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Lettre de
nouvelles des
Sœurs Missionnaires de Notre Dame
d'Afrique
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« Courage dans l’épreuve ! »
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n° 4 Octobre 2009 |
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Sommaire
Editorial: Lucie Pruvost
« Courage dans l’épreuve ! »
1. Courage et force de vivre, María Perá del Pozo (Maruja)
2. À Montréal, j’ai découvert le courage de mon peuple, Serge-Marie (Eugénie Longtin)
3. À Tikondane, debout dans une espérance nouvelle ! Rita Hieble et Françoise Laflamme
4. À Deli, solidaires dans l’effort ! Communauté de Deli
Promenade à travers les archives
Des Congrégations africaines autonomes… Lucie Pruvost
La vie se partage
La grâce d’être reliées à notre passé Gisela Schreyer
Regards croisés
Comment la rencontre de l’autre … m’enrichit-elle ? Serge Traore, Mafr
Savez-vous que ?
1. Conférence mondiale sur le dialogue interreligieux Osservatore Romano
2. Drames de l’immigration : le pape demande un dialogue euro-africain Internet
Equipe de rédaction
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Éditorial
Les « Objectifs du Millénaire pour le développement » établis par l’ONU en l’An 2000 visent à réduire la pauvreté dans le monde d’ici 2015. La crise économique actuelle ne risque-t-elle pas de faire obstacle à la réalisation de ces objectifs ? Cette crise, explique Irene Khan, Secrétaire générale d’Amnesty International (A.I.) ne concerne pas seulement le domaine économique. C’est aussi une crise des droits humains. « L’insécurité, l’injustice et la perte de dignité sont aujourd’hui le lot de milliards d’être humains. Ce sont les droits humains qui sont en crise… », écrit-elle. Et elle précise : « A.I. a été créée pour exiger la libération de prisonniers d’opinion. Aujourd’hui, nous exigeons la dignité. » Ce que confirme le pape dans l’Encyclique « L’amour dans la vérité », force dynamique essentielle du vrai développement de chaque personne et de l’humanité tout entière.
Les quatre textes du dossier de ce numéro de Partage/Sharing montrent comment plusieurs de nos sœurs ou communautés soutiennent des femmes qui cherchent à retrouver leur dignité à travers les épreuves. Il s’agit de les épauler pour qu’elles puissent reprendre confiance en elles-mêmes. Cela, de diverses manières.
D’abord en les écoutant. Mais aussi en leur enseignant un métier, en les aidant à avoir accès aux soins médicaux, etc. Ainsi à Oran en Algérie. Ou à Montréal au Canada, comment des femmes en prison ou d’anciennes détenues peuvent, elles aussi, retrouver courage ; tandis que d’autres, devant porter seules une grossesse inattendue, sont heureuses de trouver quelqu’un pour les soutenir. Les sœurs de Deli au Tchad peuvent témoigner de l’effort solidaire des personnes qu’elles accompagnent dans l’épreuve. Quant aux enfants de la rue accueillis au centre Tikondane de Lilongwe au Malawi, ils parviennent à se tenir debout en cultivant une espérance nouvelle. Toutes ces personnes ont en commun de chercher à retrouver une place dans la société, et qui sait, à leur tour en aider d’autres à faire de même.
Une Promenade à travers les archives rapporte les débuts des trois premières congrégations africaines à la formation et au gouvernement desquelles plusieurs de nos sœurs ont consacré des années de leur vie, participant ainsi au développement d’Églises autonomes. Un service qui se poursuit d’une manière nouvelle aujourd’hui encore, comme le rapporte un témoignage dans La vie se partage.
La collaboration entre Partage/Sharing et le Petit Écho des MAfr, commencée en octobre 2008 avec la rubrique « Regards croisés » se poursuit régulièrement deux fois par an. Le thème choisi cette fois-ci par les Conseils généraux de nos deux familles nous appelle à réfléchir sur l’enrichissement qui peut résulter pour nous de la rencontre de l’autre différent par sa culture et sa religion.
La rencontre interreligieuse ? Savons-nous que des musulmans ont pris l’initiative d’organiser une Conférence mondiale sur le dialogue ? Et encore que le drame de l’immigration reste présent à la sollicitude de Benoît XVI avec son appel à un dialogue entre l’Europe et l’Afrique.
Le numéro se poursuit comme à l’accoutumé avec des communications du Conseil général et le rappel de celles et ceux qui sont Entrés dans la Vie, nos sœurs, nos frères MAfr et des membres de nos familles. Vous le recevez alors que, après la dispersion des vacances, vous vous retrouvez pour une nouvelle année ou vivez un nouveau départ pour d’autres communautés. À toutes et à chacune, tous les vœux de l’équipe de Partage/Sharing pour vivre pleinement et avec courage et amour la part de mission qui est la vôtre.
Lucie Pruvost


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« Courage dans l’épreuve ! »
Courage et force de vivre
Cela va faire 9 ans que je suis à Oran. La ville située au Nord-Ouest de l’Algérie au bord de la mer est ensoleillée et ouverte. Je travaille auprès des jeunes filles et des femmes, dans le cadre de la Caritas diocésaine.
Confrontées à la souffrance
Les souffrances qui proviennent du manque de minimum vital au quotidien. C’est souvent que j’entends dire : « Venez à la maison, et vous verrez comment je vis », ou bien « J’ai besoin de vous parler ».
Les femmes souffrent de ne pas pouvoir se soigner ; pour plusieurs d’entre elles, de manquer de liberté ; de ne pas trouver leur place dans la société ; de n’avoir pas droit à la parole ; d’avoir honte de montrer leur misère. Parfois, je surprends des larmes dans les yeux de celles qui viennent dans mon bureau et me disent que, depuis trois jours, elles n’ont pas pu donner à manger à leurs enfants. J’entends aussi des femmes me dire leurs souffrances parce que, déçu de n’avoir jamais trouvé de travail dans le pays, leur fils essaie de traverser la Méditerranée pour arriver en Europe. J’entends les victimes de la corruption qui s’installe de plus en plus et dont les jeunes souffrent. Tout s’achète. J’entends des familles qui n’ont pas où habiter, des jeunes filles auxquelles leur famille impose de se cacher sous un voile qu’elles n’ont pas choisi.
