennes et des nouvelles connaissances, Tunisiens musulmans, pour partager notre joie. De cette façon, chacune s’ouvre à ce pays qui nous accueille et à sa culture. Car nos amis aussi nous invitent pour partager leurs fêtes.

      Dans nos rencontres communautaires, l’invitation mutuelle nous aide à bien nous écouter les unes les autres, « sans souci de savoir quand je vais parler ». Elle nous aide aussi à être sûres que chacune puisse dire sa parole, car sur six, les unes aiment beaucoup parler et les autres sont plutôt réservées. Parfois, nous mettons nos difficultés sur le compte de la culture, alors que nos différences sont aussi dues à nos tempéraments, nos personnalités, combien différentes, et à notre éducation. D’un autre côté, nous voyons qu’il est difficile de séparer la culture de l’éducation reçue ou des coutumes de la vie quotidienne. Un exemple : mettre une fourchette avec ses pointes en bas ou en haut selon ce qui était l’habitude dans notre espace culturel, cela n’a aucune importance. Et pourtant, cela risque parfois d’agacer !

      La session Salomé  nous a aidées surtout pour mettre les mots sur les faits que nous vivons, au-delà du choc des différences. Être consciente de ce que je vis, regarder mes sentiments, puis aller aux racines en moi, dans mes valeurs et mes besoins, m’aident à communiquer dans une relation d’équivalence. C’est ainsi que l’une de nous, en arrivant,  trouvait que le jardin n’était pas très joli. Elle avait comme image culturelle des cours bien propres, libres de toute mauvaise herbe. Dans son temps libre, elle a donc commencé à arracher ce que les autres appellent « le gazon », une sorte d’herbe vivace, qui pousse ici et survit à la chaleur de l’été. Au début, pas trop de réactions, mais vint le jour où quelqu’un lui dit qu’elle ne devrait pas faire de cette manière. En cherchant en elle, elle a pu expliquer ce qui, au fond, l’avait poussée à nettoyer ainsi le jardin. Elle a pu aussi écouter les « pourquoi ? » des autres. Cela a permis la communication pour mieux se comprendre et s’ajuster mutuellement.  

      Le texte « Construire la force intérieure » nous est très utile dans nos relations quotidiennes. Il nous aide à grandir dans l’appréciation de soi et à exprimer notre vérité d’une façon empathique.

      Reconnaître les diverses manières de communiquer nous aide à écouter l’autre jusqu’au bout, à ne pas interpréter à  « ma » façon ce que j’entends. Ceci n’est pas seulement aidant en communauté, mais aussi dans nos lieux de travail où nous sommes constamment confrontées à une culture bien  différente.

      Dans un cours de langue arabe, un texte expliquait à des étudiantes, originaires de divers pays, comment indiquer des directions. Les Tunisiens, en effet, utilisent souvent un style indirect pour communiquer. Ils ne te diront pas : « Tourne  au troisième tournant »,  mais  « Le premier tournant, non ; le deuxième non, le troisième ». La classe s’animait : l’une réalisait qu’elle ne donnait jamais le temps à ses interlocuteurs tunisiens de terminer, tant elle  trouvait les réponses longues. L’autre se rappelait que souvent on lui répond « ma ysälš » (cela ne fait rien) au lieu de lui dire oui ou non. Ainsi, en classe, nous avons parlé de divers styles de communication en vue de la meilleure compréhension possible.

      Voyant combien ce programme nous aide à bien communiquer au quotidien, nous nous sentons encouragées à approfondir les outils déjà reçus et à en recevoir de nouveaux. Nous voulons continuer à apprendre comment améliorer la qualité de nos relations pour que « notre diversité devienne réellement richesse », ce qui fait partie de notre projet apostolique communautaire. Merci au Conseil général pour ce programme si riche !

Adoración, Carmen,  Clémentine, Gisèle, María et Melika
Tunis Raspail

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L’INTERCULTURALITÉ ? UNE LONGUE MARCHE

      L’arrivée de Leticia (Lety) Garduño et la visite de Fernande Patry ont enrichi notre interculturalité. C’est ensemble que nous avons réfléchi sur la manière de vivre l’interculturalité. Un exercice de brain storming, nous a déjà introduites dans une expérience d’interculturalité : un même mot peut recouvrir  pour chacune des sens bien différents. Finalement, nous pensons que l’interculturalité désigne une relation entre des cultures où se jouent des interactions, des réactions et parfois des confrontations. Au fond, l’interculturalité est un processus dans la rencontre entre personnes différentes. Cela peut provoquer un choc et mener à une confrontation. C’est alors que nous avons à décider comment aller dans le sens du dialogue, se laisser toucher par la culture de l’autre, changer notre manière de penser, d’agir. Sinon, nous risquons de nous replier et d’arriver à l’isolement. En oubliant que l’autre est différent, on essaie de le changer. Cette marche, qui va du choc de la rencontre jusqu’à la transformation et à l’enrichissement, est douloureuse par nature. Mais c’est aussi une source de croissance et de liberté intérieure. En un mot, c’est un processus pascal.

