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Lettre de
nouvelles des
Sœurs Missionnaires de Notre Dame
d'Afrique
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« Façonnées par un mouvement d’Église ! »

n° 2 Mai 2010
 
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Sommaire

Editorial: Lucie Pruvost

« Façonnées par un mouvement d’Église ! »

1. Equipes Notre Dame-Une spiritualité de couple, Amalia Garcia
2. Un mouvement féminin inculturé, Lucette Guy
3. Kizito-Anuarite en R.D. Congo, Tina Anthonissen
4. Tu gagneras la confiance des tiens ! Andrée Geoffroy
5. De mère en fille- impact de la Ruche, Françoise Dillies
6. Moi, Florence, ancienne Anuarite, Florence Mwamba
7. « La Ruche de Kabylie » Une  SMNDA se souvient, Madeleine Côté et Monique Racine


Regards Croisés

1. Une relation de collaboration qui grandit depuis 130 ans, GiC.G. MAfr/ SMNDA
2. Même monde et même vision, Communautés MAfr et  SMNDA, Tandale
3. Une seule et même famille, Patricia Massart

Meditation

Développer une mentalité écologique, Thérèse Gravel

Equipe de rédaction

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Editorial

      Lancés bien avant les Objectifs du Millénaire pour le développement, les mouvements de jeunesse fondés en Afrique par MAFR et SMNDA participent à leur manière au développement humain et spirituel du continent qui leur est cher. Ne se préoccupent-ils pas, comme les Objectifs 2 et 3 fixés en l’an 2000 par l’ONU, d’assurer l’éducation de base pour tous et de promouvoir l’égalité et l’autonomisation des femmes d’Afrique ?

      Le Dossier de ce numéro de Partage est précisément consacré à cet aspect particulier de notre mission auprès des jeunes et des moins jeunes qui, laïques africaines aussi bien que religieuses, ont été « façonnées par un mouvement d’Église », qu’elles en aient été animatrices ou membres. Le premier texte rapporte l’expérience d’une accompagnatrice des Équipes Notre-Dame, mouvement inspiré de l’Action catholique et introduit en Afrique par les disciples de Lavigerie.

      Les autres textes relèvent d’un registre un peu différent. Plusieurs SMNDA, inspirées par la pédagogie du scoutisme féminin, ont été au point de départ de mouvements adaptés aux cultures, sociétés et religions aussi bien chrétiennes que musulmanes. Elles ont contribué ainsi à la formation de formateurs, au développement et à la diffusion de valeurs universelles comme l’amour du prochain, le respect de l’autre, la loyauté, le désir de servir, etc. Tel est bien le cas pour la Ruche de Kabylie. Lancée en Algérie vers 1940, la Ruche a su intégrer le meilleur du respect observé dans les familles pour cette structure connue pour son organisation sociale très avancée. Plusieurs articles de ce dossier présentent cette forme d’inculturation respectueuse de la foi musulmane de ses membres. Bien qu’il n’en soit pas question dans ce numéro, il est bon de rappeler qu’une « Section indigène de la Croix-Rouge de la Jeunesse », fondée par des SMNDA vers la même époque pour réunir des fillettes de la Casbah d’Alger, s’inspire du même esprit de service.                  

   C’est à l’intérieur de l’Église et dans une perspective analogue, que sont nés vers 1970, au Congo, les groupes Kizito/Anuarite, inspirés à la fois du scoutisme et du mouvement eucharistique des jeunes. Si l’un des deux textes qui en parlent raconte l’expérience d’une animatrice, l’autre témoigne de l’impact du mouvement sur la vocation de son auteure.

      Regards croisés, cette rubrique, ouverte deux fois par an depuis 2008, témoigne d’un autre aspect de notre vie au service de l’Afrique : la relation de collaboration instaurée entre MAFR et SMNDA, qui confirme notre appartenance commune à un même projet apostolique. La rubrique s’étoffe aujourd’hui, puisque Partage  et Le Petit Écho présentent tous les deux les mêmes textes. Le premier, composé par les deux supérieurs généraux de nos instituts respectifs, dit comment cette collaboration s’est développée au cours de ces dernières années. Le deuxième né de l’expérience de deux communautés, MAFR et SMNDA, évalue un ministère pastoral mené en commun dans une paroisse de Tanzanie. Le troisième enfin rapporte une collaboration à la fois ancienne et actuelle, avec ses lumières et parfois ses aléas.

