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Lettre de
nouvelles des
Sœurs Missionnaires de Notre Dame
d'Afrique
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n° 3 juin 2009 |
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Sommaire
Editorial: Lucie Pruvost
« Dans mon quartier! »
1. El Hofra, quel nom pour un quartier ! Communauté de Ghardaïa
2. Vivre le « tout à tous » à Dar-es-Salaam, Communauté de Dar-es-Salaam
3. Joies des relations quotidiennes de bon voisinage, Communauté de Ouagadougou Région
4. Au quotidien, dans un quartier populaire, Communauté de Hussein-Dey
5. À Nyamugari, avec les gens sans notoriété, Communauté de Gitega
6. « Va dire à mes frères… », Luzia Wetzel, Solwezi
7. Il faut du temps pour se rendre proche, Flora Ridder, Solwezi
8. Mon entourage ou « Qui est mon prochain ? », Céline Alie, Solwezi
La vie se partage
1. Les femmes dans l’Église d’Afrique, Hélène Mbuyamba, Rome
2. « Non, je ne regrette rien ! », Participantes de la session, Rome
3. Cent ans de présence au Rwanda, Anne-Katrien, Kigali
4. Comment nos œuvres ont-elles évolué ?, Les SMNDA
Promenade à travers les archives
Nos archives, Hildegunde Schmidt, Rome
Communications
Remerciments des nouvelles professes
Equipe de rédaction
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Éditorial
Notre appel à être « tout à tous » nous invite à nous rendre toujours plus proches des personnes auxquelles nous sommes envoyées. Les réponses ont varié tout au long de notre histoire. Aujourd’hui, plus qu’hier peut-être, bien des communautés cherchent à partager d’une manière aussi proche que possible la vie des personnes auxquelles elles sont envoyées, en s’insérant dans des milieux à la fois populaires et démunis. Ces fondations permettent de partager au plus près la vie des plus petits et de renforcer la vitalité de notre charisme. La première partie de ce numéro de Partage Trentaprile voudrait présenter cinq témoignages de quelques-unes de ces communautés insérées dans des quartiers, parfois situés en périphérie de grandes villes surpeuplées comme Dar-es-Salam, ou établies de telle sorte que le projet communautaire de rencontres puisse se vivre au mieux, comme à Ouagadougou, Ghardaïa, Gitega ou Hussein-Dey. Ajoutons-y le parcours des sœurs de Solwezi, qui ont compris le thème proposé, « Mon quartier », comme une proximité au sens de la question du scribe à Jésus : « Qui est mon prochain ? ».
Au total, huit textes qui témoignent d’un désir de concrétiser certains « Objectifs du millénaire » sensés être réalisés d’ici 2015, dont il est bon de rappeler le contenu : réduire l’extrême pauvreté et la faim ; assurer l’éducation primaire pour tous ; promouvoir l’égalité et l’autonomisation des femmes ; réduire la mortalité infantile ; améliorer la santé maternelle ; combattre le VIH/SIDA, le paludisme et d’autres maladies ; assurer un environnement durable ; mettre en place un partenariat mondial pour le développement. Il est certain que la crise actuelle qui touche la plupart des pays du globe, même les plus riches, risque bien de remettre à plus tard les généreux projets au détriment des plus démunis, en Afrique subsaharienne notamment. Mais cela ne doit nullement nous décourager !
Entre nous, la vie se partage. À partir de Rome par exemple, avec des extraits d’une conférence donnée par Hélène Mbuyamba, dans le cadre du prochain Synode des Évêques d’Afrique. De Rome encore, un écho de ce qu’ont vécu celles qui ont participé à la récente rencontre des sœurs de 65-75 ans. Enfin, quelques notes qui nous permettent de nous unir aux célébrations du centenaire de l’arrivée des premières SMNDA au Rwanda.
Une promenade à travers les archives fournit un bon tableau de l’importance de ce service pour nous toutes. Une occasion pour nous inviter à conserver précieusement la mémoire de ce qui se vit. Une congrégation qui vit aime conserver la mémoire de son passé, en le transmettant aux générations qui continuent de donner vie à notre charisme, les encourageant à suivre les traces de nos ancêtres. N’est-ce pas l’un des rôles du rapport que chaque communauté est appelée à rédiger chaque année, à la fin du mois de juin, en vue d’assurer la communion de toutes les générations ?
Dans une famille religieuse qui tient à bâtir sa communion pour la Mission, l’information est appelée elle aussi à circuler. Telle est bien la fonction des diverses communications que, selon la coutume, vous pourrez lire dans les dernières pages de ce numéro.
Lorsque que vous le recevrez, un certain nombre parmi nous se prépareront à prendre des vacances soit au pays d’origine, soit ailleurs. Que chacune puisse profiter de ce temps pour se refaire spirituellement et physiquement, toujours à la plus grande gloire de Dieu !
Lucie Pruvost


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« El Hofra » - Quel nom pour un voisinage tant aimable !
EL HOFRA, « le Trou », tel est le nom de notre quartier. Nom qui évoque à lui seul sa situation : loin du centre de la ville, en contrebas près de l’oued, non loin du grand marché aux fruits et légumes. Il n’y a guère de rues, mais des ruelles dans lesquelles il est si facile de s’égarer. Aucune des rares fenêtres des maisons, ne donne sur les ruelles. Par contre, les portes restent souvent entrouvertes. Notre ruelle a son caractère propre. C’est une voie très étroite, mais à grande circulation : camionnettes, voitures, motos, bicyclettes, petites charrettes… femmes voilées, gamins de l’école… et jusqu’aux bourricots qui s’y faufilent avec une telle désinvolture que les Anges gardiens eux-mêmes ont parfois bien du mal à régler la circulation ! Et si vous êtes chauffeur, vous avez intérêt à connaître, au millimètre près, le gabarit de votre véhicule.
Les rencontres avec les personnes ? Elles tiennent du « tout à tous » de nos Constitutions et nous rappellent ce passage de l’Évangile dans lequel Jésus, venant de choisir Ses disciples, ne leur donne aucune consigne, mais leur montre la plaine qui s’étend devant eux !
Et hop ! Nous voilà parties pour la rencontre…
* Tôt le matin, en allant à la prière, nous rencontrons chaque jour les mêmes « priants » allant ou revenant des mosquées. Au bout d’un certain temps, on se reconnaît, on se salue.
* Un peu plus tard, ce sont les commerçants, les boulangers, les vendeurs sur le marché, le marchand de journaux, le cordonnier du coin de la rue… Chacune de nous a, parfois, ses préférences… On élargit ses connaissances.
* Dans la journée, ce sont les voisines ! Visites de circonstances (fêtes, anniversaires, services) ou visites informelles.
* A tout moment, les tâches de chacune des sœurs de la communauté sont sources de rencontres : les cours de français ou d’espagnol, le soutien scolaire, qui nécessitent de prendre contact avec les parents ; l’aide aux handicapés ou aux malades du quartier ; l’insertion dans des Associations etc. Tous ces contacts nous attirent tant de monde qu’à certains jours, la maison ne désemplit pas, femmes d’un côté, hommes de l’autre.
Cette année, trois expériences nous ont rapprochées de nos voisins :
* Notre ancienne maison, y compris jardin et mur d’enceinte, devant être restaurée, nous logeons depuis plus d’un an, dans une nouvelle maison réservée pour le diocèse, presque contiguë de la précédente. Mais… sans mur d’enceinte ! Aussitôt, les voisines nous ont dit : « Maintenant, vous êtes parmi nous ! » Et la rencontre est tellement plus facile…
* L’an dernier, une laïque chrétienne, habitant depuis plus de 50 ans, juste en face de notre maison, est décédée. Cette femme faisait de la « promotion féminine ». Elle était très appréciée de toute la population, et sa disparition a attiré bien des femmes chez nous.
* Et puis, le 1er octobre 2008, il y a eu la catastrophe de l’oued en crue dévastant tout Ghardaïa. L’entraide nécessaire a tissé des liens d’amitié.
Notre Église se définit elle-même comme « Église de la Rencontre » : rencontre entre chrétiens et musulmans, entre membres des différentes communautés arabes et mozabites… Nos rencontres journalières en font partie. J’allais oublier une occasion de rencontre journalière pouvant rentrer dans le cadre de la « communication non-violente » : celle causée par le non-respect du stationnement interdit aux voitures, devant notre portail. La rencontre se fait avec les hommes ; elle est parfois bi-journalière, et nécessite une patience « géologique » !
Communauté de Ghardaïa, Algérie