      Nous en avons fait l’expérience à l’arrivée de Lety, en rencontrant sa famille venue l’accueillir. Nous voulions célébrer la rencontre entre famille naturelle et famille SMNDA. Nous avons donc préparé les plats typiques pour ce genre de réunion, le pozole, bien pimenté  et le gâteau des fêtes mexicaines. Au moment du repas, n’ayant jamais mangé de ce plat, Fernande a ressenti un ‘ choc culturel ’. « Comment manger ceci ? Comment se servir et quoi prendre  ? Que faire avec les tortillas ? Et la nourriture pimentée ? Elle a donc choisi d’observer comment les autres s’y prenaient pour jouir pleinement de la fête. Alors, la différence de langue n’a plus été un obstacle. Grâce au portugais, elle a pu se faire comprendre et comprendre l’espagnol…

      Nous avons aussi vécu la rencontre des aspects religieux de nos deux cultures, mexicaine et SMNDA. Dans le milieu où nous vivons, les personnes consacrées sont entourées d’un grand respect. Les gens voient en elles la présence de Dieu, et elles sont accueillies comme une bénédiction. Cette confiance crée un climat favorable aux confidences. Les gens partagent souvent avec nous les situations difficiles ou tristes de leur vie. Ils savent que nous les écouterons avec respect et discrétion et que nous prierons pour eux. C’est ainsi que, autour de la table, le frère aîné de Lety a parlé de la mort du papa survenue durant l’absence de Lety. Ce partage rempli d’une paix mêlée d’émotion fut un moment important de la rencontre. Après cela, la joie, la guitare et les chants populaires ont pris la relève. À la chapelle en fin de journée, nous avons rendu grâce à Dieu, et par l’intercession de la Vierge, nous lui avons confié le voyage de retour de la famille.

      La langue, le langage sont aussi une particularité de chaque culture. Une sœur espagnole raconte. « Lorsque je suis arrivée au Mexique, dans un premier temps, j’ai eu la joie d’être dans un pays dont la culture ressemblait beaucoup à la mienne. Mais peu à peu, j’ai découvert que, tout en parlant la même langue, des expressions locales et certains mots avaient des portées bien différentes. Ainsi une ‘promesse’, une ‘invitation’ ou encore ‘la notion du temps’… Cela m’a fait buter sur bien des malentendus. J’ai donc dû progresser dans la découverte, la compréhension et l’intégration d’un langage qui, avec les mêmes mots, exprime un sentir différent. Ainsi, lorsque je retourne en Espagne, je provoque parfois les mêmes incompréhensions qu’en arrivant au Mexique. Je dois me resituer dans ma propre langue. »

      Une autre ajoute : « En arrivant à Morelia, j’ai suivi des cours pour apprendre l’espagnol. Sachant que j’étais missionnaire en Afrique, mon professeur, une jeune Mexicaine, m’a montré beaucoup d’intérêt. Pour me faire connaître le milieu, elle a promis de m’inviter chez elle pour  Noël. J’ai attendu avec enthousiasme… Mais cela ne s’est jamais réalisé !

      Dans la communauté, nous avons toutes vécu ce genre d’expériences. » Il est arrivé que des personnes aient exprimé le désir de venir pour une visite. Nous avons convenu d’un rendez-vous… Au jour-dit, personne ne s’est présenté. Cela arrive souvent lors de récollections vocationnelles. Les jeunes filles enthousiastes, promettent de revenir à la suivante… Et puis rien ! Comment ne pas douter des intentions ? Mais un MAfr mexicain, nous a aidées à interpréter ces faits. Les intentions s’expriment à la fois par des mots et par l’intonation de la voix, le regard, le geste… Il faut savoir détecter une communication non-verbale.

      D’autres expériences nous ont aidées pour la communication. Un ami de la communauté nous invita à visiter un village indigène. Nous avons été enthousiasmées et nous avons accepté l’invitation avec joie. Mais, au fond, nous doutions… Au jour prévu, aucune de nous n’était prête pour la sortie. Lorsque, à l’heure dite, notre ami arriva. Grande fut notre confusion !

      D’autres exemples concernent notre manière d’exprimer par des symboles, des couleurs, notre culture commune de SMNDA. Ainsi, nous avons décidé d’avoir un vêtement commun en tissu  africain, pour les circonstances où nous voulons rendre visible notre appartenance SMNDA. Lorsque nous avons regardé ensemble les pagnes reçus, la Mexicaine a dit qu’elle aimerait orner son ‘boubou’ d’une broderie de couleurs variées. Au Mexique, la vie est très colorée, et cette note distinctive ne peut pas manquer sur un vêtement. Avec sa note africaine, notre « uniforme » exprimera aussi quelque chose de la culture mexicaine.

      Vivre l’interculturalité en communauté demande une grande attention. Ainsi en matière d’horaire et de rythme de vie. En Espagne et au Mexique, le petit déjeuner se prend tard dans la matinée. Le repas principal est dans l’après-midi, et le souper, tard dans la soirée. C’est très différent en Allemagne ou au Canada. Après dialogue, nous avons combiné un horaire fondé sur nos activités.

      C’est au quotidien que nous avons découvert l’importance d’un geste, d’un symbole pour chacune. Ainsi pour dresser la table un jour de fête, la sœur allemande a posé au centre de la table des fleurs et une bougie, ce qui, pour elle, ne pouvait pas manquer. La surprise des autres lui a fait un choc. Elle nous a expliqué que dans sa culture, la bougie est un symbole présent à tous les repas.