      Nous sommes toutes plongées dans la préparation du prochain Chapitre général dont le thème a des résonances écologiques : « La création réconciliée que Dieu-Amour prépare : quel incroyable défi ! » Un thème qui a aussi quelque chose à voir avec l’Objectif n° 8 du Millénaire : « Assurer un environnement durable » et qui a déjà suscité parmi nous diverses Méditations. L’une d’elles a été communiquée à Partage,  qui a le plaisir de l’offrir à votre lecture.

      Vous trouverez aussi, comme à l’accoutumé, diverses Communications du Conseil général ou du secrétariat qui vous permettront entre autres, de mettre vos documents à jour et de porter dans votre prière ceux et celles de nos familles et de nos instituts qui sont « Entrés dans la vie ».

      Ce numéro de Partage vous rejoindra peu de temps avant la période des vacances et congés pour beaucoup d’entre nous, peut-être aussi d’une nouvelle obédience pour certaines. Soyez assurées de l’amitié fraternelle de tous ceux et celles qui ont participé à son élaboration.

Lucie Pruvost

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  « Façonnées par un mouvement d’Église ! »

LES ÉQUIPES NOTRE-DAME, UNE SPIRITUALITÉ DE COUPLE

      C’est à la demande de quelques jeunes couples et avec leur participation active que, dans les années 1939-40, l’Abbé Henry Caffarel fonde à Paris les Équipes Notre-Dame (END). Ensemble, ils posent les bases d’une spiritualité de couple. Une nouveauté pour une époque où la spiritualité était considérée comme la spécialité des religieux, célibataires - les couples mariés semblant  en être exclus. Caffarel va baser la réflexion sur le lien étroit qui existe entre l’amour de Dieu et l’amour humain. La guerre terminée, en 1947, les Équipes commencent à se multiplier. En 1969, le mouvement reçoit la reconnaissance officielle de l’Église. Aujourd’hui, les END sont présentes dans 50 pays à travers les cinq continents rassemblant environ 58.600 couples.

Objectif

Les Équipes ont pour objectif d’aider les couples à découvrir les richesses du sacrement de mariage et à vivre la spiritualité conjugale, en communion avec d’autres couples qui ont le même idéal. Ces couples se proposent d’être fidèles aux promesses du baptême, de mettre Jésus-Christ au cœur de leur vie, de témoigner de l’amour de Dieu et des valeurs chrétiennes, et de rechercher la sainteté, personnellement, en couple et en équipe de couples. Une équipe est composée de 5 à 8 couples et se réunit une fois par mois. Les équipes se retrouvent en secteur une fois par trimestre et en assemblée générale trois ou quatre fois par an.

Points forts et engagements

Les points forts des END sont l’écoute assidue et régulière de la Parole de Dieu, l’oraison personnelle, en couple et en famille, le dialogue conjugal ou « devoir de s’asseoir », la règle de vie, une retraite annuelle de 48 heures minimum. Leur première mission est de témoigner de l’amour de Dieu à travers leur amour mutuel. À  partir de l’expérience vécue de leur amour en couple, ils découvrent l’amour de Dieu, sa fidélité, son désir de les voir heureux. Sans cette double dimension, leur amour serait comme mutilé.

      Les membres du mouvement s’engagent dans divers domaines : catéchèse, Caritas, animation des communautés chrétiennes, principalement dans tout ce qui regarde la pastorale de la famille, ainsi que la préparation au mariage...