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VIVRE LE « TOUT À TOUS »
Karibuni Tandale ! Bienvenue à Tandale ! Une ville de baraques à environ 5 km au nord-est du centre de Dar-es-Salaam. L’endroit est surpeuplé avec plus ou moins 70.000 habitants vivant dans un espace pas plus grand que 3 km carrés, à 80 % musulmans.
Parmi les principaux problèmes rencontrés, nous pouvons citer le chômage. Alors même que la plupart des gens viennent à Dar en espérant trouver un travail, beaucoup d’entre eux n’y arrivent pas. Ils finissent par faire des petits boulots, du travail à temps partiel ou errent dans les rues. Une grande proportion d’entre eux souffre de la terrible maladie de notre temps, le SIDA avec ses effets, car il y a non seulement beaucoup de gens malades, mais aussi un grand nombre d’enfants orphelins. À cela nous pouvons ajouter la prostitution, l’alcoolisme, le trafic de drogue et tout ce que l’on peut imaginer en rapport avec une extrême pauvreté. La plupart des gens vivent dans de très petites maisons, et beaucoup n’arrivent à louer qu’une ou deux pièces. Il y a à peine quelques structures, et c’est la bataille quotidienne pour avoir un peu d’eau propre, tandis que la plupart des habitations sont entourées par la saleté produite par les eaux usées. Les conditions d’hygiène sont très pauvres.
La paroisse Charles-Lwanga est située au cœur de Tandale, à proximité du marché principal. Elle a démarré en 2005 et est placée sous la responsabilité des MAfr. Quelques sœurs avaient commencé à s’engager sur les lieux avant les Pères, et depuis ces débuts, beaucoup de choses ont été réalisées. Actuellement, nous sommes engagées dans le Centre d’enseignement Salomé (SLC), un projet SMNDA destiné surtout à faire obtenir aux jeunes filles et aux femmes une qualification, grâce à divers projets d’éducation et en coordination avec TASODEC (Centre de développement social de Tandale avec divers projets). Les deux structures font partie des activités de la paroisse.
Ce qui est beau dans les villes africaines, c’est que personne ne peut passer inaperçu, ni ne pas être salué ou invité à une petite conversation. Ainsi, chaque jour, en allant vers la paroisse et plus tard, le soir en retournant à la communauté, nous rencontrons beaucoup de gens. Il y a des marchands des rues, des travailleurs, des enfants allant à l’école, ceux qui vont au marché pour acheter des choses pour les revendre ailleurs. Nous rencontrons aussi les gens en allant les visiter chez eux, en nous joignant à eux pour divers événements, funérailles, maladies ou invitations. Nous en connaissons certains, car ils viennent au Centre. D’autres sont des paroissiens auxquels nous rendons des services d’une manière ou d’une autre.
Sur nos lieux de travail, les gens viennent nous demander une information, un avis, une aide, et là, c’est un arc-en-ciel de personnes différentes : des élèves du SLC (Centre d’enseignement Salomé), des orphelins du Centre Kizito, des malades qui viennent au projet « Home Base Care » (HBC), ceux qui ont des problèmes et cherchent une aide à la paroisse, des amis qui viennent pour saluer, des paroissiens que nous rencontrons dans les célébrations liturgiques, etc.
Maintenant, toutes ces rencontres se situent pendant nos heures de travail et au moment de la prière. Mais cela changera certainement dans deux mois, quand nous déménagerons pour vivre sur place dans une petite maison située exactement au centre des bâtiments de la paroisse. Cela nous donnera la possibilité d’être plus proches des gens et de leurs situations de vie. Cela nous aidera aussi à ne plus être considérées comme de simples travailleuses de la paroisse, qui viennent et partent, mais aussi comme leurs voisines.
Malgré le fait que nous ne vivons pas proches de nos voisins, notre apostolat nous permet de rencontrer les gens dans ce qu’ils vivent concrètement. Pour vous partager quelque chose, évoquons une expérience récente, l’histoire de Juliana. C’est une jeune femme de 22 ans, élève des classes d’alphabétisation du SLC. Sa situation de famille n’est pas vraiment stable. Sa mère vit à 600 km de Dar, et le père vit à Tandale avec une autre femme. Son unique frère, qui était sensé la prendre en charge, a été très malade pendant quelques mois et, il y a une semaine, il est mort.
En octobre 2008, Juliana devint enceinte, mais elle rejetait le fait jusqu’au dernier mois, alors que c’était visible pour tout le monde. Après avoir parlé et reparlé avec elle, elle accepta d’aller à l’hôpital parce qu’elle se plaignait d’avoir la malaria. Là, il fut évident qu’elle était vraiment enceinte. Cependant, incapable d’accepter la réalité, elle se mit à insulter les médecins. Après quelques heures de conseils et trois sortes de tests, elle reconnut qu’elle avait un ami et que maintenant elle était enceinte. Pour elle, l’important était de dire à la sœur et à son père qu’elle avait eu des relations sexuelles avec son ami. Une fois que la chose fut révélée et acceptée, elle se sentit libre et heureuse. Le pas suivant était d’aider la famille, spécialement son père, à accepter le fait et à s’occuper d’elle, sans la punir ni même la chasser de la maison. Deux semaines plus tard, sa mère vint la ramener dans leur vraie maison au sud de la Tanzanie. C’est là une des manières simples dont nous accompagnons les gens dans nos ministères quotidiens, et c’est certainement une possibilité remarquable de se rapprocher de ceux à qui nous sommes envoyées.
Dans toutes nos rencontres quotidiennes, nous sentons que la dimension de notre charisme, que nous vivons d’une manière profonde et authentique en profondeur, est notre « Tout à tous » : quant à l’âge, enfants, jeunes et adultes ; quant à la religion, une majorité de musulmans et de chrétiens de différentes dénominations ; quant à la santé, des malades et des bien portants ; proches des hommes comme des femmes, de ceux qui sont aimables avec nous, comme de ceux qui sont moins respectueux. En vérité, il n’y a pas de barrières pour quelqu’un qui se sait aimé et désire partager cet amour avec d’autres, frères et sœurs. C’est la grâce de notre Congrégation : à travers notre charisme, nous sommes sans cesse invitées à accepter et accueillir ceux qui sont différents et parfois étranges. Si bien que le Royaume de Dieu peut trouver sa place ici et maintenant.
Communauté de Dar-es-Salaam, Tanzanie


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Joies des relations quotidiennes de bon voisinage
Notre communauté est située à St-Julien, dans le secteur 2 de Ouagadougou, non loin de la cathédrale, du stade municipal et de la chapelle du quartier. Nous sommes au milieu des autres concessions. Il y a des maisons en dur ou en « banco ». La nôtre est en dur. C’est un quartier populaire. On y trouve donc différentes catégories d’âges, de classes sociales et d’ethnies. Il y a aussi toutes sortes de commerces : vendeuses de riz, de boisson locale, de bouillie, de chaussures, et des petites boutiques. Il y a également plusieurs métiers, garagistes, plombiers, mécaniciens, dentistes… et aussi des fonctionnaires.
Nous avons de bonnes relations avec nos voisins. Nous nous rendons spontanément visite les uns aux autres. Aucune barrière n’empêche personne de venir chez nous. Lorsque nous sommes toutes absentes, nos voisins peuvent facilement dire à nos visiteurs où nous nous trouvons : à la messe, au travail, en ville… Certains d’entrent eux les accueillent en attendant notre retour. Les nécessiteux ou les inconnus qui frappent à notre porte sont parfois orientés par nos voisins. Une fois ou l’autre, ceux-ci ont empêché un suspect d’entrer chez nous. Ils veillent sur nous !
L’ombre de nos arbres ? Quelle merveille ! C’est devenu une tente pour le garagiste et ses ouvriers. Un groupe de jeunes s’y installe le dimanche. Ils bavardent, font toute une cérémonie pour la préparation de leur thé. Les enfants y trouvent un espace pour jouer, un lieu de repos quand ils sont fatigués. À midi, ça devient un réfectoire, un lieu de prière pour nos frères de l’islam et même pour les tout petits qui imitent ceux qui font la prière. C’est toujours un plaisir pour nous de recevoir les petits enfants qui supplient de monter à l’étage, juste pour voir les gens qui sont en bas. D’autres veulent voir Jésus.
Notre cuisinier nous connecte avec le voisinage. Ainsi, nous n’avons pas besoin d’aller bien loin pour trouver plombier, mécanicien, menuisier ou électricien : tous sont nos voisins. En face de chez nous, il y a une cafétéria où, chaque matin, les gens se retrouvent, toujours en petit groupe, pour leur petit déjeuner avant de partir au travail. Une voisine restauratrice nous offre des mets du pays. Nous trouvons à nous chausser sans soucis, car une association de jeunes se tient juste devant notre porte pour vendre des chaussures. Nous pouvons même compter le nombre de coups qu’ils donnent aux chaussures pour les élargir ! De nos chambres nous pouvons suivre la télévision et jouir de la musique sans haut-parleur. Les pleurs, les cris et les rires des enfants, nous les vivons au quotidien, même pendant la prière. Le bruit des motos nous réveille pendant la sieste. Nous ne sommes pas loin d’une mosquée. Ainsi nos réveils sont en congé. À 200 m de la maison, nous pouvons goûter les talents des artistes à travers le théâtre et les expositions d’artisanat. De chez nous, nous suivons matchs et concerts sans avoir besoin d’aller sur place.
Nous constatons que les gens ont plus d’attention et de respect à notre égard. On ne peut pas passer sur la route sans se saluer, sans être invité à partager leur repas. Ils sont contents de nous entendre parler leur langue parce qu’ils savent que nous sommes une communauté internationale. Notre participation aux évènements, mariages, baptêmes, funérailles, ainsi que la prière et les activités dans la chapelle du quartier, tout cela nous permet de renforcer nos liens avec notre entourage.
A travers l’accueil mutuel, nous vivons le « tout à tous » (cf. 1 Co 9,22) et aussi cette Parole de Jésus : « Laissez venir à moi les petits enfants » (Mt 19, 14). Grâce au bon voisinage, nous vivons au quotidien une dimension de l’Incarnation « Dieu parmi nous », car c’est Lui qui nous révèle sa présence là où Il nous envoie.
Communauté de Ouagadougou Région (St-Julien),
Burkina Faso