Leur apprendre à se former, à travailler, leur montrer qu’elles sont capables de le faire leur donne plus de confiance en elles-mêmes. Cela les ouvre à plus de liberté, à trouver leur place dans la famille et la société. Mais je rencontre aussi des jeunes filles qui tiennent bon dans le travail malgré les difficultés. Elles font preuve de savoir-faire, de droiture, d’honnêteté.
Il m’arrive aussi de faire appel à des personnes que je connais, des médecins auxquels j’envoie des mamans, des filles sans moyens pour payer examens médicaux et soins. Mon bureau est toujours ouvert à toutes celles qui ont besoin de parler, de partager ce qu’elles vivent. Il faut les soutenir, les encourager dans leurs efforts.
Le Centre dont je suis responsable donne aux femmes une formation qui doit les préparer à un travail artisanal et leur permettre d’avoir un salaire pour collaborer à l’économie familiale. C’est pourquoi, j’essaie d’ouvrir le Centre à la production et à la vente des produits que les femmes réalisent. C’est une façon de lutter contre la pauvreté. Bien sûr, cela demande d’avoir des connaissances, un réseau de relations qui soutient la mise en route de ce nouveau projet.
J’essaie aussi de répondre à des demandes de prêts. Faire un prêt pour commencer un petit commerce que la personne devra rembourser peu à peu. Je constate que je déborde de plus en plus vers des activités qui dépassent mon engagement auprès des femmes du Centre, mais il est difficile de laisser partir ceux qui viennent vers moi sans les aider.
Consoler, trouver les moyens possibles pour aider la personne… mon temps est bien rempli, même fatiguant parfois, mais combien attachant. Je suis heureuse parce qu’il s’agit de lutter avec les femmes pour la vie et pour construire un monde plus humain, où la femme puisse vivre dignement dans la société. Nous menons la lutte ensemble avec beaucoup d’espérance.
Pour moi, ce travail répond à notre charisme missionnaire, à ma vocation. C’est un travail d’accompagnement : faire grandir dans la confiance en soi, préparer pour faire face à la vie. Et la joie de vivre la richesse de la rencontre, de la relation, de l’amitié.
María Perál del Pozo (Maruja),
Oran, Algérie


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À Montréal, j’ai découvert le courage de mon peuple
Après avoir passé la majeure partie de sa vie en Afrique comme missionnaire, « Eugénie… Notre « grand-maman Génie », comme l’appellent les enfants, cette grande et sage femme a choisi, en rentrant au pays, de donner bénévolement du temps à des organismes communautaires. Elle a travaillé avec le P. Pops, du Bon Dieu dans la rue, pendant un certain temps et a été accompagnatrice au programme mère-enfant de CFAD à la roulotte pendant plus de huit ans. Depuis plusieurs années, les femmes et enfants de CFAD bénéficient de sa grande expérience de la vie, tous les mercredis, et les femmes et enfants de Grossesse-Secours, tous les jeudis. »
Lettre de nouvelles Info-rouli CFAD (Continuité-Famille Auprès des Détenues) Automne-Hiver 2008
J’ai regardé et j’ai découvert…
C’est plus particulièrement depuis 1954 et jusqu’à aujourd’hui, que je vois « la misère de mon peuple » qui demeure en humanité. J’ai regardé et j’ai découvert « le courage de mon peuple ». Comment ? En comprenant petit à petit. En aimant de mieux en mieux mon sur-place, Afrique d’abord puis, maintenant Montréal. Nous, les humains, nous sommes créés pour être heureux. Et c’est quoi être heureux ? Justement, c’est « être humain ». Un défi pour chacun et chacune à relever, avec l’espace d’une vie, de ma vie, pour y arriver… et être bien dans sa peau !
Et voici une petite histoire. Un jour, un éléphant s’échappa de son troupeau et s’engagea sur une petite structure de bois qui enjambait le ravin. Le petit pont vétuste trembla et gémit, à peine capable de supporter le poids de l’animal. Une fois parvenue en toute sécurité de l’autre côté, une mouche qui s’était logée dans une oreille de l’éléphant s’exclama avec une immense satisfaction : « Mes aïeux ! Ce que nous avons ébranlé ce pont ! » (Anthony de Mello) Oui, être si bien dans ma peau Seigneur, que je la prenne pour la tienne !
Après avoir passé 28 ans en Afrique, me voici de nouveau à Montréal depuis janvier 1992. En janvier 1993, j’ai choisi d’œuvrer dans deux groupes : CFAD et Grossesse Secours.
Le CFAD, c’est passer régulièrement du temps en milieu carcéral avec gardiens et gardiennes, dans un lieu où les enfants peuvent venir rendre visite à leurs mères, la priorité étant donnée aux enfants de 6 ans et moins ainsi qu’aux bébés. Avec deux d’entre nous, du groupe CFAD, nous sommes à l’intérieur de la prison pour une fin de semaine. Tout se déroule à l’intérieur des murs dans une roulotte dont nous sommes responsables. Il va sans dire que gardiens et gardiennes font partie de notre monde ! J’y ai passé les fins de semaine pendant huit bonnes années.
Maintenant, je continue, toujours dans le CFAD, qui a ouvert une maison familiale pour les amies, ex-détenues, et celles qui sont en maison de transition. Elles sont toutes bienvenues avec leurs familles. Donc, avec mes huit ans à la prison Tanguay, avec elles et comme elles, je suis une « ex » de cette prison. Et place à la vie qui continue !
À Grossesse Secours, nous sommes proches des personnes qui ont besoin d’écoute et d’informations. Par téléphone, nous fixons un rendez-vous chez nous, là où nous habitons, où il est possible d’avoir des vêtements pour maternité, des vêtements pour bébés, etc… à des coûts très modiques. Les amies du CFAD y viennent aussi.