Ombres et lumières

Ces objectifs se réalisent à travers ombres et lumières. Les ombres ? Normalement, c’est toujours en couple que l’on participe à la réunion. Au Congo, malheureusement, à cause des difficultés à survivre ces dernières années, il est souvent arrivé que le mari ou la femme se trouve en voyage et ne puisse pas être présent à la réunion. Par ailleurs, le « devoir de s’asseoir » ou « dialogue conjugal » est l’un des points forts des END, un point très important pour les époux. C’est le temps que le couple se donne pour se mettre en vérité devant le Seigneur, pour se dire ce qui, dans leur vie d’amour, avance ou recule. Ils relisent leur vie, font des projets pour réaliser l’idéal fixé. Mais ce « devoir » n’est pas toujours facile à réaliser. Au Congo, il est difficile pour un certain nombre de couples d’entrer en profondeur dans ce dialogue conjugal.

      Mais il y a aussi des lumières. La réunion d’équipe se passe dans une grande franchise. Elle permet un dialogue profond sur la vie des couples, leur foi, leur engagement. Ils peuvent ainsi développer entre eux fraternité et solidarité. En Afrique, le mouvement est une chance pour les femmes. Elles peuvent dialoguer avec leur mari sur un pied d'égalité et s’appuyer sur le groupe pour dire ce qu’elles pensent. Les enfants sont souvent bien suivis et grandissent dans une atmosphère d’amour et de respect.

Mon engagement

Moi-même, j’ai commencé à accompagner deux équipes de base à Kalemie, au Congo, en 1988. Comme accompagnatrice spirituelle, j’avais plusieurs tâches : préparer la rencontre de l’équipe  avec le couple responsable et le couple désigné pour donner le thème ; faire la synthèse du partage d’Évangile au cours de la réunion ; être disponible au couple désirant me parler. Pendant de longues années, j’ai fait partie des animateurs de la retraite annuelle. De 2002 à 2007, date à laquelle notre communauté a quitté Kalemie, j’ai assumé la responsabilité de conseillère pour tout un secteur comprenant neuf équipes de base, car je suis pleinement convaincue des valeurs de la famille chrétienne, pour le couple lui-même, pour les enfants et pour la société.
 
J’ai retrouvé les END à Málaga où existent 82 équipes. Les couples m’ont demandé de donner mon témoignage missionnaire, et j’ai été heureuse de leur parler. Maintenant, je continue avec eux dans des rencontres ponctuelles.

En conclusion

Je voudrais conclure par trois mots qui qualifient les Équipes Notre-Dame :

Un projet : Vivre les richesses du sacrement de mariage pour mieux répondre en couple à l'appel du Seigneur « Viens et suis-moi » (Mt 19, 21).
Un visage : Réunis au nom du Christ, en communion avec l’Église, témoins pour le monde : « Que tous soient un afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 21).
Un chemin : Progresser dans l’amour, la charité fraternelle, la lecture de la Parole de Dieu : « Je suis le chemin » (Jn 14, 6).

Amalia García Mendoza, Nueva Málaga, Espagne

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UN MOUVEMENT FÉMININ  INCULTURÉ

      La Ruche de Kabylie a été fondée par des SMNDA comme un mouvement de jeunesse destiné à réunir des adolescentes et des jeunes filles de Kabylie dans le respect de leur foi musulmane et des traditions de leur pays. Ce n’est donc pas à proprement parler un « mouvement d’Église », mais plutôt un mouvement de formation humaine au sens plein du terme. Une SMNDA dit comment elle a vécu sa participation à La Ruche.

Genèse de la Ruche

Voici comment des notes d’archives SMNDA en  présentent les débuts :

      « La Ruche est née d’un besoin vivement ressenti par l’une de nos sœurs, Sœur Régis (Yvonne Le Pennec), alors régionale de Kabylie et supérieure de la communauté d’Oued Aïssi, fin 1937, et par les sœurs profondément missionnaires, chargées d’écoles de filles dans cette même région… À cette époque, les enfants quittent l’école à 11, 12, 13 ans, trop jeunes de toute façon pour être marquées pour la vie qui les attend. Pour les jeunes filles, dans ces années, l’instruction et l’éducation ne semblaient pas importantes, ni prioritaires. Pourtant, dans cette société kabyle si bien structurée, la femme tient une place de choix, même si cette place est obscure et semble de second plan par rapport à celle de l’homme. 