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Au quotidien, dans un quartier populaire
Notre quartier
Notre quartier, Hussein-Dey, est une banlieue toute proche d’Alger. C’est un quartier populaire assez ancien, sans grands immeubles. Nous habitons un appartement au 1er étage d’un petit immeuble qui date de la colonisation. Nous sommes entourées de six familles, sans oublier le jeune commerçant, « Alimentation générale », avec « pain et lait » au rez-de-chaussée, juste sous nos fenêtres. Le marché, les gares de trains et de bus se trouvent à proximité. La chapelle où, deux fois par semaine, la petite communauté chrétienne se retrouve pour l’Eucharistie, se trouve, elle aussi à quelques minutes de notre communauté.
Ce quartier est en pleine transformation, pas mal de démolitions, les arbres centenaires de la rue de Tripoli sont arrachés avec précaution pour être replantés quelque part à Kouba, localité voisine. Gros travaux en vue du passage du tramway, beaucoup de bruit, beaucoup de poussière, des trous, des tranchées tout autour de nous. C’est la rançon du progrès. Personne ne sait au juste ce qui va sortir de là.
Des rapports cordiaux
Les familles qui habitent le quartier sont là, pour la plupart, depuis le départ des Européens qui étaient nombreux sur le quartier. Tout le monde se connaît, ce qui favorise « un esprit de quartier ». On se connaît, on se re-connaît, non sans, parfois, quelque curiosité gênante par rapport à ceux et celles qui nous fréquentent. Les questions religieuses, surtout celles de la prière, sont toujours là, sous- jacentes. Il en est de même pour les jeunes gens proches de la communauté chrétienne. Pour eux comme pour nous, « grande discrétion » ! Cela ne nous empêche pas d’être bien insérées dans ce quartier.
Dans les rues comme avec les familles de l’entourage, les rapports sont cordiaux…
« Nous sommes du quartier. » On se salue, on échange quelques mots, mais ça ne va guère plus loin. On ne se fréquente que très rarement.
Il faut savoir saisir les occasions. Simone trouve que la voiture est un bon moyen d’entrer en relation. Le jeune gardien trouvera toujours la place dont elle a besoin pour se garer. Pilar donne des cours d’espagnol à deux étudiantes du quartier…
Notre présence
Notre présence dans ce quartier se veut discrète, attentive, respectueuse. Les petits gestes de la vie quotidienne ont du prix pour nous, comme pour ceux qui nous entourent. Gestes de partage et de joie : fiançailles, mariages, naissances… peines, maladies, deuils. Ainsi, tout dernièrement nos voisins ont été endeuillés : cinq morts dans un accident de la circulation. Problèmes sociaux, chômage, flambée des prix, jeunes qui ne peuvent se marier faute de logement.
Notre communauté
Certains voisins très proches nous saluent en nous appelant par notre prénom. Nous sommes quatre en communauté, de quatre nationalités : Raymonde Marie (Française), Simone Dislaire (Belge), Pilar Navarro (Espagnole) et Namakoma Zawadi Barungu (Congolaise). Nous sommes acceptées, mais nous ne sommes pas envahies, loin de là ! Quand les gens ont besoin de nous, ils savent nous trouver. Nous constatons un grand changement dans les relations aussi bien pour les familles entre elles que pour nous. Nous bénéficions d’un a priori favorable et fort sympathique à cause des sœurs qui ont vécu là au cours des années terribles que le pays a traversées. L’islamisation va toujours son chemin. Tout cela laisse de profondes traces. « Ça ne sera plus jamais comme avant ! » disent les plus anciens. La « question religieuse » est particulièrement pointilleuse et engendre « méfiance et distance ».
C’est à travers tout cela que nous essayons de creuser et d’ajuster notre mode de présence.
Communauté d’Hussein-Dey, Algérie


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AVEC LES GENS SANS NOTORIÉTÉ
Notre quartier de Nyamugari
Seule congrégation présente à Nyamiguri, nous vivons dans un quartier populaire de Gitega, Nyamugari, quartier Swahili, qui a plutôt mauvaise réputation. La population est composée en majorité de personnes économiquement pauvres. Pour la plupart, ce sont des femmes seules, veuves ou mères célibataires qui ont à leur charge plusieurs enfants. Certaines vivent d’un petit commerce, vente de légumes, de frites de patates douces, d’arachides, de charbon. D’autres recourent à la prostitution pour trouver de quoi vivre pour elles et leurs enfants. Cette détresse engendre un pourcentage élevé de PVVS (Personnes Vivant avec le VIH-SIDA), qui aggrave l’état de pauvreté et favorise la propagation du SIDA. La grande mosquée de Gitega se trouve aussi dans notre quartier, qui compte un grand pourcentage de musulmans.
Au centre de soins, une « œuvre à nous »
Lorsque nos sœurs sont arrivées à Gitega en 1988, elles ont tenu compte de tous ces éléments propres à notre charisme, et c’est pourquoi elles ont choisi de venir vivre dans ce quartier-ci. Elles ont commencé par aider les femmes à sortir de la prostitution en fondant le centre de promotion des femmes, « Shiruka Ubute », qui signifie en kirundi : « Mets-toi debout pour vaincre la paresse ». Elles se sont mises aussi à soigner les malades, les blessés de la guerre et à aider les enfants mal nourris. Actuellement, nous avons un centre de soins, une œuvre à nous, pour aider cette population vulnérable, soigner, accompagner les personnes porteuses du VIH/SIDA et procurer une alimentation équilibrée aux enfants mal nourris, leur donnant la possibilité de grandir normalement. En septembre 2008, nous avons transmis le centre de promotion des femmes à une congrégation du diocèse. Nous continuons cependant à leur rendre visite et à les encourager.
Communauté ouverte à tous
Avec les habitants du quartier, nous avons des relations de bon voisinage. Lorsque nous sortons, les enfants viennent nous saluer chaleureusement et nous embrasser, c’est la joie partagée pour eux et pour nous. Notre communauté est ouverte à tous. Nous accueillons toutes sortes de personnes : ami(es), familles de nos sœurs burundaises, jeunes filles qui s’intéressent à notre vocation SMNDA, religieux, pauvres, personnes qui viennent nous demander l’hospitalité. Nous essayons de faire de notre mieux pour que tous se sentent bienvenus. À notre tour, nous leur rendons visite dans leurs familles pour renforcer des liens qui nous unissent.
Vu la situation de pauvreté qui s’accentue dans notre quartier, nous sommes proches de ce que vivent nos voisins. Nous cherchons ensemble comment soulager ceux qui souffrent le plus. Dans la maison en face de la nôtre, habite Marciana, une vieille maman qui est seule, pauvre et malade. Nous avons décidé de partager notre repas avec elle. Nous lui rendons visite chaque jour, nous la soutenons et lui apportons le repas. Nous avons des relations amicales avec nos voisins musulmans. Parmi eux, il y a Maman Pili, que nous aidons à gagner quelque chose pour vivre, grâce à un petit commerce de charbon, de bois et de légumes. À côté de chez nous, habite Isaac, le muezzin de la mosquée, et Maman Musole. Nous leur rendons visite à l’occasion des fêtes, d’évènements familiaux, mariages, baptêmes, deuils, maladies ou simple visite d’amitié ou de courtoisie. Quant aux chrétiens, nous les rencontrons dans notre paroisse Mucunguzi, chaque jour à la messe, ou dans l’une ou l’autre réunion paroissiale. Pas mal de voisins fréquentent le centre de soins, en raison de leurs maladies, les PVVS (Personnes Vivant avec le VIH-SIDA) ou encore les enfants mal nourris ou simplement les personnes démunies qui demandent de l’aide.
Le Noël des pauvres
Cette année, nous avons vécu une belle expérience avec les gens de notre quartier, en célébrant le « Noël des pauvres ». En collaboration avec la Caritas de notre paroisse, nous avons préparé un repas pour les plus démunis. Face à la situation de pauvreté, à partir de mai 2008, nous avons décidé en communauté de nous priver chaque jour de quelque chose afin de partager avec les pauvres. Au lieu de distribuer de la nourriture, nous avons décidé d’organiser nous–mêmes une journée de fête où nos invités d’honneur ont été les plus pauvres. Nous avons préparé le repas, nous les avons servis et nous avons dîné avec eux. Nous désirions rassembler musulmans, catholiques, protestants, païens, gens de différentes ethnies, vivant ainsi le « tout à tous » de Lavigerie.
Les gens ont été touchés et se sont sentis mis en valeur et reconnus dans leur dignité. Ils ont manifesté leur reconnaissance. Toutes et chacune, nous avons eu la joie d’être proches d’eux, de partager un peu de nous-mêmes, de témoigner de notre unité et de notre mission : exprimer l’Amour de Dieu pour tous, agir comme Jésus dont les pauvres sont les préférés, en mettant en pratique ses paroles : « … invitez ceux et celles qui ne pourront pas vous rendre au retour ».
Les défis de notre présence
Notre présence de proximité a aussi ses défis : être prêtes à nous laisser déranger ; face aux besoins et à la misère, nous sentir dépassées par les demandes. Comme communauté, nous sommes appelées à discerner ensemble comment nous situer face à la crise des valeurs, au mensonge, à la corruption, la tricherie, la mendicité… Réfléchir pour aider les gens à sortir de ce cercle de mort.
Nos Écritures
C’est bien à cela que nous invitent nos Écritures : «Toute vie est participation à la Pâque du Christ. En lui, recommencer chaque jour, durer dans les situations difficiles, accepter souffrances, départs, diminutions, tout devient source de vie » - « Nos choix sont inspirés par notre désir d’être disponibles pour l’apostolat et solidaires des moins favorisés » (Constitutions, n° 22 et 35). La Parole de Dieu nous éclaire aussi : « Moi, je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait en abondance » (Jn 10,10). Comme le dit Paul : « … que vous soyez enracinés, fondés dans l’amour. Vous recevrez la force de comprendre la Longueur, la Hauteur et la Profondeur (de l’amour du Christ) (Ep 3,17-19) ; « …nous faire tout à tous » (1 Co 9,22) ; « … nous ne formons qu’un seul corps dans le Christ » (Rm 12, 4-5).
Que l’Esprit du Christ ressuscité continue à inspirer nos pensées, nos gestes, nos paroles, nos actions qui font de notre présence un signe visible de l’Amour de Dieu pour tous !
Communauté de Gitega, Burundi