Tel est le plus important, « faire face » à la souffrance qui nous rejoint tous et toutes : rejet de soi-même et des autres par nous-mêmes ; de nous par les autres... La vie nous offre ce que nous pouvons recevoir et partager. Tout ce qui fait qu’en réalité, les uns et les autres, nous avons ce qu’il faut en compassion pour écouter, regarder, comprendre et aimer vivre… parce que les amis, ça existe !
Serge-Marie (Eugénie Longtin), Avenue Laval, Montréal


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À Tikondane, debout dans une espérance nouvelle !
« Même les organismes chrétiens qui déclarent aider les orphelins ne font que nous abuser et festoyer avec notre misère ! »
C’est ainsi qu’un garçon de 14 ans, appelons-le Dandaulo, libère son cœur avec un poème. Nous avons été très surprises de lire cela.
Dandaulo est un de ces garçons qui vivent dans les rues. Alors qu’il venait d’être très malade la semaine précédente, nous l’avons aidé à se faire admettre à l’hôpital et y être bien soigné. Nous nous sommes assurées que l’un de ses amis resterait avec lui. L’un des membres de notre équipe lui a rendu régulièrement visite pendant toute une semaine. Dandaulo a écrit ces paroles peu après son arrivée à Tikondane, après sa sortie de l’hôpital.
Lorsque nous lui avons demandé ce qu’il voulait dire, il nous a partagé sa souffrance. Dandaulo est positif IVH. Pendant quelque temps, il a pris des rétros viraux fournis par un certain organisme. Mais ce qui l’a blessé, c’est que chaque fois qu’il paraissait très sale ou quand il était très malade, on le photographiait. Il se sentait humilié. Il savait que ces photos seraient utilisées pour obtenir des fonds, dont la plus grande part serait « mangée » par les employés de cet organisme…
Ce n’est pas seulement au Malawi que d’énormes sommes d’argent arrivent pour les orphelins, les malades du SIDA et d’autres groupes sociaux vulnérables et marginalisés. Mais la plus grande partie de l’argent n’a jamais abouti à ces groupes. Beaucoup se sont sentis trompés, impuissants, très frustrés, fâchés et pleins de ressentiment.
Par ailleurs, la pensée s’est répandue chez ceux qui sont en situation de pouvoir tirer profit du système, que c’était un état de choses « normal ». Naturellement, cette mentalité courante représente un défi pour notre présence et notre apostolat. Nous y répondons en nous efforçant continuellement de développer au sein de notre équipe et dans nos relations avec d’autres employés, une culture de gestion et d’attention dépassant les frontières de sa propre famille, culture, religion.
Bâtir une équipe dans un tel esprit fut un véritable défi. Mais nous pouvons constater une prise de conscience progressive et la fierté du personnel pour qui le travail à Tikondane n’est pas qu’un emploi rémunéré, mais une mission : offrir à Dieu ses yeux pour reconnaître la misère du peuple de Dieu et faire tout son possible ou au moins le peu que l’on puisse faire.
Nombreux sont les enfants et leurs familles qui ont été en relation avec Tikondane, et ont pu retrouver une espérance nouvelle et une confiance dans la vie. Et beaucoup d’entre eux ont dit expressément ou implicitement qu’ils ont accueilli Tikondane comme une réponse à leurs prières désespérées.
La Police a une UNITÉ DE SOUTIEN DES VICTIMES (USV), qui est très importante parmi nos collaborateurs. Les policiers ont le moyen d’ouvrir leurs oreilles et leurs yeux à la misère des enfants qui leur sont envoyés : ils savent que, en collaboration avec Tikondane, quelque chose peut être fait et le sera pour ces enfants. Alors que, au Malawi, c’est une pratique commune pour les fonctionnaires et les policiers de recevoir une compensation pour toute collaboration avec les ONG, les policiers de l’USV sont devenus des partenaires très efficaces et engagés dans leur tâche pour le bien des enfants, même s’ils ne reçoivent aucun dédommagement. Quelque chose vibre en eux, qui les encourage, les motive et donne à leur vie plus de sens que le seul argent qui peut leur être offert.
Parfois, nous recevons des réactions impressionnantes et inattendues. Ainsi, celle d’un jeune Européen resté au Malawi plusieurs années, offrant gratuitement ses services à Tikondane. Après son départ, il nous a dit qu’après avoir été très déçu et rempli d’amertume vis-à-vis de l’Église, son contact avec nous l’avait aidé à se réconcilier avec la religion.
Rita Hieble et Françoise Laflamme,
Lilongwe Area 2, Malawi
EXTRAIT DU « GUIDE DES VALEURS DE TIKONDANE »
remis à chaque nouveau membre du personnel
« Nous croyons que nous sommes tous enfants du DIEU UNIQUE. Nous constatons que beaucoup de nos frères et sœurs souffrent dans des conditions déshumanisantes du fait des injustices et des structures honteuses (Lois, traditions, façons de faire dont bénéficient les puissants et les privilégiés et qui exploitent les faibles et les pauvres). Nous croyons que Dieu nous appelle à nous engager avec Jésus « pour qu’ils aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10, 10).
Cela exige de développer une attention sociale convaincante. Et cela exige de chacun une conversion personnelle permanente. Nous devons adopter les attitudes, les valeurs et les priorités de Jésus. Il nous faut d’abord réaliser que tout ce que nous avons est un don : notre vie même, notre santé, les chances d’éducation que nous avons eues, d’avoir un travail, etc. Ces dons nous ont été confiés pour les développer et les utiliser en servant (Parabole des talents - Mt 25, 14-30). Un gérant n’est pas un propriétaire. C’est quelqu’un à qui le maître de maison a confié la responsabilité de donner à chacun et au bon moment ce qui lui est dû (Mt 24, 45-51 et Jn 13, 12-17).
Dieu n’est pas resté impassible dans son paradis pour nous sauver, mais il nous a rejoints dans notre humanité. Jésus respecte chaque personne, indépendamment de sa classe sociale. Il est particulièrement proche des marginalisés. Nous aussi, nous sommes invités à traiter les uns et les autres et ceux qui dépendent de nous avec simplicité et égal respect, à être vraiment concernés, non pas seulement par les membres de notre famille, de notre Église, de notre culture, etc. Si nous nous engageons vraiment ainsi pour la justice, Dieu peut se servir de nous comme d’un moyen de guérison, de réconciliation et de paix, et cela porte aussi du fruit dans nos propres vies. »


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À Deli, solidaires dans l’effort !