      La nourriture est aussi une expression importante de nos cultures. En général, en communauté, nous employons les produits locaux qui sont très variés et à la portée de notre budget. Chacune à son tour peut nous régaler avec un plat de son pays, une recette locale ou un bon mélange de nos cultures. Ce que nous apprécions toutes. L’attention portée à l’autre nous apprend  à dépasser nos préférences.

   Autre point de dialogue, le temps passé à table après le repas du soir. Pour certaines, il est normal de faire la vaisselle après le repas et de passer ailleurs pour continuer à causer et nous récréer. Pour d’autres, sortir de table brise l’ambiance et coupe la conversation… Il faut donc trouver la solution qui convient, sans se montrer rigide ni d’un côté ni de l’autre.

      Notre foi nourrie chaque jour dans l’Eucharistie ainsi que la prière personnelle et communautaire nous soutiennent dans cet effort quotidien. La rencontre avec Dieu nous aide à nous purifier, à sortir de notre individualisme et à nous laisser convertir. En contemplant Dieu Trinité et Amour inconditionnel, nous nous laissons transformer et cheminons vers cette communion trinitaire.

      Dès le début, nous savons que la Congrégation  est internationale et interculturelle. Cela suppose de ne pas vivre enfermées dans nos catégories culturelles ; ne pas imposer notre propre culture aux autres, mais plutôt nous laisser toucher par la culture de l’autre. Comme dans une famille, nous avons à dépasser les frontières d’âge, de personnalité, d’éducation, d’expression, etc. Nous faire tout à tous en commençant par notre cœur, notre propre communauté et finalement à l’extérieur. Si vous aimez seulement ceux qui vous aiment, quel mérite y a-t-il ? Les collecteurs d’impôts eux-mêmes n’en font-ils pas autant (Mt 5,46-48) ? Cette attitude de CARITAS sans frontières est une part de l’identité SMNDA qui nous a modelées. « Soyez vraiment sœurs… », disait Mère Marie- Salomé.

Communauté de Morelia, Mexique

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La vie se partage

UNE MARMITE, TROIS PIERRES ET DU FEU

            Le symbole qui reflète mon désir d’un engagement permanent ? C’est une marmite en terre posée sur trois pierres avec du feu en dessous.

      La marmite ? Je suis un don gratuit du Créateur. Je n’ai pas choisi d’être ce que je suis en tant que personne. Je me sens comme l’argile qui attend d’être modelé par le potier. Ce qui sort de l’argile reflète le désir du potier. Le propriétaire choisit ensuite comment l’utiliser et comment en prendre soin.
      La marmite est un objet très utilisé. Dans mon pays, la terre de Chagga (ethnie dominante dans la région du Kilimandjaro), sert à confectionner la plupart des plats locaux. On l’emploie aussi pour conserver les aliments précieux ainsi que pour fabriquer la bière locale. Une marmite, c’est un objet délicat. Ce symbole me rappelle donc mes aptitudes et comment ma vie peut être un service pour beaucoup, même si c’est à travers ma fragilité.

      Trois pierres ? La marmite traditionnelle ne peut pas tenir toute seule ; elle a besoin d’un support aussi bien pour cuisiner que pour autre chose. C’est une image qui peut refléter Dieu Trinité. Je trouve aussi cela dans notre communion avec les autres, dans la communauté et dans la Congrégation. Je reçois le soutien d’amis et de membres de ma famille. Sans support, la marmite peut facilement se briser. Il en va de même pour moi.

      Le feu ? Avant d’être utilisée, la marmite doit être passée au feu pour être solide. Feu et marmite sont des amis. Plus on passe la marmite au feu, plus solide elle devient. Le défi est pour moi de permettre au feu transformant de l’amour de Dieu de former et de pétrir  ma vie quotidienne pour grandir, en vue de lui devenir de plus en plus semblable. Le Seigneur invite non pas à être une mare stagnante, mais à être comme les eaux courantes qui apportent la vie à ceux avec qui je vis et auxquels je suis envoyée.

      Comment j’ai connu les SMNDA ? Après mes deux années de collège, j’ai pris conscience d’un puissant appel en moi. Dans ma recherche de congrégations différentes, j’ai finalement rencontré une amie qui m’a donné l’adresse de nos sœurs. Elle avait rencontré nos sœurs à Singida (région du
centre de la Tanzanie), mais avait l’ancienne adresse de Kipalapala à Tabora. Nous avions déjà quitté cet endroit depuis longtemps. Malgré l’adresse incorrecte, ma lettre arriva à nos sœurs d’Arusha. J’ai ensuite commencé ma route avec les SMNDA avec Maïté Sanz De Pablo, animatrice vocationnelle. En 1996, j’ai fait deux courts séjours à Arusha, puis j’ai commencé le « viens et vois ». 

      Voici pourquoi je désire faire partie de la Congrégation. Depuis le début de mon itinéraire en 1996 jusqu’à ce jour, j’ai vécu deux choses importantes : j’ai pris conscience de l’amour inconditionnel de Dieu pour moi et j’ai senti en moi un appel puissant à le suivre et à le servir par-delà mon petit monde. Je suis remplie de paix et de joie pour cette grâce d’avoir part à la mission de la Congrégation en Afrique.