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« VA DIRE À MES FRÈRES…
C’EST LÀ QU’ILS ME TROUVERONT » (Mt 28, 10)
Cela a commencé par un téléphone de mon adjoint. « Ma sœur, je pense que nous avons un gros ennui. » Les jeunes étaient partis en pique-nique. J’avais donné un ordre strict : ne pas se baigner dans la rivière Mutanda… Au bout d’une heure, on m’informa qu’un garçon s’était noyé. C’était Peter, pensionnaire de onzième à la SOTEC (Collège technique de Solwezi).
En tant que coordinatrice de l’Organisation des Jeunes de Solwezi (SYAZ, organisation ayant un programme de lutte contre le HIV/SIDA), j’avais essayé de déléguer de plus en plus de responsabilités. Aussi dirigeant de loin, j’ai demandé instamment au Seigneur sa présence et son conseil.
Après avoir cherché tout le jour, les jeunes rentrèrent sans avoir retrouvé le corps de Peter. Les recherches se poursuivirent tout le dimanche… Le directeur avec son équipe et le directeur provincial de l’éducation (PEO) allèrent chercher toute la famille (12 personnes) dans leur lointain village. On les installa dans la salle des professeurs à la SOTEC, et le directeur dormait avec eux. Nous nous sommes retrouvés avec tous les jeunes pour partager et prier sur l’événement.
Plus tard dans l’après-midi, je suis allée avec quelques-uns d’entre eux à la rivière à 45 km de là, et nous avons rencontré la famille en prière avec les professeurs et le PEO. La famille affligée désespérait de retrouver le corps de son enfant. Ils prirent la décision de ne pas retourner au village sans lui. Le mardi soir, j’ai rencontré la famille. Mais ils prirent mal ce que j’ai essayé de leur faire comprendre. J’étais découragée, écrasée par le fardeau, et j’ai tout remis à Dieu, priant seulement pour que Sa volonté soit faite, demandant ardemment la grâce de compréhension pour la famille, et que, même si le corps ne pouvait être retrouvé, ils acceptent et retournent dans leur village.
Un groupe de professeurs accompagné de l’oncle maternel de Peter vint le vendredi après-midi pour voir le Chef de Région qui leur expliqua combien la rivière était mauvaise, et que sur plusieurs personnes qui s’étaient noyées dans le passé, seul un corps avait été retrouvé. Il envoya ses gens avec eux à la rivière où on le leur expliqua clairement. Tôt le samedi matin, le directeur vint me dire que la famille avait maintenant décidé de retourner au village, même sans le corps de Peter. Je suis allée à l’école et j’ai passé toute la matinée avec eux.
Cette matinée est devenue une expérience très signifiante pour moi, un partage profond avec la famille qui avait paisiblement accepté la volonté de Dieu, n’accusant pas, ne faisant pas appel à la sorcellerie, ne réclamant rien. J’ai pu leur partager que Peter était vivant et que même s’ils n’avaient pas pu avoir son corps, ils le garderaient toujours vivant dans et à travers Jésus Notre Seigneur ressuscité, dans l’Esprit. Durant cette matinée, j’ai découvert la famille, leurs aspirations, leurs occupations. Eux, de leur côté, ils se sont intéressés aux activités de la SYAZ. Nous avons pris des photos, nous sommes devenus des amis. La semaine suivante, le directeur engagea les gens à poursuivre la recherche. Au bout de dix jours, le corps fut retrouvé flottant sur la rivière. Le directeur accompagna la voiture qui ramenait le corps au village pour l’enterrement.
Cette tragédie s’est transformée en une expérience de la présence de Jésus parmi nous, nous conduisant par la peine et l’angoisse vers une nouvelle espérance. Les témoignages du directeur, remplis d’amitié et d’attention, le PEO et beaucoup d’autres qui ont partagé notre fardeau, le changement du cœur des membres de la famille en tant que chrétiens croyants et leur soumission à la volonté de Dieu, tout cela restera dans ma mémoire reconnaissante, m’assurant que « Le Seigneur est vraiment ressuscité… » Il marche en avant de nous, nous rencontrant là dans la Galilée de nos vies et de nos activités quotidiennes !
Luzia Wetzel,
Solwezi, Zambie