Les problèmes relatifs à la santé, à l’enseignement et à la foi sont des lieux de lutte pour être solidaires dans l’effort. Ce sont souvent les situations d’injustice qui engendrent la misère du peuple. Cela, nous pouvons le constater tous les jours au Tchad en général, et à Deli en particulier. Témoins de sa lutte quotidienne, nous accompagnons le peuple dans son effort solidaire.
La santé tout d’abord. Les structures de santé étant réduites, bien des personnes se font soigner chez « les docteurs chuku », des marchands de médicaments sur le marché, dont les remèdes coûtent moins cher. D’origine souvent douteuse, ces médicaments causent beaucoup de problèmes. Les sœurs qui travaillent au centre de santé dont nous avons la responsabilité essaient, avec le personnel de santé, de sensibiliser les gens pour qu’ils viennent se faire soigner au centre où le prix du traitement est fixé selon les moyens de la population. Ceux qui vivent avec le VIH/SIDA se voient exclus et rejetés par leur propre famille et par leur entourage qui ont peur d’être contaminés. Cela aussi produit des situations de détresse. Cependant, à travers l’association créée pour eux par l’une de nous, nous pouvons voir leur état s’améliorer petit à petit. Nous constatons aussi qu’ils vivent de plus en plus une certaine solidarité et entraide. Nous continuons à les soutenir et à sensibiliser la population pour qu’ils soient dignement considérés comme toute autre personne.
Mais la situation du système scolaire est encore l’une des plus poignantes. L’ignorance et l’analphabétisme sont, en effet, une cause majeure des situations de misère. Vous savez aussi bien que nous que l’éducation est la base du développement d’une nation.
Or ici, dans les écoles primaires et secondaires, la situation est lamentable. Les conditions dans lesquelles les élèves étudient sont précaires. Les classes sont en paille ou en tige de mil et, pendant la période froide, les élèves suivent difficilement les cours. Les classes sont équipées d’une petite table pour l’enseignant et d’un petit tableau. Les élèves, entassés, sont assis sur des branches d’arbres mal taillées. N’ayant pas d’appui pour écrire, ils se servent de leurs genoux, ce qui rend leur écriture illisible. La plupart des enseignants ne sont pas formés. Pour les écoles primaires, on choisit les personnes qui, dans le quartier, parlent un peu français. Elles sont souvent de bonne volonté, mais n’ont pas le niveau requis pour enseigner. On voit bien les résultats qui en découlent.
Il en est de même pour les écoles secondaires. Ce sont des bacheliers qui donnent les cours dans les classes de première, seconde, voire-même de terminale, alors que, eux-mêmes ne maîtrisent pas leurs matières. Beaucoup d’élèves ont du mal à s’exprimer en français et à lire, d’où la difficulté d’en trouver qui s’intéressent vraiment à notre petite bibliothèque de paroisse. Une fois, par
exemple, nous avons donné à lire à une élève de seconde une page de journal, en lui disant de souligner les mots difficiles, elle a tout souligné en disant simplement qu’elle n’y comprenait rien.
Heureusement que quelques-uns s’en sortent bien, mais ils sont plutôt rares. Vu l’insuffisance de salles, les élèves passent facilement d’une classe à une autre, quelle que soit leur moyenne. Malgré cette situation si difficile, nous pouvons tout de même remarquer la bonne volonté de certains parents et enseignants qui essaient de chercher et de trouver des moyens pour améliorer la qualité de l’enseignement et des bâtiments. Notre communauté les accompagne et les encourage à aller de l’avant.
La détresse est tout aussi présente au niveau de la foi. Les chrétiens ne comprennent pas vraiment leur rôle en tant que chrétiens, d’où leur manque d’engagement. Il faut noter qu’à Deli, la foi chrétienne n’est pas ancrée dans la vie des gens. Elle reste superficielle. C’est à travers tout cela que nous continuons à voir, entendre et servir selon nos capacités et nos possibilités nos frères et sœurs qui crient vers nous.
Communauté de Deli, Tchad


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Promenade à travers les archives
Réflexion de Sœur Emmanuelle
Sur un sentier raide et pierreux,
j’ai rencontré une petite fille.
Elle portait sur son dos son jeune frère.
« Mon enfant, lui ai-je dit,
tu portes un lourd fardeau. »
Elle me regarde et dit :
« Ce n’est pas un fardeau, c’est mon frère. »
Je restais interdite.
Le mot de cette enfant courageuse
s’est gravé dans mon cœur.
Et quand la peine des hommes m’accable,
et que tout courage me quitte,
le mot de l’enfant me rappelle :
CE N’EST PAS UN FARDEAU QUE TU PORTES, C’EST TON FRÈRE.
Des congrégations africaines autonomes,
pierres de fondation de nouvelles Églises
Dès les premières années de fondation de ses instituts missionnaires, Lavigerie définit l’objectif qu’il leur fixe :
Un texte fondateur où le Cardinal appelle ses disciples à apporter aux peuples d’Afrique, en même temps que la connaissance de Jésus-Christ, le bien-être spirituel, matériel, intellectuel et culturel qui pourrait leur permettre d’accéder à une véritable autonomie dans la foi. Ce projet n’évoque-t-il pas une dimension essentielle du développement intégral aujourd’hui recherché ? Ne se réalise-t-il pas à travers le développement de l’Église d’Afrique ? Le clergé diocésain et les religieuses diocésaines ou pontificales fondées par les Missionnaires d’Afrique ont pris le relais des missionnaires étrangers en acquérant leur autonomie par rapport aux Églises mères. L’histoire des débuts des congrégations féminines africaines, généralement fondées par l’Ordinaire du lieu, un MAfr, illustre bien la réalisation de l’objectif de notre Fondateur. Devenues missionnaires à leur tour, certaines de ces nouvelles congrégations sont sorties de leur pays d’origine et prolongent de cette manière le rêve de Lavigerie pour l’Afrique intérieure.