      Ce dont je rêve pour notre famille SMNDA, c’est d’être et de devenir toujours davantage « Toute à tous nos frères et sœurs, là où nous sommes ». Être toujours provoquée et inspirée par saint Paul, Lavigerie, notre fondateur, et Mère Marie-Salomé. En suivant l’esprit généreux de nos ancêtres dans la foi, puissions-nous répondre avec courage aux appels de l’Afrique d’aujourd’hui ! Je crois que, de nos petites contributions, résulteront de grandes différences pour tous ceux que nous touchons par nos vies, des jeunes aux anciens. Qu’il puisse en être ainsi ! Que Dieu bénisse l’Afrique et qu’Il nous bénisse !

OSER ÊTRE DIFFÉRENT
Oser dégager un sentier nouveau là où rien n’existe ;
Oser affronter les manières populaires de penser…
Oser prendre une position sur ce que l’on sait être juste ;
Oser faire une  différence pour un meilleur vivre de ceux avec qui l’on est en relation ;
Oser aller au-delà des étoiles et l’accomplir jusqu’au bout !
(Texte repris d’une carte postale)

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AU SERVICE DE L’AFRIQUE EN EUROPE (Deuxième partie)

      Comme annoncé dans le n° de février 2009, Partage a le plaisir d’offrir à votre lecture la suite de l’article de Begoña. Bonne lecture !

      AEFJN a pour mission d’influencer les décideurs en faveur de l’Afrique.  Pour réaliser cette mission, nous avons constitué des plates-formes ou des réseaux avec d’autres groupes. Actuellement, nous travaillons surtout sur deux questions. « Changement climatique » concentré sur les biocarburants, tout d’abord. Et en second lieu, « Commerce et Sociétés commerciales » concentrés sur les « Accords de partenariat économiques » (APE) conclus entre quatre régions d’Afrique et l’U.E. Nous travaillons avec la Société civile en Afrique et en Europe. Divers acteurs, Société civile en Afrique et agriculteurs, hommes d’affaires, Églises, jeunesse, syndicats, y sont très actifs contre les APE. AEFJN a ordonné deux études (Burkina Faso et Zambie) sur l’impact possible des APE sur les agriculteurs et la population urbaine.

      Nous travaillons en vue d’une législation européenne sur les sociétés commerciales européennes travaillant en Afrique. D’après cette loi, les Sociétés seront  tenues pour responsables dans leur pays d’origine des violations des droits humains et socio-économiques accomplies en Afrique. Cela aura un impact par exemple sur les exploitations des minerais du Congo Oriental et la manière dont les minerais précieux sont acheminés vers les pays voisins.

      Suivre ces questions signifie participer à diverses sortes de rencontres :
- Avec les autres ONG pour décider de stratégies communes et d’action.
- Avec la Commission Européenne (CE) pour voir où ils en sont avec les APE et présenter notre position tout à fait différence de celle de la C.E…
- Nous participons aussi à des réunions du Parlement européen. Les parlementaires avec lesquels nous traitons sont en général beaucoup plus ouverts à nos propositions que la CE. Cela montre à la Commission que le point de vue de la Société civile n’est pas « insolite ».

      Comme quelques Africains de la Société civile et des politiciens participent aux rencontres auxquelles nous assistons, j’ai l’occasion de les rejoindre et d’avoir leur opinion concernant les différentes questions que nous traitons.  Ces réunions me donnent une grande joie, surtout lorsque j’ai déjà rencontré ces personnes dans leur propre pays. Quand je dis que j’ai travaillé en Afrique pendant tant d’années, elles deviennent amicales, et encore davantage, lorsque je connais le pays d’où elles viennent. Ces entretiens avec des gens de toutes sortes et de tout credo, avec lesquels nous avons des intérêts communs, compensent le travail aride au secrétariat. C’est une joie de voir l’engagement de jeunes travailleurs d’ONG vis-à-vis des peuples du Sud. Ce sont des « professionnels » qui peuvent travailler tard le soir pendant les réunions et qui font un travail très sérieux.

      Une autre source de joie est le contact avec les onze groupes nationaux AEFJN, appelés « Antennes » des divers pays européens. Je garde le contact avec eux. Les Antennes sont composées de religieux de différentes congrégations et de laïques, et elles font pression sur leur gouvernement national. Le Secrétariat international, les représentants des Antennes et quelques membres de l’Exécutif se retrouvent deux fois par an pour décider du Plan d’action et discuter les diverses questions concernant l’avenir du Réseau. De temps en temps, nous rendons visite aux Antennes. La participation à leurs réunions, la discussion avec le groupe entier, nous unissent dans une vision commune sur certaines questions. En 2008, je suis allée à Malte pour commencer une nouvelle Antenne. Les religieux et les laïques ont été très intéressés, mais il leur faut un peu de temps pour commencer. Je suis allée aussi en Pologne. Le Père du St-Esprit, responsable de l’Antenne, a organisé un séminaire d’information sur AEFJN. Je l’ai donné, assistée d’un traducteur. Il y avait un bon groupe de laïques missionnaires et quelques religieux de diverses congrégations. Ce fut vraiment intéressant de voir leur intérêt et leur organisation. J’ai aussi rendu visite aux Antennes du Royaume-Uni et d’Espagne.