      Plusieurs sœurs souhaitent donc s’inspirer de l’expérience du scoutisme et faire surgir en Kabylie un mouvement féminin, bien adapté au milieu, « inculturé » et capable de répondre aux besoins ressentis, un mouvement assez épanouissant, assez pratique, avec comme modèle ‘vivant’ l’Abeille, si connue et si prisée dans le pays. Nous essayions alors de développer l’initiative, la personnalité, avec des occasions de pratiquer la B. A. (Bonne Action prônée par Baden Powell). »

Ce que j’ai reçu de mon insertion dans cette « Ruche » 

   Ma réponse sera forcément partiale, partielle et limitée, et serait à insérer dans tout un ensemble d’expériences vécues par nos sœurs en Kabylie, essais d’inculturation,  reconnaissance de valeurs, etc. Avant d’entrer chez les SMNDA, il m’a été proposé de passer  un temps en Kabylie, pour tester ma santé. C’était en 1956, pendant la guerre d’Algérie. Je suis donc arrivée à Tizi-Ouzou, où j’ai ensuite été nommée en 1960, après notre année internationale de Sainte-Marie. Là, de suite, il m’a été proposé de travailler avec les jeunes de la Ruche. Je me suis donc imprégnée moi aussi de cet esprit de respect et d’initiative auxquels Sœur Thérèse d’Alençon (Marie-Thérèse Biner), missionnaire dans tout son être, voulait m’initier. Elle le fit en m’inculquant la compréhension du milieu, de la religion, des traditions. Je lui dois beaucoup et, grâce à elle, j’ai pu mieux comprendre ce que demandait le respect de l’autre, de tout autre, surtout en cette période de Guerre d’Indépendance.

Divers apprentissages

      La formation des jeunes se faisait à travers divers apprentissages : couture, broderie, tricot, puériculture, etc. Des matières tellement formatrices et pratiques, qui ont façonné des générations d’Abeilles ! Il y avait aussi les colonies de vacances, les camps pour adolescentes, les excursions et rencontres entre jeunes de villages différents. Des temps de formation dans la détente et l’effort, car la montagne du Djurjura est une bonne école d’endurance et de « grimpettes ». À  Tizi-Ouzou, se trouvait, entre bien d’autres, une préadolescente assez difficile de caractère. J’ai eu parfois du mal à accepter des résistances de sa part, sans doute parce que déjà des liens affectifs se créaient entre nous. Maintenant, c’est une de mes grandes amies. La vie nous a fait avancer au-delà des saillies de caractère. De toutes façons, je suis convaincue que ce sont les « ados » les plus difficiles qui deviennent de fortes personnalités et qui sont capables de faire de leur vie une œuvre d’art.

Des liens toujours vivants

Je me souviens d’une phrase de l’une de nos responsables, à propos des jeunes filles ou femmes que nous rencontrions : « Nous ne devons pas vouloir aller plus vite que les Algériennes elles-mêmes dans leur volonté d’émancipation, de libération. » Toute ma vie en a été imprégnée, et je continue à croire au respect du cheminement de chacune, suivant son milieu familial et social. Bien sûr, je ne peux citer tous les témoignages reçus, au fil des ans, mais je crois pouvoir attester combien ces nombreuses années m’ont marquée et ont marqué les jeunes que j’ai pu accompagner. Ces liens sont toujours vivants, ineffaçables et se manifestent bien souvent, à l’occasion de fêtes, de deuils.

      La plupart de ces jeunes sont maintenant mariées, menant leur barque avec détermination, parfois expatriées. Internet permet de garder contact, et les adresses se transmettent, permettant de suivre le cheminement de beaucoup d’entre elles, ce qui fait leur vie familiale et sociale, selon le milieu où elles sont insérées. Quelles gratifications me sont données et me dépassent tellement ! L’empreinte de Dieu est omniprésente ! Maintes fois, j’ai remercié Dieu et je continue à le faire devant tant de manifestations de Son action, devant les cheminements d’anciennes de la Ruche.