Une première congrégation
SISTERS OF OUR LADY, QUEEN OF AFRICA, Tanzania
C’est à Karema (Tanganyika) que, sur l’initiative des MAfr, bien secondés par les SMNDA, naît en 1903 une première congrégation africaine, les Srs de St-Pierre Claver, dont la formation sera confiée à nos sœurs. Celles-ci, arrivées à Karema en novembre 1894, ont été envoyées par Mère Marie-Salomé, en réponse à la demande de Mgr Livinhac, alors Supérieur général des MAfr, qui désirait leur présence. Comme les MAfr les avaient précédées, elles trouvent déjà une petite chrétienté consistante. Un vieux manuscrit rapporte que « deux jours après leur arrivée, plus de 200 petits enfants accourent pour la leçon de catéchisme… » Par la suite, « de nombreux malades viennent chaque jour au dispensaire… Les visites à domicile et les excursions s’organisent. » Les sœurs vont très vite accueillir des orphelines et des fillettes rachetées de l’esclavage. À partir de 1902, l’esclavage régressant peu à peu, les sœurs commencent à recevoir des fillettes libres nées de parents devenus chrétiens.
C’est parmi ces jeunes chrétiennes que vont apparaître les premiers signes de vocation à la vie religieuse. Mgr Lechaptois, Vicaire apostolique, entrevoit alors avec joie, la fondation d’une congrégation africaine dont les SMNDA assureront l’encadrement. Deux jeunes filles se présentent auxquelles se joint une jeune catéchumène baptisée par la suite, Unda, reine de l’Ufipa. À Noël 1903, un postulat est régulièrement établi, et les trois jeunes filles reçoivent un habit bleu. Elles seront assez vite rejointes par d’autres aspirantes. En 1907, sept jeunes filles commencent le noviciat. Les premières professions ont lieu un an plus tard en 1908, l’année même où la congrégation, longtemps connue sous le nom de « Sœurs Africaines de Karema », reçoit son titre actuel Sisters of Our Lady, Queen of Africa.
Dès leur première profession, trois jeunes professes sont envoyées à Zimba pour ouvrir un internat et un dispensaire. Comme les SMNDA, elles assurent l’entretien de l’église, visitent les familles et assurent le catéchisme. Une autre communauté est fondée en 1912, dans une succursale de la mission de Kirando. D’autres fondations suivront, dont une, en Zambie. Les premières professions perpétuelles ont lieu en 1931. En 1948, une première supérieure africaine est nommée pour la communauté de Ka-
ma. Approuvée par l’Église en 1949, la congrégation devient « congrégation diocésaine »,
ce qui est un signe d’autonomie. Les SMNDA vont être progressivement remplacées à partir de 1960, lorsque sont élues les premières conseillères. Dès 1963, c’est Mama Elisa qui devient maîtresse des novices. En 1966-67, le staff est complètement africanisé avec Sr Priska comme première supérieure générale africaine.
Une seconde congrégation
SŒURS BANNABIKIRA, Uganda
Elle se met en route en 1909 à Villa Maria (Ouganda), d’où elle se transportera plus tard à Bwanda. Mère Mechtilde, 1ère maîtresse des novices, en décrit bien les débuts. Lors de l’arrivée des SMNDA dans le pays en 1899, Mgr Streicher met à leur service quatre femmes chrétiennes. Il leur exprime un désir : « Nous ferons de ces femmes des catéchistes et des religieuses, s’il plaît à Dieu ». Tel est le point de départ de « l’œuvre des femmes catéchistes » qui allait devenir « la congrégation des sœurs africaines appelées ‘Filles de Marie’ et dans la langue du pays « Bannabikira »... « Nous les voyions alors empressées à nous rendre service… » Elles s’imposent discrètement des privations pour offrir aux sœurs une nourriture qui leur permet de reprendre les forces perdues pendant le long voyage par mer et par terre. Elles leur enseignent la langue du pays… Quelques mois après leur arrivée, les SMNDA ouvrent une école que vont fréquenter surtout des filles de chefs. « C’est de cette jeunesse que nous vinrent les nouvelles recrues. » En 1900, trois d’entre elles « sollicitèrent comme une faveur d’être admises à aider les sœurs dans leurs œuvres. »
Un règlement est alors composé, et les jeunes filles commencent un apprentissage de vie religieuse. Elles aident les SMNDA dans leurs activités, écoles, catéchisme, soins aux malades, ainsi que les MAfr pour l’éducation et l’instruction des néophytes et catéchumènes. L’une d’elles « ne se contente pas de l’éducation des jeunes enfants. Avec une rare sûreté de jugement et un tact parfait, elle se trouve partout où il y a du bien à faire… »
En 1908, les jeunes filles expriment le désir « d’être réunies entre elles et à l’œuvre commune par un lien religieux. » Mgr Streicher en choisit douze pour commencer un noviciat confié aux SMNDA. La première prise d’habit a lieu le 29 mars 1910, et le 3 décembre suivant, onze d’entre elles promettent à l’évêque chasteté et obéissance. Le but de la congrégation est précisé : « Sanctification personnelle, instruction religieuse et éducation chrétienne à donner aux enfants du Vicariat… » Dès 1915, c’est Mama Cæcilia qui devient maîtresse des novices.
L’autonomie des Bannabikira se poursuit peu à peu. En août 1925, 150 sœurs réunies à Bwanda, élisent 16 déléguées au premier Chapitre général de la Congrégation. Le 14 août, elles choisissent une Supérieure générale, Mama Cæcilia, et trois assistantes. En septembre suivant, arrive de Rome une nouvelle importante : la promesse faite à l’évêque est remplacée par des vœux de religion pour trois ans. La première profession a lieu le 7 juillet 1926. C’est
alors que les Bannabikira deviennent congrégation « diocésaine », avant d’accéder au rang de congrégation de droit pontifical en 1958.