      J’ai aussi reçu diverses invitations pour donner un exposé ou une session de formation à quelques groupes. Si c’est dans la ligne du travail d’AEFJN, habituellement, j’accepte. A Madrid, j’ai participé à un Séminaire organisé par la Conférence épiscopale sur Populorum Progressio (PP). J’y ai présenté l’influence de PP en Afrique. J’ai aussi été invitée pour le Séminaire organisé par la Conférence Espagnole des Religieux (CONFER) sur « Religieux et politique ». J’y ai animé un atelier sur les groupes de pression et participé à une Table ronde. En octobre, à Pampelune, j’ai pris part à une « Semaine sur l’Afrique ». Là, j’ai présenté plusieurs films africains et donné un exposé sur : « Les Femmes, moteurs de l’économie en Afrique ». Les trois jours que j’y ai passés ont été très intéressants : rencontre avec un groupe de l’Antenne ; participation à une Table ronde sur la crise alimentaire et l’Afrique ; rencontre avec les organisateurs, hommes et femmes, intéressés par l’Afrique.
Même si des congrégations masculines et féminines sont membres d’AEFJN,  nous sommes actuellement quatre femmes dans le personnel du Secrétariat international :

- Agnès Charles, Fille de Jésus et Marie qui a été au Burundi et en Ouganda, s’occupe des publications, communications et traductions en français.
- Christine Fouarge, une agronome, mariée avec quatre enfants, qui appartient à la communauté du « Chemin Neuf », s’occupe du pouvoir alimentaire et des biocarburants.
- Anne Ruter, Sr de St Joseph d’Annecy, du Royaume-Uni, fait les comptes et s’occupe des traductions en anglais et du site.
- Je suis moi-même chargée des relations avec deux autres organisations chrétiennes et suis deux questions : « Commerce et sociétés internationales » et « Accès aux médicaments pour tous ».

      Nous avons aussi deux bénévoles. Ce sont des hommes à la retraite qui mettent leur savoir, leur temps et leur expérience au service d’AEFJN. Les deux sont belges : Michel Noirhomme est francophone et Jef est flamand. Leur expérience professionnelle dans des sociétés et au gouvernement est précieuse pour notre lobbying.

      Comme vous voyez, l’Afrique est le cœur et le foyer de notre travail à AEFJN. Vraiment, je vis ma vocation missionnaire au service de l’Afrique en travaillant à AEFJN.

Begoña Iñarra, Bruxelles St-Josse

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RENDRE HOMMAGE AUX FEMMES D´AFRIQUE

      Ce texte m’avait été demandé par le Comité de Solidarité avec l’Afrique, pour être diffusé. Il a été largement diffusé en espagnol par le Web et d’autres moyens. Je suis contente de faire ainsi connaître les valeurs de mes sœurs d’Afrique ou de les rappeler aux personnes qui les connaissent. Chacune des idées a été développée dans une série d’articles écrits ces derniers temps.
      
      Huit mars, Journée Internationale des Femmes. Un jour pour rendre hommage aux femmes du monde entier. Un jour pour ne pas oublier les femmes d´Afrique. Ces millions de fillettes africaines privées d´enfance, condamnées à des mariages précoces et manipulés, celles mutilées au nom des coutumes ancestrales sacralisées, celles privées de liberté, de dignité et de futur parce que séquestrées, violées, obligées à combattre et faites esclaves sexuelles, celles privées d´école ouvrant un avenir meilleur.

      Un jour pour ne pas oublier ces mamans, débordantes de générosité et de courage qui doivent affronter tant de difficultés, travailler du matin au soir, marcher des kilomètres et des kilomètres pour chercher l´eau et le bois pour la cuisine, cultiver ou faire du commerce afin d’aider leur famille.

      Un jour pour penser à celles qui, à cause du paludisme, du Sida ou d´autres maladies qui auraient pu être évitées, meurent en donnant la vie, celles qui assument la lourde charge des orphelins du Sida.

      Un jour pour soutenir celles qui portent le deuil des enfants partis à la recherche d´une vie meilleure et qui luttent pour que le drame des « cayucos » ne se reproduise plus, celles qui sont victimes de violences, la plus cruelle étant le viol utilisé comme arme de guerre.

      Un jour pour rendre hommage à ces femmes dont la force morale et sociale est le capital le plus important pour le futur du continent. Elles sont le  sel, la médecine et l’espoir de l´Afrique. Clefs de la vie généreusement donnée et conservée, elles sèment la paix dans des terrains calcinés par les sécheresses et la violence des guerres. Elles s´engagent pour créer un monde plus humain et plus juste et pour pouvoir y tenir la place qui leur appartient. Elles dénoncent les coutumes ancestrales qui les oppriment et réclament des lois plus justes pour qu´elles soient appliquées.

Huit mars, Journée Internationale de la Femme,
journée pour que toutes et tous unis,
enfants, jeunes et aînés du monde,
nous formions une chaîne solidaire de mains de toutes couleurs,
unies pour une terre en paix, plus juste, plus humaine.

María Francisca (Paquita) Reche Reche, Logroño

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Promenade à travers les archives

LAVIGERIE, UN PROPHÈTE EN MATIÈRE D’INTERCULTURALITÉ ?