Défis de la rencontre avec l’autre différent

      Et pourtant, je crois que, plus les années ont passé, plus ma présence en Algérie a été longue, plus je me sens « étrangère » à ce monde si différent, que ce soit sur le plan religieux ou sur le plan humain et social. Nos valeurs diffèrent, certes : nous avons toujours à apprendre ce qu’est l’hospitalité, la relation humaine. Notre foi est continuellement confrontée à la foi de l’autre : prononcer seulement le mot « Dieu » porte à confusion : derrière ce mot, il n’y a pas la même expérience, la même croyance. Défi du silence, des limites de notre langage. Ce qui ne signifie pas un manque d’interrogation de part et d’autre. Il m’est arrivé maintes fois d’être interpellée par l’une ou l’autre, par des fils, des maris… joie profonde de l’échange, de la confiance !

      Ce passage à Tizi-Ouzou a forgé toute mon existence et ma conception du service, quelles qu’elles soient. En particulier, ce temps auprès de jeunes de la Ruche m’a fortement marquée et façonnée ; des liens forts et fidèles se sont tissés. L’apprivoisement de nos singularités réciproques a grandi. C’est là, je crois, que, spontanément, j’ai réellement commencé à vouloir respecter l’autre dans sa différence et sa richesse, respect sans lequel nous ne pouvons mériter la confiance qui nous est manifestée.

Lucette Guy, Marseille, France

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LES KIZITO-ANUARITE EN R. D. CONGO

1. Genèse de deux groupes adaptés aux jeunes chrétiens du Congo : Anuarite et Kizito

      Le Groupe Anuarite

      Les années 1972-1973 furent catastrophiques pour la jeunesse congolaise en général, et pour celle du diocèse de Kalemie-Kirungu en particulier. Les mouvements de jeunesse furent complètement abolis et les cours de religion supprimés dans toutes les écoles. Cette situation eut pour conséquence une perte considérable pour l’éducation intégrale de nos jeunes. Chaque dimanche après la messe, une jeune fille dévouée, Mlle Tabu Amisa Marguerite, catéchiste dans la paroisse du Christ-Roi (Kalemie), rassemblait les enfants sous les manguiers afin de leur donner un peu de joie et de détente par des danses et des jeux.

      En 1977, Marguerite m’a demandé de lui venir en aide afin de structurer et étoffer ces rencontres. Comme j’avais toujours été engagée dans le mouvement Chiro (mouvement chrétien de jeunes, fondé en Belgique) et la Croisade eucharistique, j’avais des atouts pour lancer un nouveau mouvement, non seulement pour des jeux et des danses, mais surtout pour parachever l’éducation chrétienne des enfants et des jeunes filles, qui manifestait des lacunes. Ce groupe fut placé sous le patronage de Sr Marie-Clémentine Anuarite Nengapeta, martyre du Congo, tuée par les rebelles le 1er décembre 1964 à Isiro, en République Démocratique du  Congo.

      Le Groupe Kizito

      Le Groupe  Kizito pour les garçons est né sous l’impulsion du Père André Thijs, MAfr. Ce dernier avait déjà l’habitude de choisir les « Kizito » parmi les acolytes de la paroisse de Kifungo, Kalemie. Quand, le 9 avril 1979, Mgr André Kaseba fut nommé évêque du diocèse de Kalemie-Kirungu, il prit le mouvement à cœur. Pour en permettre la bonne marche, il nomma le Père Thijs aumônier diocésain, et moi comme conseillère. Il approuva la Règle de vie qui avait fait son expérience.

D’où vient le nom « Kizito » ? C’est celui de l’un des jeunes gens du groupe des Martyrs de l’Ouganda, brûlés vifs en 1886 à cause de leur foi.