La troisième congrégation
SŒURS BENEBIKIRA, Rwanda
Les débuts des Benebikira (Filles de la Vierge) se présentent difficiles. Pourtant, avant même l’arrivée des sœurs au Rwanda, le 13 mars 1909 à Issavi, (à présent Save), le Seigneur avait inspiré à quelques jeunes filles et veuves de se consacrer au service de leurs frères et sœurs dans le besoin. Formées par les sœurs, elles deviennent catéchistes, soignantes, mères pour les orphelins, conseillères et conciliatrices auprès des femmes. Certaines se sentent appelées à un don plus total encore. En 1911, se présentent les trois premières jeunes filles, et « c’est avec joie, lit-on dans un petit historique, que les sœurs accueillirent ces jeunes filles. »
En tant que Vicaire apostolique, Mgr Hirth, venu s’établir à Nyundo, exprime tout de suite son désir de voir commencer une congrégation locale : « Il revenait sans cesse sur la nécessité de cette œuvre », écrivent les sœurs. Il commence la construction d’un postulat à Nyundo. Mère Ignace de Loyola réunit une dizaine de jeunes filles et se mit de tout cœur à les former. Les gens de la région ne comprirent pas cette nouvelle forme de vie. Les premières postulantes persévéraient pendant plus d’un an, puis se décourageaient et rentraient chez elles.
En octobre 1913, Mère Ignace de Loyola quitte Nyundo pour la fondation de Rwaza. Bientôt quelques jeunes filles se présentaient en disant : « Nous voulons nous donner à Dieu comme vous. » Le Père Delmas, supérieur de la mission, voyait là une indication de la Providence et construisit une maison pour les recevoir. La maison est bénie le 2 février 1914, et le postulat commence. La première prise d’habit a lieu le 8 décembre 1916, suivie d’une première profession religieuse le 25 mars 1919. En décembre suivant, ce noviciat est transféré à Issavi. Le rapport annuel d’Issavi permet de constater que, en 1926-1927, cette « œuvre » est bien sous l’autorité directe du Vicaire apostolique. « L’œuvre des sœurs africaines n’a pas encore été bien réglée. Mgr le Vicaire apostolique n’avait donné jusqu’à présent que des indications. Maintenant, il vient d’apporter des modifications dans la manière d’agir vis-à-vis des postulantes et des sœurs africaines dans les missions. Les sœurs africaines ont maintenant un supérieur… »
L’autonomie n’est donc pas encore acquise. Ses premiers signes remontent à 1935-1936, lorsque l’œuvre devient Congrégation de droit diocésain. Elle grandit lorsque, en 1943, Sr Ste Begge, une SMNDA, devient Supérieure déléguée du Vicaire apostolique. Elle est acquise en 1953, lorsque le premier chapitre convoqué par le Vicaire apostolique élit Mère Tereza et 4 conseillères. Le but de la congrégation est alors bien défini : « Aider le clergé dans l’apostolat missionnaire sous la dépendance de l’Ordinaire du lieu ».
Au cours des années, d’autres fondations suivront dans les diverses régions confiées à l’autorité des MAfr. Partout, la formation des nouveaux membres et les premiers encadrements seront confiés aux SMNDA. Dans un premier temps, ces fondations se situent en Afrique Équatoriale et Centrale. À partir de 1934, le mouvement s’étend à l’Afrique Occidentale. En tout, Les SMNDA ont collaboré à la formation et au développement de 22 familles religieuses : 4 en Tanzanie ; 2 en Ouganda ; 3 en Zambie dont 1 Institut Séculier ; 1 au Kenya ; 1 au Malawi ; 3 au Congo ; 2 au Rwanda ; 1 au Burundi ; 3 au Burkina Faso ; 1 au Mali ; 1 au Ghana.
Bien plus, depuis un certain nombre d’années, ce sont souvent des membres de ces congrégations qui succèdent à des communautés SMNDA et prennent le relais de nos œuvres auxquelles elles peuvent donner leur dimension totalement africaine. C’est ainsi que se réalise le rêve du Cardinal Lavigerie : « Les Missionnaires devront être surtout des initiateurs, mais l’œuvre durable doit être accomplie par les Africains eux-mêmes devenus chrétiens et apôtres.
Lucie Pruvost


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La vie se partage
La grâce d’être reliées à notre passé
En avril, j’ai reçu un coup de téléphone de la Supérieure générale des Sœurs de l’Assomption de Nairobi (ASN), Sr Gacambi. Dans peu de jours, me dit-elle, leur 7ème Chapitre général allait commencer, et elles n’avaient pas de secrétaire. D’une certaine façon, je sentais que je ne pouvais pas dire « non ». Et c’est ainsi que j’ai passé deux semaines dans un centre de retraite ASN où le Chapitre avait lieu. J’avais pour tâche de prendre des notes au cours des séances du Chapitre.
Mais j’ai aussi « pris note » de notre passé commun, lorsque les SMNDA étaient engagées dans la formation des ASN. Le souvenir de beaucoup de SMNDA reste bien vivant. Ainsi de notre Sœur Cecilia Commissariat (Cecilia-Mary) décédée durant le Chapitre.
Bien plus qu’au cours des derniers douze mois, j’ai aussi noté la réalité du Kenya. Beaucoup de familles ont souffert durant les violences post-électorales. Certaines font encore partie des personnes déplacées à l’intérieur du pays avec peu de perspectives d’être aidées ou même de retrouver leurs maisons. Les grands titres des journaux se sont « incarnés ».
Dernier point mais non moins important, j’ai pris note aussi des difficultés et des joies que pouvait vivre une congrégation que nous avions aidée dans sa fondation et sa formation. Inculturer la vie religieuse, où et comment ?
C’est ainsi que la demande dérangeante de donner un coup de main à leur Chapitre s’est transformée en un temps de grâce, permettant de se remettre en liaison avec notre passé commun.
Gisela Schreyer, Nairobi, Kenya


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La rubrique « REGARDS CROISÉS » revient pour la seconde fois cette année. Le thème choisi est présenté ici par le Père Serge Traore, MAfr. Un appel à grandir en humanité et à transformer notre cœur d’apôtre !
Comment la rencontre de l'autre,
différent par sa culture et sa religion, m’enrichit-elle ?