      Même si le terme « interculturalité » n’est apparu que vers 1970, nous pouvons dire aujourd’hui que notre Fondateur, avait l’intuition de son contenu. Dès les débuts de ses fondations, au-delà de la seule internationalité du recrutement, il avait voulu que cette caractéristique se retrouve au sein même des communautés, ce qui à l’époque était nouveau. Il attendait, il exigeait de ses disciples qu’au sein même de ces communautés internationales, ils vivent en « catholiques », c’est-à-dire dans une fraternité universelle. « Universalité », n’est-ce pas la signification de la « catholicité » placée au cœur de son projet, comme il le déclare en 1890 ? (Allocution lors du départ de 20 missionnaires pour l’Afrique Équatoriale, Alger, 29 juin 1890 ; Cf. Constitutions, n° 2,  54 et 55 ; Actes Capitulaires 2005, p. 43)

      « J’ai voulu à dessein que toutes les nations (…) y fussent représentées (…) Mon ambition est qu’en parlant de vous qui êtes par votre origine la plus humble et la dernière venue des sociétés d’apostolat, on dise du moins d’elle qu’elle est catholique par excellence. »

      Le sens actuel du mot « Culture » s’est dégagé dans le courant du 20ème siècle. Lavigerie ne l’utilisait donc pas. De plus, comme ses compatriotes et comme l’Église « catholique » elle-même, il était pétri de ce que l’on appelle aujourd’hui « mono culturalisme », une culture unique que l’on croyait universelle, la culture européenne. Mais très vite après son arrivée à Alger, il découvre l’existence d’autres manières de vivre dans un pays profondément ancré dans un islam qui avait résisté à toutes les tentatives d’assimilation de la colonisation française. De plus, il ne pouvait pas avoir oublié ce qu’il avait ressenti lors de sa rencontre avec l’Émir Abd El Kader, en 1860, qui fut pour lui, selon ses propres termes, « son chemin de Damas ». Il avait lu un bon nombre de récits d’explorateurs. Il pouvait donc facilement imaginer que ceux qu’il enverrait par la suite au cœur de l’Afrique seraient appelés à plonger dans des milieux profondément différents de leurs milieux d’origine. Peut-être sentait-il déjà que la mise en œuvre de son « tout à tous » l’orienterait vers une universalité  qu’il réaliserait par la création de communautés interculturelles. C’est bien de cet appel initial que nous tenons notre envoi en communautés interculturelles, dans des cultures très différentes de nos cultures d’origine.

      Lavigerie était doué de sens pratique et savait suivre ses intuitions. Il allait donc se laisser transformer et sortir peu à peu de son modèle mono culturaliste. C’est ainsi qu’il allait devenir un vrai prophète en matière d’interculturalité. Déjà, au cours de son séjour à Rome, alors qu’il était membre du tribunal de la Rote, il avait senti la nécessité d’internationaliser la Curie romaine. Cela ressort clairement d’une lettre adressée en 1863 à Faugère, Directeur des Affaires politiques de Rome, alors capitale des États pontificaux.

      « …Le vice radical, suivant moi, du gouvernement romain, soit ecclésiastique, soit même civil, c’est de n’être pas un gouvernement catholique. Je veux dire qu’au lieu de faire entrer dans leur gouvernement des hommes pris dans toutes les nations, les papes, depuis 300 ans, n’y ont admis que des Romains ou tout au plus des Italiens et, à son tour, le Sacré Collège n’a jamais élu pour Chef de l’Église que des cardinaux appartenant à l’Italie. Aussi assistons-nous, depuis un quart de siècle surtout, à ce singulier spectacle de voir italianiser le monde sous prétexte d’unité catholique… »
       C’est un esprit analogue qu’il veut insuffler à ses missionnaires, en leur présentant dès 1874 une façon nouvelle d’annoncer la Bonne Nouvelle, un ordre qui ne peut souffrir aucune exception puisque tel doit être le caractère propre de ses nouvelles fondations (L.C. aux Miss. d’Afrique relative à la tenue du 1er Chapitre général, Alger 11 nov. 1874 :

« Se rapprocher des Indigènes par toutes les habitudes extérieures, par le langage d’abord, par le vêtement, par la nourriture, conformément à l’exemple de l’Apôtre : ‘Je me suis fait tout à tous afin de les sauver tous’. »

      Au-delà d’une simple adaptation extérieure, c’est une vraie méthode d’apostolat comme les « Nouvelles instructions aux missionnaires de l’Afrique Équatoriale » le disent bien en 1879.  « Élever les Africains choisis par nous dans des conditions qui les laissent vraiment Africains pour tout ce qui touche à la vie matérielle. » Et, reconnaissant qu’il s’est trompé dans les débuts de son œuvre, il précise : « On ne l’a pas fait en général jusqu’à présent et, je dois le dire, nous sommes tombés à Alger dans l’erreur commune ; c’est ce qui me l’a fait toucher du doigt. »

      Les « Instructions » de 1879 ouvrent aussi une nouvelle vision en ce sens que Lavigerie distingue  ce qu’il appelle « éducation matérielle » et « éducation religieuse ». Quant à l’éducation matérielle : « Il faut leur laisser le costume africain, pourvu qu’il soit décent, et toutes les habitudes de l’Afrique, y compris celles qui regardent le coucher et le manger… (Les Pères) leur apprendront à lire et à écrire le kiswahili ou le dialecte dominant parmi les Africains de la mission spéciale où ils auront leur résidence. »