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Il faut du temps pour se rendre proche
Arriver à les connaître
J’ai débuté mon travail à Solwezi en octobre 2007. Il a fallu du temps pour que mon apostolat prenne forme. Plus tard, j’ai commencé à aller à Kimiteto, une des succursales de la paroisse de la cathédrale. J’ai entrepris de rencontrer les femmes. Dans mon désir d’arriver à les connaître ainsi que leurs conditions de vie, je me suis mise à assister aux rencontres des Petites communautés chrétiennes (SCC : Small Christian Community) et plus tard, j’ai décidé de rendre visite à chaque famille. Le catéchiste m’accompagnait dans ces visites. J’ai commencé à récolter des données sur les familles, leurs attaches religieuses, leur éducation et leur situation vis-à-vis des sacrements. Cela a révélé un grand besoin de catéchèse. Des parents qui avaient été baptisés et recevaient les sacrements, ne s’étaient souvent pas préoccupés de faire baptiser leurs enfants ou de leur faire recevoir les autres sacrements. La région est sous le contrôle de l’Église évangélique de Zambie qui est arrivée la première dans cette contrée. L’Église catholique n’est ici que depuis 60 ans.
Me rendre plus proche des gens
J’avais un grand désir de me rendre plus proche des gens. Lorsque, un jour, j’ai entendu dire que l’une des fidèles de l’Église avait perdu un petit-fils de 7 ans dans un accident d’auto, j’ai accompagné les membres de l’Église aux funérailles. Nous sommes restés un petit moment, avons prié et sommes partis. J’ai ensuite décidé de retourner dans la soirée avec ma natte et mon sac de couchage pour passer la nuit au deuil, comme font les gens. Qu’une femme blanche vienne et dorme au deuil, cela fit une grande impression. Pensez donc ! Juste une semaine plus tard, il y eut d’autres funérailles, celles d’un homme âgé qui vivait seul, refusant les soins de sa famille. La SCC s’occupait de l’enterrement. Après le service du dimanche, j’ai accompagné les chrétiens à la maison du défunt. Je me suis simplement assise au milieu d’eux, attendant les derniers préparatifs pour la sépulture. J’étais décidée à aller avec eux au lieu de l’enterrement, mais on me dit que c’était trop loin. Ils dirent combien ils avaient apprécié ma présence, et les membres présents des autres Églises furent touchés, eux aussi.
Tout cela prépara le terrain pour une nomination inattendue en tant que sœur en charge de la paroisse, lorsque l’évêque créa la nouvelle paroisse St-Marc, à partir des trois succursales qui avaient été précédemment regroupées en une seule zone. Les gens me connaissaient déjà, et je me suis trouvée bien acceptée. Maintenant, je trouve seulement peu de temps pour faire des visites, du fait que je me consacre à former des personnes et mettre en place de nouvelles structures. Les gens sont fiers d’être une paroisse, et je trouve une bonne volonté pour apprendre et coopérer.
Que Dieu bénisse cette nouvelle paroisse et que nous soyons capables de grandir ensemble comme Corps du Christ dans une communion enracinée dans la foi !
Flora Ridder,
Solwezi, Zambie


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MON ENTOURAGE OU « QUI EST MON PROCHAIN ? »
Ma première expérience de proche voisinage en Zambie
Le thème « Mon quartier » ou « Mon entourage » évoque pour moi la question posée à Jésus par le maître de la loi : « Qui est mon prochain ? » (Lc 10, 29). C’est à cela que j’essaierai de répondre. Ma première réponse est une profonde gratitude envers la Congrégation pour ma première expérience de proche voisinage en Zambie. C’était à la mission de Kayambi où, pendant deux ans, ma première tâche a été d’arriver à connaître la Zambie avant d’être admise à l’Institut de Pastorale de Gaba. Chaque mois, je passais une semaine au village de Makasa, avec une jeune célibataire de mon âge. Nous étions reçues dans la demeure non-occupée du P. Paul Makasa, le fils de la première épouse catholique du chef Makasa. Le P. Makasa était prêtre diocésain du diocèse de Mbala. Il se préparait à prendre la responsabilité de l’école catéchétique de Mulilansolo. C’est à Kayambi que j’ai appris à être une Zambienne, une « Mubemba ».
Qui étaient alors mes proches ?
À Makasa, c’était la jeunessse, puisque j’avais commencé le Mouvement Xavérien, ainsi que la communauté d’adultes qui accompagnait notre nouvelle étude. À la mission, il y avait différents groupes. Lorsque j’enseignais à lire, écrire, compter aux femmes de l’école ménagère, c’étaient elles avec leurs enfants qui étaient mes proches. Lorsque j’enseignais la religion à l’école primaire, c’étaient les enseignants et les élèves de la région, dont beaucoup faisaient partie des Xavériens, avec lesquels je travaillais aussi. À l’hôpital, en
tant que chauffeur de l’ambulance, c’était alors le personnel, spécialement les infirmières qui se rendaient aux centres de soins, et les villageois des environs, surtout des femmes avec leurs enfants.
En vérité, mes proches, c’étaient ceux qui avaient besoin de ma présence et de mes services. Il y avait réciprocité. En tant que « Zambienne nouvellement née », j’avais aussi besoin d’eux pour apprendre vraiment tout ce qui fait partie des relations à tous les niveaux, et comment durer dans cet environnement complètement nouveau. Ma communauté et tous ces gens faisaient cela avec tant d’amour qu’ils me permirent d’arriver à pouvoir dire vraiment, scientifiquement que je suis une « Mubemba ». J’ai alors pu me présenter au test de l’Institut Cross-Cultural à Tamale au Ghana, pour vérifier combien j’avais appris de la culture bemba. C’était 20 ans plus tard.
Maintenant, à Solwezi, qu’en est-il ?
Après 40 ans de vie en Afrique, apprenant à recevoir, à accueillir, à être une présence aimante auprès de ceux que le Seigneur met sur notre route, ce sont toutes les sœurs de passage du diocèse qui viennent dans notre communauté accueillante, le personnel diocésain, le personnel et les catéchistes du Centre Pastoral St-Kizito, ceux de toutes les paroisses du diocèse, etc.
Je sens, même si c’est difficile à croire, que mon quartier étend ses limites à notre vaste diocèse. Car une fois que nous nous faisons le « prochain », nous ne pouvons plus vivre autrement.
Céline Alie, Solwezi, Zambie