2. But et différents engagements

      Il s’agit de former la conscience des enfants, des jeunes et des adolescents, leur faire découvrir le sens profond de leur vie, la joie de vivre et leur vocation de chrétiens engagés. Nous envisageons donc l’éducation intégrale et la formation de l’enfant, garçon, fille, en tant que jeune chrétien(ne) et jeune Congolais(e) de la manière suivante :

  • Les aider à être fidèles à leur engagement baptismal en leur assurant une formation spirituelle
  • Les aider à assumer pleinement leurs responsabilités dans leur milieu de vie et de travail
  • Les aider à respecter toute autorité, aussi bien familiale qu’ecclésiale, politique et administrative
  • Les orienter vers un engagement effectif envers les autres, pauvres, vieillards, malades, enfants et une implication dans les actions paroissiales de développement
  • Procurer aux enfants et aux jeunes une détente bienfaisante par des jeux, chants, danses et camps : la détente vise le respect et l’amour des autres.

      Les jeunes s’engagent à participer aux différentes rencontres du mouvement dans leur secteur, acolytat, chorale, visites aux malades et aux démunis. Ils s’engagent aussi dans ce qui concerne les soins de l’église, l’entretien de la parcelle, la sacristie et dans la préparation et l’encadrement des diverses manifestations diocésaines.

      Les temps forts de cette formation se vivent au cours de quatre camps constituant chacun une étape selon les thèmes suivants :

  • Grandir avec le Christ : porter l’attention sur l’approfondissement de la vie chrétienne
  • Chemin du Bonheur : aider les jeunes à découvrir leur vocation
  • Vivre du Christ : mieux connaître la Parole et différentes manières de l’exprimer et de la vivre dans la prière
  • Témoigner du Christ : porter l’attention à l’engagement effectif dans son milieu de vie et de travail.

      Ces quatre camps, les célébrations eucharistiques hebdomadaires, les réunions de préparation, ainsi que récollections et autres activités du mouvement furent accompagnés et animés également par les MAfr.

3. Mon rôle dans le mouvement Kizito-Anuarite

      Dans ce mouvement, je suis appelée à diverses tâches :

  • Créer des structures qui facilitent la réalisation de l’idéal du mouvement
  • Organiser les différentes rencontres et réunions des groupes du dimanche, les récollections et autres responsabilités dans la paroisse
  • Préparer et animer les camps de formation pour les chefs et cheftaines du mouvement
  • Visiter les groupes dans les différentes paroisses et les camps de détente.

4. Influences du mouvement dans le milieu

      Diverses influences se font sentir :

  • Joie et détente des enfants et des jeunes dans les villages
  • Consolation apportée aux pauvres et aux malades
  • Bonnes relations et entraide avec les responsables de la paroisse
  • Vocations qui surgissent, aussi bien sacerdotales que religieuses, ainsi que les ménages chrétiens engagés dans leur milieu de vie.

Conclusion

      Le mouvement Kizito-Anuarite s’est répandu dans plusieurs diocèses du Congo, ainsi que dans d’autres pays d’Afrique : Gabon, Cameroun, Ouganda, Guinée Équatoriale et même  en Angleterre. La relève se réalise aujourd’hui à travers les responsables locaux.

Tina Anthonissen, Bukavu, R.D. Congo

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TU GAGNERAS LA CONFIANCE DES TIENS !

      Dès le début de ma vie religieuse et mon arrivée en Algérie, en 1964, j’ai participé au mouvement de « La Ruche ». C’est certainement à travers cet engagement que j’ai commencé à découvrir la femme algérienne, ses potentialités et ses aspirations. À cette époque, la plupart des filles n’étaient scolarisées que jusqu’à la puberté. Par le sérieux du travail de ce mouvement, nous avons donné aux parents assez de confiance, non seulement pour que leurs filles continuent de venir aux réunions, mais aussi pour qu’elles poursuivent leurs études. Un des slogans de la Ruche était : « Deviens assez compétente et responsable pour gagner la confiance de tout ton milieu ». Par ailleurs, à cause de l’émigration importante des papas ou des grands frères partis pour assurer la survie de la famille, la femme a pris de plus en plus de responsabilités dans son milieu et s’est doublement montrée capable de « mener la barque ».