      Par contre, « leur éducation religieuse doit être essentiellement apostolique. » « L’apôtre s’adresse à l’âme, c’est l’âme qu’il change, sachant que tout le reste viendra par surcroît, et pour gagner l’âme, il se condamne lui-même s’il le faut à abandonner les habitudes extérieures de la vie… Pour changer le cœur, pour lui inspirer la foi et la vertu, il faut avoir soi-même une foi et une vertu suréminente. » D’où l’importance du témoignage personnel qui appelle à se faire africain avec les Africains. « St Paul ne dit pas que pour gagner les âmes à Jésus, il rendra tous les hommes semblables à lui. Il dit au contraire qu’il se rendra semblables à eux. »

      Il faut rappeler que le Cardinal n’était ni théoricien ni dogmatique. Il part de l’expérience de ses envoyés auxquels il a prescrit dès leur départ pour l’Afrique subsaharienne de décrire avec précision ce qu’ils voyaient de manière à se laisser transformer eux-mêmes et, pour employer une expression moderne,  à s’acculturer en profondeur. Au fond, il en appelle toujours à l’expérience. C’est un pragmatique qui se laisse conduire par l’Esprit et qui invite ses disciples à faire de même. Avait-il prévu nos communautés d’aujourd’hui devenues « intercontinentales » avec l’augmentation significative des vocations venues d’Afrique ? Ce qu’il écrivait en 1874 dans son « Ordonnance au sujet de la direction des séminaires indigènes » laisse supposer qu’il en avait une certaine intuition :

« Les missionnaires devront donc être surtout des initiateurs, mais l’œuvre durable doit être accomplie par les Africains eux-mêmes, devenus chrétiens et apôtres » (Constitutions, n° 17, note 30).

      C’est à l’intérieur de toute cette histoire qu’il convient d’insérer la recommandation du
Chapitre de 2005 : « Former à la vie interculturelle.  C’est là un point à développer en priorité dans toute la Congrégation pour les six années à venir. Que la formation à l’interculturalité fasse partie intégrante du programme de formation à tous les niveaux  » (Actes Capitulaires 2005, p. 43).

      Tel est bien la raison d’être de ce que nous appelons le « Programme Salomé » qui répond directement au thème choisi par l’Assemblée générale de 2003 pour le Chapitre de 2005 : « Célébrer et bâtir notre communion pour la mission ». Une mise en œuvre active de la volonté de notre Fondateur : « Être tout à tous ».

Lucie Pruvost

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Savez-vous que ?

Interculturalité - Quelques précieuses trouvailles…

      « L’interculturalité est la reconnaissance et la mise en valeur des diversités, la convivialité des différences, la  conscience de la dignité de chaque personne, le respect de l’altérité, la capacité d’un dialogue interpersonnel authentique. La maturation de ces attitudes et comportements aide à dépasser la logique rigide de la culture et de l’appartenance unique. L’éducation à l’interculturalité nous rend plus conscients de la présence de l’Esprit Saint dans chaque personne, dans chaque culture. C’est Lui qui nous apprendra à créer des communautés d’accueil, de communion, de solidarité, et nous aidera à devenir des interlocutrices critiques et constructives dans les réalités où nous vivons » (Filles de Marie Auxiliatrices – Sœurs Salésiennes - Actes du Chapitre général, XXI n° 3-5).

      « L’interculturalité, c’est avant tout une mise en commun des expériences qui cherchent à répondre à la question du comment vivre ensemble, tout en sachant que les êtres humains sont différents. (…)

      « La construction d’un monde interculturel est possible dans un espace empreint de respect et de tolérance de l’autre. Autrement dit, le dialogue des cultures est la résultante d’une articulation positive des différences et des ressemblances entre partenaires autonomes et actifs, partageant une même communauté de destin. Mais dans un monde dominé par l’individualisme, cette  pédagogie ne relève-t-elle pas de la fiction ? » (Jean-Macaire MUNZELE MUNZIMI, Docteur en sociologie, Professeur-visiteur à l’Université de Lubumbashi (RDC), dans « Interculturalité : ENJEUX PRATIQUES »)

      Un Colloque international sur l’interculturalité s’est tenu à Bejaïa (Algérie) le 19 et 20 novembre 2008. L’invitation au Colloque définissait ainsi l’interculturalité :

      « Un concept qui renvoie aux croisements culturels, qui permet l’évolution des sociétés, notamment à l’aune de la formidable révolution technologique que connaissent les outils de communication et de l’information. »

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« REGARDS CROISÉS » : Voici la rubrique semestrielle commune à Partage Trentaprile des SMNDA et au Petit Écho des MAfr. Cette fois-ci, écrivent Prospérine Samba dans le Petit Écho et Bigeziki François-Xavier, dans l’article ci-dessous.

NOUS CONNAÎTRE MUTUELLEMENT POUR MIEUX TÉMOIGNER DE NOTRE CHARISME PREMIER
DÉCOUVRONS NOS QUALITÉS


Une parabole

      C’est l’histoire d’une personne à la conduite étrange. Un jour, cette personne était à quatre pattes dans la rue. Une vieille connaissance lui demande : « Eh ! Mon ami, que faites-vous là ? » Il répond en soupirant : « J’ai perdu ma clé ! » Par sympathie, l’autre l’aide à chercher. Après un bon moment, il demande : « Mais êtes-vous bien sûr d’avoir perdu votre clé ici ? » « Non, dit le premier, je l’ai perdue à la maison ». Tout surpris, l’autre insiste : « Pourquoi donc la cherchez-vous ici ? » Et notre homme de répondre : « Parce qu’ici,  il fait plus clair …» Notre monde intérieur est effrayant et sombre, et on l’abandonne facilement pour chercher des réponses au-dehors, mais en vain.