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LA VIE SE PARTAGE
LES FEMMES DANS L’ÉGLISE D’AFRIQUE
C’est sur ce thème que, le 27 mars dernier, répondant à une invitation du SEDOS, Hélène Mbuyamba s’est exprimée devant une centaine de personnes, religieux et religieuses pour la plupart. Cette conférence se situait dans le cadre des présentations sur le 2ème Synode pour l’Afrique. Les Lineamenta en ont été rendus publics à Yaoundé, lors du voyage du Pape en Afrique, le 20 mars 2009. Le Synode aura pour thème : L’Église en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix. Voici quelques extraits particulièrement intéressants du texte d’Hélène.
D’entrée de jeu, j’ai voulu aborder la question en la regardant du point de vue de la collaboration entre hommes et femmes. Cette collaboration, me semble-t-il, a tout à voir avec le thème du synode. (…) J’aimerais tenter une comparaison. L’Afrique actuelle ne pourrait-elle pas faire penser à cette jeune fille de 12 ans, dont le père, Jaïre, chef de synagogue, vient supplier Jésus pour qu’il la sauve, car elle est à toute extrémité ? (Cf. Mc 5, 21…43) (…)
La manière de se situer de Jésus par rapport à la femme rappelle celle de notre Fondateur. En 1867, il écrit aux membres d’une association ce qui suit : « Malgré le zèle des missionnaires (hommes), leurs efforts ne produiront jamais des fruits suffisants, s’ils ne sont pas aidés par des femmes apôtres auprès des femmes. Ce ministère, ils ne peuvent le remplir par eux-mêmes. Seules des femmes peuvent approcher librement des femmes païennes, entretenir avec elles des rapports de charité, panser leurs maux, toucher leurs cœurs…Cet apostolat ne s’arrête pas à la femme. La femme est à l’origine de tout, puisqu’elle est la mère. Ses enfants sont ce qu’elle les fait. Elle dépose dans leurs âmes des semences que rien ne détruit et qui germent malgré toutes les forces contraires. Donc, peu à peu, par les femmes, on a la famille, et par la famille, la société. » (…)
À l’instar de ce que cette jeune fille malade représente aux yeux de son père et de sa mère, l’Afrique actuelle est, selon Benoît XVI, « la grande espérance de l’Église », à cause de tous les signes positifs jalonnant la dernière décennie, ainsi que le montrent les n° 6 et 7 des Lineamenta. En dépit de cela, l’Afrique est toujours et encore à toute extrémité, comme la jeune fille de 12 ans. (…) De quoi se meurt l’Afrique à l’heure actuelle ?
Hélène donne quelques statistiques. Elle parle aussi du viol utilisé comme une arme de guerre et précise : Que ce soit en temps de paix ou en temps de guerre, la violence contre les femmes et les filles prend une ampleur de plus en plus inquiétante. (…) Avec de tels problèmes, l’Afrique n’est pas près de se relever. Aux yeux de bien des gens, Africains ou non, elle est même morte. Qu’est-ce qu’on peut faire d’autre, sinon accepter cette fatalité ?
Le chef de la synagogue entend un discours similaire au sujet de sa fille : « Elle est morte, pourquoi déranger encore le maître ? » Mais Jésus, qui a entendu, dit au papa : « Sois sans crainte ; aie seulement la foi ! » Plus tard, il dira cette parole surprenante aux gens qui se lamentent: « Elle n’est pas morte, mais elle dort. » Parole accueillie par les moqueries… Pendant toute cette scène, la mère, encore dans l’ombre, n’en est pas moins présente. « Les ayant tous mis dehors, il prend avec lui le père et la mère de l’enfant… et il pénètre là où était l’enfant. La présence du couple aux côtés de Jésus n’est pas sans signification. En choisissant de ne prendre avec lui que cet homme et cette femme pour les faire assister au retour à la vie de leur enfant, Jésus pose un acte prophétique. (…)
Cet homme et cette femme, c’est l’image de notre Église qui se veut sacrement du Royaume de Dieu. C’est à l’homme et à la femme ensemble que Jésus confie sa mission de contribuer à faire advenir le règne de justice, de paix et de réconciliation dans le monde. Que d’obstacles pourtant sur le chemin de la collaboration véritable entre les hommes et les femmes, aussi bien dans l’Église que dans la société !
Hélène présente ensuite quelques aspects de la situation sociale et politique des femmes au Burkina Faso et en R. D. Congo. Elle poursuit : Reconnaissons aussi que dans bien des cas, surtout en milieu rural, la femme peut devenir l’obstacle majeur à son propre développement, quand elle demeure sous l’emprise de la tradition et des coutumes rétrogrades. Elle trouve tout naturel de se voir reléguée au second plan et figée dans le rôle traditionnel de mère et femme au foyer.
Dans l’Église catholique, le clergé était et est encore un monde d’hommes. Rien d’étonnant dès lors, que la culture catholique soit une culture essentiellement masculine dans ses institutions et son organisation très hiérarchisée. Pourtant, dans cette tradition catholique, des femmes, religieuses pour la plupart, mais aussi des laïques, se sont fait une place et ont réussi à trouver des espaces d’expressions et de liberté. (…)
Hélène évoque alors les contradictions que connaît l’Église catholique quant à divers principes, comme l’égalité reconnue mais non-appliquée. L’intégration de l’approche « genre » manque cruellement dans l’Église et les sociétés, en Afrique et ailleurs. Et si la femme est, pour ainsi dire, absente des cercles où se prennent les décisions concernant la vie à différents niveaux, comment apportera-t-elle sa contribution spécifique ?
Pourtant, les prises de position de Jésus par rapport aux femmes ont eu et continuent à avoir un pouvoir de transformation toujours à découvrir. Ainsi, elles mettent en lumière le caractère, dirions-nous, anti-évangélique de la répartition des tâches dans l’Église, une répartition qui confie aux hommes les structures et aux femmes les infrastructures. Des voix prophétiques s’élèvent, heureusement. Des évêques, prêtres et laïcs travaillent activement selon l’esprit de Vatican II pour que l’Église, Peuple de Dieu, devienne de plus en plus cette communauté de frères et de sœurs, disciples égaux en dignité devant Dieu, rendant ainsi crédible la Bonne Nouvelle du salut pour tous.
Revenons encore à la scène de l’Évangile qui nous sert de trame. (…) À travers cet épisode, ce que Jésus nous dévoile relève de la nouveauté de l’Évangile. La mission de nourrir l’enfant est confiée à la fois à la mère et au père. Mission prophétique, qui rejoint l’affirmation biblique, selon laquelle nous sommes créés à l’image de Dieu, homme et femme (Gn 1, 27). Et que dire du message de Paul aux Galates ? : « Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. Il n’y a désormais ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous, vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3,28). Ces paroles ne viennent-elles pas confirmer ce qui précède ?
Et qu’en est-il de l’Église? Dans quelle mesure s’approprie-t-elle cette nouveauté ? Parlant de Jésus, Paul dit : « En sa personne, il a tué la haine » (Ep 2, 16). (…) Bien évidemment, il veut aussi renverser les barrières entre l’homme et la femme. (…) Le défi est que si l’Église d’Afrique doit se mettre au service de la réconciliation, de la justice et de la paix en allant rechercher les racines des haines, des injustices et des guerres qui minent le continent, elle n’a pas 36 chemins. Elle doit absolument promouvoir une véritable collaboration, non seulement avec les laïcs et les croyants des autres religions, mais aussi entre hommes et femmes en son sein.
Les exemples d’une telle collaboration ne manquent ni dans l’Église ni en Afrique. En Afrique du Sud, One man can campaign est une initiative d’un réseau appelé Sonke gender justice. Il travaille avec des hommes, des femmes, des jeunes et des enfants d’Afrique du Sud, d’Afrique de l’Est et d’Afrique Centrale, notamment dans le domaine de la violence faite aux femmes et de la réduction de la pandémie du Sida. La campagne soutient l’idée que chacun de nous a un rôle à jouer et peut contribuer à créer un monde meilleur, plus juste et plus équitable. En même temps, elle encourage hommes et femmes à collaborer en vue d’actions visant à améliorer notre monde. Elle exhorte les organisations religieuses à prendre position en vue de soutenir les efforts qui visent à mettre fin à la violence faite aux femmes. En outre, elle a listé une série d’actions que les leaders religieux peuvent entreprendre en vue de mettre fin au fléau.
« L’Afrique pour les droits des femmes » est une autre campagne qui a débuté le 8 mars 2009. (…) Son but est de ratifier les instruments africains et internationaux de protection des droits des femmes et d’aider à les respecter en droit et en pratique. Des personnalités masculines éminentes ont déjà manifesté leur désir de collaboration en soutenant cette campagne.
C’est à ce rôle prophétique qu’est appelée l’Église. C’est ainsi qu’elle peut voir avec les yeux de Dieu, écouter avec les oreilles de Dieu, sentir avec son cœur et parler avec sa bouche.
(…) Le Dieu de Jésus-Christ est un Dieu de la vie. Or, dans la situation concrète de l’Afrique actuelle, les problèmes relatifs à la justice, à la paix et à réconciliation au niveau social, politique, culturel, économique et religieux sont en opposition avec sa volonté. Dans la vie de l’Église, la femme est doublement concernée par le défi que lance cette situation. D’abord à cause de sa nature même, ensuite parce qu’elle est chrétienne engagée avec d’autres dans la construction de la société en général. C’est d’elle, la femme, que naît la vie. C’est à elle qu’incombe la mission de transmettre les semences que nul ne peut détruire, comme l’affirme notre Fondateur. La femme a donc le défi « de nourrir » l’enfant, qu’il soit garçon ou fille, avec des valeurs du Royaume.
Avant de quitter l’Angola tout récemment, le Pape a fermement demandé que l’égale dignité de l’homme et de la femme soit reconnue, affirmée et défendue. Aujourd’hui, a-t-il ajouté, personne ne devrait plus douter du fait que les femmes ont le droit de jouer un rôle actif dans tous les secteurs de la vie.
Hélène Mbuyamba, Rome


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« Non, je ne regrette rien ! »
Tout au long de notre vie missionnaire SMNDA, il nous a été offert de participer à l’une ou l’autre session. Notre groupe termine celle des 70-80 ans : quel cadeau pour nous ! « La participation à une session est toujours une aventure qui t’ouvre sur des chemins de liberté et t’engage pour l’avenir. » Quelques-unes d’entre nous étaient réticentes à venir à cette session… L’une d’elles nous dit maintenant : « Si un jour on vous la propose, n’hésitez pas… Je n’aime guère fouiller dans mon passé… J’ai découvert les merveilles que Dieu fait pour nous et avec nous… Je suis comblée ! »
« Ces trois semaines nous ont été données pour faire une pause dans notre vie de missionnaire ayant mûri. Le thème de cette session était « L’art de vieillir ». Chaque jour, nous pouvions approfondir un aspect de ce thème dans notre vie, personnellement, mais aussi en équipe et en grand groupe. Dur travail ! Mais en vue d’une découverte. Celle du travail de Dieu dans notre vie. Toujours, il nous a accompagnées… Admiration devant ce qu’Il a réalisé pour et avec chacune de nous : différentes mais unies dans une même vocation pour la Mission.
Pour cela, nous étions aidées et encouragées par Patricia Massart, notre accompagnatrice, qui nous a préparé des liturgies priantes et adaptées à chaque jour. Merci à elle et au Père Herman Bastijns, MAfr., si disponible pour célébrer souvent l’Eucharistie, présenter quelques thèmes de la session et pour des rencontres personnelles !
Une chance que nous avons eue fut celle de vivre proches de la Maison généralice. De rencontrer nos sœurs du Conseil général, Piluca, Hélène, Marie-Alice et Chantal, pour un partage sur notre vie familiale actuelle et sur son avenir. Leur vision nous a éclairées, fortifiées, responsabilisées.
Nous retrouvant à Rome, nous avons aimé voir notre Pape Benoît XVI et visiter les lieux où Pierre et Paul et de nombreux chrétiens ont donné leur vie pour que la Bonne Nouvelle de Jésus soit connue. Nous avons pu marcher dans les rues de Rome à la suite des pèlerins de tous les siècles, en admirant les chefs d’œuvre inspirés par leur foi. Également sur les traces du Cardinal Lavigerie.
Beaucoup de graines ont été semées pendant cette session et ne demandent qu’à germer, mûrir… Goût de la Parole de Dieu, découverte des merveilles de l’amour de Dieu en chacune de nous, une vie fraternelle plus profonde, la joie de la Mission aujourd’hui.
Nous l’avons chanté : « NON, JE NE REGRETTE RIEN ! » NOUS NE REGRETTONS RIEN ! Cette session a été une grande grâce pour chacune. La graine est tombée en terre et peut porter son fruit parce que « la source que Dieu a mise en nous la rendra féconde ».
Les participantes de la session, fév.-mars 2009, Rome