      C’est dans ce contexte que j’ai progressivement découvert l’importance de la formation donnée par notre mouvement. Ces années-là, j’ai surtout participé à la formation des chefs d’équipe et, avec elles, des 10 équipes de jeunes filles de « l’essaim or » de Tizi-Ouzou. Les moments les plus passionnants étaient les 2 semaines de camp de formation des responsables, dans une grande maison en haut d’une colline, aux abords de la forêt de Meftah. La participation et l’émulation étaient telles que tout ce qui était proposé devenait passionnant. Assez rapidement, certaines responsables d’équipe devenaient responsables d’essaim et ainsi, la formation a évolué en collaboration avec les aînées du mouvement.

      J’ai aussi participé à la confection du petit journal « La Ruche de Kabylie », qui voulait continuer auprès de celles qui étaient mariées ce qu’elles avaient commencé dans les « essaims ». Après beaucoup d’années de silence, ce journal a inspiré la création de la revue « Hayat » qui paraît maintenant dans toute l’Algérie depuis 27 ans. Cette revue bilingue, arabe-français, continue de proposer aux femmes le goût de la lecture et reste un moyen de parfaire leur formation dans bien des domaines.

Andrée Geoffroy, Hydra (Alger), Algérie

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DE MÈRE EN FILLE, L’IMPACT DE  LA RUCHE

      En 1955-56, j’étais au Pensionnat « Les Châlets » d’Azazga en Kabylie comme institutrice laïque et en même temps responsable d’un groupe de jeunes élèves de la Ruche. Jeune professe, envoyée à Beni-Yenni en 1960, j’ai participé aux activités de l’Essaim Jaune durant 6 années. Ayant déjà parcouru toute la « carrière scoute », je suis entrée de plain-pied dans ce mouvement qui ressemblait fort à ce que j’avais vécu dans le guidisme.

La Ruche de Kabylie

La Ruche de Kabylie, est une adaptation très réussie de la formation scoute à la société féminine kabyle de l’époque. Elle  a été lancée vers 1940 par deux SMNDA, Sr Jean Bosco  et Sr Régis, soucieuses de rejoindre les aspirations des jeunes filles et de leurs familles. La devise de la Ruche, TOUJOURS MIEUX, exprimait bien le programme de formation progressive destinée à l’éducation et à la promotion de femmes ouvertes, cultivées, capables de tout faire à la maison et auprès des enfants… Le nom  et le symbole de la Ruche avaient été choisis en référence aux abeilles travailleuses, disciplinées, ayant l’esprit d’équipe et où chacune a un rôle à jouer.

L’organisation de la Ruche

      L’organisation de la Ruche était très structurée : les jeunes filles par groupes d’âge se formaient durant plusieurs années avant de faire la Promesse pour entrer définitivement dans la  Ruche en devenant Abeilles au sein d’un Essaim, chaque village ayant sa couleur propre. Les plus âgées se chargeaient de stimuler les plus jeunes, Avettes, afin qu’elles aussi rejoignent un jour le groupe des Abeilles qui, à leur tour, continuaient le parcours pour devenir Rayonnantes. Un bulletin bimensuel soutenait les activités et permettait échanges et créativité d’une Ruche à l’autre. Durant l’été, les colonies et camps de chefs d’équipe étaient des temps forts de formation et de vie ensemble, soutenus par l’esprit Ruche. Chaque Essaim se composait de plusieurs équipes portant des noms de fleurs dont les devises étaient proclamées avant chaque rassemblement d’une demi-journée ou une journée par semaine. Voici les devises qui, à elles seules, sont tout un programme auquel il faut ajouter la B.A. (bonne action) quotidienne :

Pensées : Dieu premier servi
Liserons : Fidèles malgré tout
Coquelicots : Tant qu’on peut
Mimosas : Sans B.A., pas de joie
Pâquerettes : Toujours vrai
Roses : Même si ça coûte
Violettes : Toujours oui et  le sourire
Lys : Regard franc, cœur pur
Aubépines : Aux autres sans compter

      La langue berbère était utilisée notamment pour les chants qui sous-tendaient la pédagogie et le but éducatif de la Ruche. La langue arabe y fut introduite dans les années 1965, avec l’arabisation du système scolaire, ainsi que l’algérianisation des Responsables.