Écoute ! Un petit mot utilisé à longueur de journée par tout le monde ! Umva (kinyarwanda) ! Listen (anglais) ! Écoute (français) ! Sikia (kiswahili) ! Le mot dans plusieurs langues exprime toujours un désir profond d’être écouté, compris, accepté, accueilli tel que je suis. La beauté de la rencontre de l’autre est de vivre l’écoute. Et ce n’est pas facile. J’ai souvent envie de parler, de réagir, d’expliquer, de discuter, de défendre… et pourtant, il faut laisser parler l’autre jusqu’au bout. Après avoir tant étudié, j’apprends comment me vider de mes connaissances et surtout de moi-même pour écouter Dieu à travers les autres. La parole de Dieu à Job me revient toujours à l’esprit : « Sois attentif, Job, écoute-moi bien : tais-toi, j’ai encore à parler” (Jb 33, 31).
Qui donc est ce Dieu ? En écoutant l’autre, je me rends compte que « Dieu est plus grand que notre cœur et il discerne tout » (1 Jn 3,20). J’ai parfois l’impression de ne pas le connaître. Une sorte de soif de le connaître davantage me prend : « Comme une biche se tourne vers les cours d'eau, ainsi mon âme se tourne vers toi, mon Dieu. J'ai soif de Dieu, du Dieu vivant; quand pourrai-je entrer et paraître face à Dieu ? » (Ps 42,2-3) En découvrant la vie de ces hommes et femmes d’autres traditions religieuses, je suis surpris par ce Dieu à l’œuvre dans leur vie. Qui donc est ce Dieu ? J’ai vécu trois jours dans la maison du pasteur Daniel, presbytérien, marié à Dina, et ayant trois magnifiques filles ! Au soir d’une rencontre pleine de paroles, de regards, de repas partagés, dans le silence de la nuit, avant de fermer l’œil, je ne peux m’empêcher de revivre ces moments de rencontre si intenses. Je soupire d’émerveillement. L’expérience de Pierre devient la mienne : « Alors Pierre ouvrit la bouche et dit: ‘Je me rends compte en vérité que Dieu est impartial, et qu'en toute nation, quiconque le craint et pratique la justice trouve accueil auprès de lui’ » (Ac 10,34-35). Qui donc est Dieu ? L’expérience du prophète Élie me vient comme un flash. Sur le mont Horeb, il fait l’expérience extraordinaire de la présence de Dieu comme « le bruissement d'un souffle ténu. Alors, en l'entendant, Élie se voila le visage avec son manteau » (1 R 19,12-13). Que c’est beau ! Dieu est présent dans ce silence intense, « le bruissement d’un souffle ténu » dans la vie du Révérend Daniel, de El hajj Sudi…
La douceur du cœur ! Parler à l’autre n’a jamais été facile. Comment transmettre à l’autre des convictions personnelles profondes sans blesser ou frustrer ? Comment corriger les préjugés que l’autre a de moi sans le combattre ? Il n’y a qu’une seule voie réelle et efficace : « la douceur du cœur ». Le Christ avait raison : « Heureux les doux, car ils auront la terre en partage » (Mt 5,4). Toute rencontre avec l’autre différent de moi a toujours été un exercice de « douceur de cœur », et pour y arriver, j’ai toujours à l’esprit le conseil de l’apôtre Paul : « Au reste, frères, tout ce qu'il y a de vrai, de noble, de juste, de pur, digne d'être aimé, d'être honoré, ce qui s'appelle vertu, ce qui mérite l'éloge, tout cela, portez-le à votre actif » (Ph 4,8).
Quand Sudi m’appelle pour me demander à quelle heure je vais partir pour le séminaire islamo-chrétien et me dire qu’il voudrait qu’on voyage ensemble, je ne peux que m’émerveiller ! Ainsi, nous prenons le bus ensemble, et le trajet devient une expérience d’écoute et de paroles. Comme Jésus qui s’est émerveillé de la foi du centurion romain (Mt 8,9), moi aussi je découvre du vrai, du noble, du juste, du pur, du digne d'être aimé, d'être honoré, ce qui s'appelle vertu, ce qui mérite l'éloge, dans la vie de ces hommes, femmes, enfants d’autres traditions religieuses. Cela me laisse sans paroles, mais avec un cœur qui bat.
Saint François a raison : « Le monde des hommes est un immense champ de lutte pour la richesse et la puissance. Et trop de souffrances et d’atrocités leur cachent le visage de Dieu. Il ne faut surtout pas qu’en allant vers eux, nous leur apparaissions comme une nouvelle espèce de compétiteurs. Nous devons être au milieu d’eux les témoins pacifiés du Tout-Puissant, des hommes sans convoitises et sans mépris, capables de devenir réellement leurs amis. C’est notre amitié qu’ils attendent, une amitié qui leur fasse sentir qu’ils sont aimés de Dieu et sauvés en Jésus-Christ » (E. Leclerc, Sagesse d’un pauvre, p. 139).
Et enfin une compassion sans limite ! Au Rwanda, je passe des heures à écouter ces personnes meurtries par une histoire de souffrance, de violence, de guerre et de génocide. Pastorale d’écoute et de prière ! À un ami musulman, je racontais comment se déroule cette pastorale. Et soudain, il s’ouvrit à moi. Pris entre le désir de l’écouter avec son histoire de souffrance et la pensée de le référer à un Scheik, son père spirituel musulman, je n’eus pas le temps
de décider. Il s’ « épanchait » déjà comme pour me dire « c’est l'excès de mes soucis et de mon chagrin qui m'a fait parler jusqu'ici » (1 S 1,15-16). Une compassion sans limite ! Que faire ? Écouter. Mais il y avait plus : pleurer. J’ai été tellement ému pas son histoire de souffrance que mes larmes ont suivi les siennes. Était-ce un embarras ? Non ! Je comprenais la force de Dieu : « Lorsqu'il les vit se lamenter, elle et les Juifs qui l'accompagnaient, Jésus frémit intérieurement et se troubla » (Jn 11,33).