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Cent ans de présence au Rwanda - CELA SE CÉLÈBRE !
Un jubilé, c’est fait pour célébrer, pour se souvenir. Quand la maison est construite, ceux qui l’habitent ne voient plus les fondations ; pourtant toute la maison repose bien là-dessus. En cette année 2009, nous célébrons les 100 ans de l’arrivée des SMNDA au Rwanda, le 13 mars 1909. Avec gratitude, nous nous souvenons de ces pierres de fondations. Grâce à nos sœurs qui nous ont précédées, nous avons pu cheminer durant 100 ans avec le peuple rwandais leur annonçant la Bonne Nouvelle du salut et les invitant à le faire à leur tour.
Aujourd’hui, l’histoire continue et l’évangélisation a pris des racines profondes dans ce pays. Notre charisme, la vie reçue, la vie donnée, la vie accueillie, cela ne nous appartient pas. Nous désirons le partager avec nos sœurs et frères rwandais vers qui nous avons été envoyées.
Les premiers avec qui nous avons partagé cet événement, le dimanche 15 mars 2009, ce sont les chrétiens de Save où tout a commencé. Dans l’église remplie jusqu’au fond de tous les élèves de la paroisse et des Sœurs Benebikira, Speciosa Mukagatare a introduit le Centenaire d’une manière vivante : le commencement, les joies et les difficultés rencontrées propres à l’époque. Puis elle nous a présentées selon nos nationalités. Nous avions la joie d’avoir parmi nous Jocelyne Morin, Provinciale, venue du Kenya, et María Victoria Elia Ansa (Marivi), Régionale d’Afrique Centrale, de Bukavu.
Après l’Eucharistie, ce sont les Sœurs Benebikira qui ont tout pris en mains. Elles nous ont d’abord emmenées au cimetière où reposent quatre de nos sœurs. Avec des gerbes de fleurs préparées et des prières appropriées, elles ont fait mémoire de « nos Ancêtres dans la foi », comme elles aiment les nommer. Dans un silence impressionnant, nous avons prié avec elles.
Nous avons ensuite été introduites dans leur grande maison de Save, où une délégation des Sœurs Benebikira avait tout préparé, avec nos sœurs de Butare et les quatre postulantes. Il y a eu, comme aux grands jours de fête, un bon repas, des discours, des danses, des chants et quelques témoignages très touchants des sœurs aînées qui ont vécu avec nos sœurs à Save ; elles en sont profondément marquées !
Dans les discours, Sr Thierry Dominique, Supérieure Générale des Srs Benebikira, a remercié vivement les SMNDA. En résumé, elle nous a dit : « Nous sommes aujourd’hui ce que vous avez fait de nous et nous en sommes très fières. La petite semence que vous avez semée est devenue un grand arbre ».
Actuellement, elles sont 345 sœurs professes. Et Sr Christine, Supérieure Générale des Srs Abizeramariya, invitée et présente à cette fête, d’ajouter : « Nous ferons toujours mémoire de vous au sein de notre congrégation parce que notre histoire porte et portera toujours votre empreinte. Merci pour votre héritage que vous nous avez partagé et pour ce cheminement que nous avons pu faire ensemble ! »
Ayant reçu à son tour la parole, au nom de la Congrégation, Sr Jocelyne a remercié les sœurs qui nous ont accueillies si fraternellement en disant : « Je me sens vraiment ici comme chez moi ! Continuons la route ensemble et osons nous dire simplement ce qu’il faut faire et ce que nous pouvons améliorer. »
Nous avons clôturé cette journée en exprimant notre reconnaissance au Seigneur de qui vient tout don, en chantant les Vêpres ensemble.
Anne-Katrien,
Kigali, Rwanda


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Comment nos œuvres ont-elles évolué durant ces 100 ans ?
extraits d’un article publié dans le journal Kinyamateka au Rwanda :
Qu’est-ce qui nous a mises en route, et comment les Rwandais ont-ils emboîté nos pas ? Ce qui nous a mises en route, c’est l’évangélisation. Annoncer aux peuples africains la Bonne Nouvelle du salut, tel est notre charisme ; c’est un Don de Dieu à l’Église d’Afrique.
Dans tous les postes où nous avons travaillé - Save, Nyundo, Rwaza, Kabgayi, Zaza, Butare, Nyanza, Kigali, Gisagara, Busogo et Kinazi - l’activité première et principale a été, et est encore, être apôtre, témoin de Dieu, annoncer par tout notre être et notre agir l’Évangile de l’amour de Dieu, selon l’exhortation ferme du fondateur, le Cardinal Lavigerie, qui nous a dit : « Soyez apôtres, ne soyez que cela ! »
Notre tâche première a été partout la catéchèse : enseigner la Bonne Nouvelle du salut, surtout former et accompagner des enseignants, des catéchistes, à tous les niveaux. Aujourd’hui, un grand nombre, spécialement des laïcs, assurent cet apostolat avec zèle.
Une grande importance a été donnée ensuite à l’éducation des jeunes filles. En 1939, il y a eu la fondation de la toute première école secondaire pour filles au Rwanda, à SAVE. C’était un grand événement ! En 1975, la direction a été remise aux Sœurs Benebikira.
Un autre accent a été mis sur les écoles techniques. Le 4 février 1952, s’ouvrait l’École Moyenne Ménagère à NYANZA. (Depuis 1980), ce sont les Sœurs Benebikira qui continuent très efficacement cette œuvre jusqu’aujourd’hui. Une autre école qui a connu beaucoup de changements est celle de ZAZA. En 1990, l’école et la maison sont remises aux Sœurs Benebikira. Elles sont nombreuses les mamans qui ont étudié dans ces écoles, et beaucoup parmi elles exercent aujourd’hui de hautes fonctions.
Un autre apostolat important a été le soin des malades. Comme dit plus haut, dès le début les sœurs ont commencé les dispensaires, puis les centres de santé, les centres nutritionnels, les maternités, les soins dans les hôpitaux. Dans ce domaine de la santé, c’est l’État, à présent, qui supervise d’ordinaire les hôpitaux et centres de santé, aidé par des religieuses rwandaises et des laïcs compétents.
Comment nos œuvres continuent-elles aujourd’hui ?
Aujourd’hui, nous avons passé la plupart de nos œuvres à des Rwandais / Rwandaises, selon la consigne de notre fondateur qui a dit depuis les origines : « Les missionnaires devront être des initiateurs, mais l’œuvre durable doit être accompli par les Africains eux-mêmes devenus chrétiens et apôtres. » Maintenant, nous essayons de voir les besoins actuels tels qu’ils se présentent : formation des jeunes filles qui n’ont pas pu étudier, formation continue des catéchistes bénévoles, formation des postulantes, collaboration dans l’accompagnement des personnes vivant avec le VIH/SIDA, de celles qui souffrent de traumatismes, des veuves et orphelins, etc.
Une autre tâche, primordiale pour nous est d’éveiller l’esprit missionnaire dans l’Église du Rwanda. « Vous, Africains, vous êtes désormais vos propres missionnaires », disait le Pape Paul VI à Kampala. Et Mgr Kizito Bahujimihigo d’ajouter : « Une Église locale est adulte quand elle s’ouvre aux autres Églises, quand elle sort de ses frontières pour évangéliser les autres. » Oui, il faut que le flambeau de la consécration totale au service de Dieu et de l’Évangile passe dans les mains des jeunes Rwandais, Rwandaises, aujourd’hui ; c’est notre plus grand désir !
(…) nous voulons aussi rendre grâce à Dieu pour tous les dons, toutes les grâces reçues durant ces 100 ans. Avec gratitude, nous nous souvenons de toutes celles qui ont cheminé sur cette route en y apportant la Bonne Nouvelle du salut.
Les Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique


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PROMENADE A TRAVERS LES ARCHIVES
NOS ARCHIVES
DES DÉBUTS À 1925
Nos archives sont divisées en plusieurs périodes : la première s’étend des débuts de la Congrégation jusqu’à la fin du mandat de notre première Supérieure générale, Mère Marie-Salomé (1925). C’est la période la plus ancienne, qui témoigne des débuts de notre histoire.
Nos premières sœurs, n’étant pas des intellectuelles, ne se préoccupaient nullement de papiers anciens ni même de les conserver. L’idée ne leur serait certes pas venue de conserver leurs correspondances. D’ailleurs, le Cardinal ayant recommandé en 1887 à Mère Marie-Salomé de ne pas communiquer à d’autres les lettres qu’il lui écrivait, elle les a toutes détruites (H.O., p. XIV) ! Mais le Fondateur, de son côté, avait conservé toutes les lettres de Mère Marie-Salomé, ainsi que le brouillon de ses propres réponses. Après sa mort, tous ces documents ont été recueillis par le Père Voillard, en qualité de représentant général et légal des deux instituts, celui des Missionnaires d’Afrique et le nôtre. Mais, il craignait que, dans son humilité et aussi parce qu’elle ne savait pas combien il était important de conserver des souvenirs, Mère Marie-Salomé fasse disparaître tous ces documents. Or ceux-ci montrent à l’évidence la part importante qu’elle a eue dans le maintien et le développement de notre Congrégation. Il conservait le tout à Maison-Carrée, fermé et scellé avec la mention : « À remettre à la Supérieure générale des Sœurs Blanches, lorsque ce ne sera plus Mère Marie-Salomé. » En 1901, lorsque la persécution religieuse en France faisait craindre des perquisitions ou même des confiscations, le Père Voillard envoya ce précieux paquet à une de leurs maisons en Belgique, pour le mettre à l’abri.
APRÈS 1925
LES DIAIRES
Après 1925, il le remit à Mère St-Jean qui succédait à Mère Marie-Salomé. Ce fonds constitue la partie la plus précieuse de nos archives. C’est également grâce à lui que nous possédons ce qui a suivi. C’est lui aussi qui, en avril 1893, avait obligé nos sœurs à tenir régu-lièrement leur diaire. Il demandait en même temps aux sœurs anciennes de rédiger leurs souvenirs des débuts. Plus habituées à manier la pioche que la plume, elles écrivirent par obéissance des récits très simples qui ont une valeur inégalée de témoignage.
Le diaire du noviciat a commencé le 1er mai 1886 sur une note d’espoir : après la menace de dissolution de 1885 et le retour de la Bouzaréah, il relate la première visite du Cardinal à Saint- Charles. Le Fondateur annonce alors qu’il y établit définitivement la Congrégation (H.O., p.404). C’est ce diaire, tenu régulièrement, qui a permis de conserver ensuite en détail tous les souvenirs du Fondateur, ses visites à la Maison-Mère et ses enseignements aux sœurs. Mais toutes les communautés n’étaient pas fidèles aux prescriptions du Directoire concernant les « Annales ». Pourtant, à partir de 1894, toutes les communautés obéirent consciencieusement.
Nombre de ces diaires manuscrits sont parvenus aux archives : cahiers jaunis, à l’encre passée, au papier abîmé par la chaleur, dévoré en partie par les termites. Malheureusement, beaucoup n’ont pas été conservés du fait des situations difficiles, des périodes de guerre dans certains pays, etc. Ceux qui ont été conservés constituent pourtant une mine extrêmement précieuse de renseignements sur la vie des sœurs, leurs activités, leur entourage. Tout cela, par bribes de phrases notées sur place, a beaucoup plus de valeur que les diaires imprimés qui ont subi des coupures plus ou moins importantes.
AUTRES DOCUMENTS
Année après année, s’ajoute aux documents des débuts tout ce qui est lié à la vie de la Congrégation, à son histoire, aux activités des sœurs et à tout ce qui en fait le contexte. Ainsi : Rapports des communautés et provinces (an-
nuels et/ou autres) ; Écrits historiques au sujet d’une fondation, d’une activité ou d’un voyage spécial ; Correspondance officielle et non pas lettres personnelles ! Sommaires historiques, diaires, notes écrites par une communauté ; PV du Conseil général ; Rapport et documents des Chapitres généraux et Assemblées générales ; Lettres Circulaires ; Publications (Partage TrentAprile, Récollections, Programmes ‘Salomé’ et ‘Lavigerie’, etc.) Nécrologes ; Lettres de Nouvelles des provinces et régions, etc.
SYSTÈME DE CLASSIFICATION
Je ne sais pas comment tous nos documents étaient conservés au début ; mais je suppose qu’il y avait déjà un certain ordre au moment où, en 1948, Sr Marie Lorin a introduit un système de classification, celui que j’ai trouvé à mon arrivée en décembre 2001. À l’intérieur de la classification, une nouvelle période de documents commence, lors d’événements spéciaux, comme un Chapitre général, un nouveau Conseil général ou au moment de nouvelles structures, etc. Notre système de classification est bien clair ! La classification des documents selon les périodes signifie que les dossiers sont régulièrement clôturés, ce qui rend les recherches plus faciles. Je ne dois pas, chaque fois, parcourir tout le matériel archivé, mais je peux me limiter à une certaine période. Ceci prend moins de temps et, à la longue, garantit aussi la conservation des documents.
Notre classification est décimale, ce qui permet d’ajouter des documents par une simple subdivision. Utiliser des chiffres, plutôt que des initiales de noms ou des abréviations, est apparue comme une grande aide au cours des années, spécialement aux moments où un pays, un diocèse ou un endroit quelconque changeait son nom, par exemple Haute-Volta devenue Burkina Faso. Parfois, nous recevons encore des provinces des documents du passé concernant par exemple la fondation d’une communauté, etc. Ces documents ne peuvent être placés à leur juste place : cela dérangerait tout le système. Il a donc été décidé de les classer à part comme « SURPLUS ». Ils peuvent ainsi être trouvés plus facilement.
Hildegunde Schmidt, Rome
À partir d’un texte de Sr Marie Lorin


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REMERCIEMENTS DES NOUVELLES PROFESSES
CELLES DE BOBO
« Grande est notre joie de vous rencontrer à travers cet écrit pour vous exprimer toute notre reconnaissance. Nous étions très contentes de recevoir tous les messages venant de partout pour nous soutenir dans notre premier engagement.
Merci beaucoup à nos sœurs aînées d’être en communion avec nous par la prière, de nous encourager à nous attacher au Christ et à sa mission ! Cela a fait grandir en nous la fraternité. Merci à nos sœurs de la communauté du noviciat qui se sont données corps et âme pour que cette fête se passe dans une joie immense ! La chorale de l’inter noviciat a bien animé l’Eucharistie. Nous avons ensuite partagé le repas fraternel avec tous ceux et celles qui étaient venus nous soutenir ; nous avons dansé beaucoup. C’est un jour inoubliable pour nous. Encore une fois merci pour les messages très profonds qui nous ont aidées à nous recueillir et à nous offrir au Seigneur avec joie !
Que Dieu vous bénisse ! Union de prière. »
Véronique Mputsila et Marie Ange Ndayishimiye
Bobo-Dioulasso, Burkina Faso
CELLES D’ARUSHA
« Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur ! » Oui, vraiment, nos cœurs sont remplis de reconnaissance et de joie envers Dieu pour l’amour et la miséricorde qu’il a manifestés à la Congrégation et nous, pour le don de notre vocation. Le jour de notre profession fut vraiment beau et plein de joie. Cela dépasse ce que l’on peut en dire. Nous l’avons vécu comme un signe d’espérance pour la Congrégation, pour l’Afrique et pour nous. Dieu est toujours fidèle à ses promesses.
Grâce à vous, nos sœurs, ce fut un jour merveilleux. Les prières, le soutien, la communion et l’amour avec lesquels vous nous avez accompagnées au cours de notre itinéraire ont sûrement tout dépassé. Les nombreuses cartes reçues de vous toutes ont ajouté à la joie et à l’enthousiasme de ce jour. Nous avons réellement senti que nous sommes vraiment des sœurs. Au total, nous vous sommes très reconnaissantes. Chacune de nous cinq, nouvelles professes ici à Arusha, nous vous disons grand merci pour vos prières, souhaits et attentions. Puissiez-vous continuer dans le même esprit à être de vraies sœurs, pour la plus grande gloire de Dieu le Père !
Linah Siabana, Vickness Muleya, Birgitta Gremm,
Lucy Nabweteme et Malgorzata (Gosia) Poplawska
Arusha, Tanzanie


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Comité de rédaction: Chantal Vankalck (G.C.), Lucie Pruvost (Editrice), Madeleine Bédard (mise en page et impression), Hildegunde Schmidt (archiviste) - Traductions: Doris Gastonguay, Maria Pouliot, Père Joseph Hebert, MAfr., L.ucie Pruvost et Hildegunde Schmidt - Expédition: Nicole Robion
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