Prise de conscience de notre potentiel et de la grâce de Dieu en action

      Face à un problème, il est sage de l’aborder en considérant d’abord les qualités ou les aspects positifs que nous avons à notre disposition. Il peut être utile d’établir une liste en n’oubliant pas d’inclure même les aspects positifs les plus évidents et apparemment les plus  insignifiants que nous avons. Nous cesserons immédiatement de focaliser sur les aspects négatifs ou les points sombres de nos problèmes pour nous tourner vers nos propres qualités et possibilités.
      N’oublions jamais : « Quand on veut, on peut ». Saint Paul dit en outre : « Je peux tout en Celui qui me fortifie » (Ph 4,13).

Notre enthousiasme missionnaire spécifique comme SMNDA et MAfr.

      C’est cet enthousiasme qui fait la grandeur de notre nature humaine, en tant qu’homme et femme, être humain intégral. Il est bon de reconnaître nos différences, qui sont aussi notre richesse. C’est ainsi que nous pouvons apprendre à utiliser nos différences pour enrichir nos relations, quand nous travaillons ensemble sur le même terrain apostolique, à la lumière de notre charisme particulier.

Dieu a doté notre nature humaine de qualités

* La femme apprécie l’amour, la communication, la beauté et la relation.
* L’homme trouve sa raison d’être dans sa capacité à accomplir quelque chose, à réussir, à réaliser, à atteindre son but, prouvant ainsi sa compétence et s’en trouvant bien.
* Pour la femme, offrir son aide n’est pas signe de faiblesse, mais signe de force : elle montre ainsi qu’elle aime assez pour épauler.
* Pour l’homme, réaliser personnellement quelque chose est symbole d’efficacité, de pouvoir et de compétence.
* Les femmes révèlent leur personnalité dans leurs sentiments et la qualité de leurs relations. Elles passent beaucoup de temps à se soutenir, s’entretenir et s’aider les unes les autres. Elles s’épanouissent dans le partage et la relation.
* Les hommes sont plus intéressés par leur carrière.
* Les hommes pensent de manière CLOISONNÉE et les femmes de manière GLOBALE. Les femmes et les hommes enregistrent et classent les informations dans leur mémoire cognitive de manière très différente. Les hommes ont tendance à séparer les détails et à les engranger en « compartiments » différents, comme dans un classeur de bureau, tels quels, dans le désordre, travail, loisirs, famille, amis, etc.
* En matière de connaissances, les hommes ont tendance à ouvrir et fermer les « tiroirs » immédiatement nécessaires, en demeurant exclusivement dans ce département, et rien d’autre n’existe en dehors de ce département. Les femmes ont tendance à faire exactement le contraire et à établir des liens entre les choses, considérant la vie d’une manière plus globale. Les femmes voient comment les détails et les données sont étroitement liés de manière sous-jacente. Les hommes prennent une perspective linéaire ou séquentielle, percevant les éléments d’une tâche comme moins liés entre eux et plus indépendants.

      Ce sont des généralisations ! Les différences individuelles existent, et nous avons tous certaines de ces qualités. Nous devons nous rappeler ces différences quand nous communiquons sur des sujets importants, quand nous travaillons ensemble, quand nous manifestons notre sympathie ou notre intérêt, et essayons de résoudre les conflits ou de clarifier les malentendus.

La grâce construit sur la nature

Instructions de Lavigerie à ses missionnaires
« J’ai déclaré que je ne garderais point un seul d’entre vous, qui n’entourerait pas du même amour tous les membres de la Société, à quelque nation qu’ils appartiennent. Vous conserverez, plus encore  s’il est possible, cet attachement fraternel, dans les périls, dans les  fatigues, dans la mort. Mon ambition est qu’en parlant de votre petite Société… on dise d’elle, du moins, qu’elle est catholique par excellence. » (Départ des missionnaires pour l’Afrique Équatoriale, 29 juin 1890)

Mère Marie-Salomé
« Aimons-nous les unes les autres, non par affection ou sympathie naturelle et manifestation visible, mais avec une affection cordiale et généreuse, et par un dévouement de toutes pour chacune et de chacune pour toutes. » Mère Marie-Salomé, (L.C. n° 62, Notre héritage, Pâques 1884)
 
      C’est avec nos différentes valeurs et nos défauts que nous avons été appelés à servir selon nos propres charismes, en nous aimant les uns les autres et en nous aidant les uns les autres à vivre notre engagement missionnaire baptismal, notre vocation à la SAINTETÉ.

BIGEZIKI François-Xavier, South C, Nairobi

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Partage Trentaprile est publié 5 fois par an par les Sœurs Missionnaires de Notre Dame d'Afrique, Viale Trenta Aprile, 15 - 00153 Rome, Italy  -
Courriel: partage.trentaprile@msolafrica.org; pruvostlucie@hotmail.com
Comité de rédaction: Chantal Vankalck (G.C.), Lucie Pruvost (Editrice), Madeleine Bédard (mise en page et impression), Hildegunde Schmidt (archiviste) - Traductions: Doris Gastonguay, Marion Carabott, Maria Pouliot and Father Joseph Hebert - Expédition: Nicole Robion