Telle est la force de la compassion : frémir et se troubler devant la souffrance de l’autre. Les mots ne sont plus importants. Je ne savais que dire. Mais l’histoire d’Agar et Ismaël me vint en tête. Dans le désert, devant les derniers soupirs de son fils, Dieu ne lui demanda qu’une seule chose : « Lève-toi! Relève l'enfant et tiens-le par la main » (Gn 21,18). L’eau et la nourriture suivront. Pour le moment, seule la main dans la main de l’enfant le fera vivre. Je n’oublierai jamais cette main dans la main de cet homme. On pouvait entendre “le bruissement du souffle ténu”, « qui ne fait pas de différence entre les hommes et qu'en toute nation, quiconque le craint et pratique la justice trouve accueil auprès de lui ». Que je suis heureux d’aimer un tel Dieu !
Serge Moussa Traore, MAfr., Burkinabè


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Savez-vous que ?
Une Conférence mondiale
sur le dialogue interreligieux
En juillet 2008, la Ligue Islamique mondiale a organisé à Madrid une Conférence Mondiale sur le Dialogue interreligieux. Le Cardinal Tauran, Président du Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux y a participé en tant qu’invité. A son retour, il a déclaré à l’Osservatore Romano. « Il ne faut jamais donner l’impression ou penser qu’au fond toutes les religions se ressemblent ou qu’elles sont plus ou moins la même chose. Non. Chaque religion a sa spécificité. Ce que nous disons c’est que tous les croyants, tous ceux qui sont en quête de Dieu ont la même dignité et c’est pour cela qu’ils doivent être respectés. Non parce que leur religion est vraie ou fausse, mais parce que ce sont des personnes humaines. »
Quelques principes
La conférence s’est terminée en adoptant QUELQUES PRINCIPES publiés dans la «Déclaration de Madrid ». Citons entre autres :
- L’unicité de l’origine des hommes et leur égalité dans la dignité humaine malgré les différences de couleurs, d’ethnies et de cultures.
- La diversité des cultures et des civilisations parmi les hommes est un des miracles de Dieu et un moyen de progrès et de prospérité pour l’humanité.
- Les religions révélées ont pour but la réalisation de l’obéissance des hommes à leur Créateur… Elles visent à renforcer les moyens de l’entente et de la coexistence entre les peuples en dépit de leurs différences.
- La famille est la base de la société et constitue sa pierre angulaire. Sa protection et sa préservation des dislocations sont les fondements de toute société sûre et stable.
- La préservation de l’environnement et de la nature et leur protection des dangers environnementaux, constituent un objectif fondamental, commun aux religions et aux cultures.
Recommandations
Le document final formule aussi quelques RECOMMANDATIONS :
- Lutter contre les théories qui considèrent inéluctable le choc des civilisations et des cultures…
- Renforcer les valeurs humaines communes…
- Diffuser la culture de la tolérance et de la compréhension mutuelle par le dialogue, afin qu’elle devienne un cadre pour les relations internationales…
- Travailler à la publication d’un document de la part des organisations internationales officielles et populaires comportant le respect des religions et de leurs symboles…
Osservatore Romano


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Drames de l’immigration : le pape demande un dialogue euro-africain
Certains pays européens ont une attitude de plus en plus restrictive par rapport au drame des immigrés clandestins de diverses origines, des Africains notamment. Ceux-ci, piégés par des passeurs malhonnêtes, traversent la Méditerranée sur des bateaux surchargés. C’est pour lutter contre les diverses formes « d’immigration non voulue », que ces pays prennent des lois qui font de cette immigration un délit pénal et punissent les immigrés de fortes amendes et même de prison. Les médecins, associations ou autres personnes qui leur viennent en aide d’une manière ou d’une autre sont poursuivies pour complicité et risquent, eux aussi, amendes et prison. Les défenseurs des droits humains parlent à ce sujet de « délit de solidarité ».
Le dimanche des Rameaux 5 avril 2009, devant près de 100.000 fidèles massés sur la Place St- Pierre, Benoît XVI s’est exprimé d’une manière vigoureuse contre ces mesures. Il a appelé à un dialogue entre l’Union européenne et les États africains pour mettre en place au plus vite des stratégies coordonnées sur ce sujet très préoccupant. Il a évoqué entre autres, le récent naufrage survenu au large de la Libye, d’une embarcation de fortune qui se dirigeait vers les côtes italiennes. Ce naufrage avait fait au moins 21 morts et 200 disparus.
À partir d’avril, plusieurs bateaux surchargés de nouveaux immigrés, en route pour l’Italie, ont été rattrapés dans les eaux internationales et contraints de repartir vers la Libye, sans qu’aucune mesure humanitaire n’ait été prise vis-à-vis d’eux. Or il se trouve que ces bateaux ont souvent à leur bord des malades ayant besoin de soins, des réfugiés politiques, etc. Ces faits ont soulevé la réprobation de l’Église, du HCR (Haut Commissariat pour les Réfugiés) et d’une grande partie de la classe politique italienne. Selon les chiffres publiés par l’Organisation internationale des migrations, au cours des dix dernières années, 13.000 corps ont été récupérés en Méditerranée.
D’après Internet
Libye: 21 morts, plus de 200 disparus
dans le naufrage
d'un bateau d'émigrés
Le naufrage d'une embarcation chargée d'émigrés clandestins en route pour l'Europe, le 29 mars 2009, au large de la Libye, a fait 21 morts et plus de 200 disparus, a déclaré mardi le chef de mission de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) à Tripoli.


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Partage Trentaprile est publié 5 fois par an par les Sœurs Missionnaires de Notre Dame d'Afrique,
Viale Trenta Aprile, 15 - 00153 Rome, Italy -
Courriel: partage.trentaprile@msolafrica.org; pruvostlucie@hotmail.com
Comité de rédaction: Chantal Vankalck (G.C.), Lucie Pruvost (Editrice), Madeleine Bédard (mise en page et impression), Hildegunde Schmidt (archiviste) - Traductions: Doris Gastonguay, Maria Pouliot, Père Joseph Hebert, MAfr., Lucie Pruvost et Hildegunde Schmidt - Expédition: Nicole Robion
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