Cessation des activités

Mais les nouvelles directives officielles émanant du Ministère de la Jeunesse et des Sports n’ont pas permis de poursuivre les activités de la Ruche  qui ont cessé définitivement en 1972. Depuis, plusieurs rencontres d’Anciennes à Alger et à Tizi-Ouzou ont permis de se retrouver, et chaque fois, c’est un réel succès dans une atmosphère d’échanges et de joie partagée, toutes vibrant à ces valeurs de la Ruche qui les soutiennent encore aujourd’hui. Cependant, malgré les demandes réitérées, il convient aujourd’hui de rester discrètes.

Conclusion

Pour conclure, je voudrais dire combien je suis frappée de voir l’impact qu’a eu la Ruche sur ces femmes, mères et grands-mères maintenant, qui transmettent fidèlement à leurs proches, à leurs amis et à leurs connaissances les valeurs et l’enthousiasme qui les font vivre. Nous entendons bien souvent dire que la Ruche a formé des générations de femmes dont le rayonnement est ressenti jusqu’aujourd’hui.

Françoise Dillies, Alger-Palmiers, Algérie

P.S. : Dernièrement Mme Bahia Amellal, fille d’une ancienne de la Ruche de Taguemount, a publié un livre, La Ruche de Kabylie, puisant largement dans le fonds de la Ruche, notamment le livre de chants Avette chante et les Bulletins, ainsi que dans les archives des MAfr. Nous aurions souhaité qu’un ouvrage de ce genre soit écrit par une Abeille qui, elle, aurait pu en parler de l’intérieur. Mais comme disent certaines, « ça a le mérite d’exister ».

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MOI, FLORENCE, ANCIENNE ANUARITE

      KIZITO/ANUARITE est un mouvement diocésain destiné aux enfants, aux adolescents et aux jeunes adultes. Ce mouvement a été fondé en 1978 dans le diocèse de Kalemie-Kirungu, R. D. Congo (ex-Zaïre). Notre sœur Tina Anthonissen fut l’un des piliers de cette fondation. Le mouvement s’est répandu dans les paroisses du diocèse et même dans les diocèses voisins attirés par sa riche spiritualité.

Caractère et spiritualité

La simplicité de K.A., son caractère concret et inculturé conviennent aussi bien aux enfants qu’aux jeunes en cours de croissance. Sa spiritualité incorpore toute la personne dans l’évangélisation. Elle est basée sur l’Incarnation du Christ qui, venu de Dieu, quitta tout pour devenir l’un de nous. Elle pousse donc le jeune à connaître le Christ et à en devenir le disciple fervent au quotidien.

      J’ai moi-même fait partie de K.A. et j’ai beaucoup aimé ce mouvement. J’y suis entrée à l’âge de 10 ans et je l’ai quitté 10 ans plus tard, lorsque je suis entrée chez les SMNDA. J’y ai appris comment aimer le Christ et en être une disciple fervente. Il m’a enseigné à vivre et à entrer en dialogue avec des personnes différentes. Il m’a appris à diriger et à servir les pauvres et les petits.

Objectifs

      Les objectifs de K.A. s’expriment à travers les aspirations du K.A., qui ont leur source dans la devise : « Vivre du Christ ». Dans cet esprit, le mouvement aspire à amener les jeunes à avoir une relation d’amour étroite avec le Christ et à l’encourager à vivre au sein du groupe amitié bienveillante et fraternité.

Je désire :

  • Connaître le Christ et vivre comme lui ;
  • Pardonner à tous ceux qui m’ont offensé ;
  • Participer fidèlement chaque dimanche aux célébrations eucharistiques ;
  • Recevoir la Sainte Communion chaque dimanche ;
  • Prier chaque jour ;
  • Recevoir régulièrement le sacrement de la réconciliation ;
  • Participer activement à la communauté ; chrétienne et avoir un apostolat engagé spécialement auprès des malheureux ;
  • Prier la Vierge Marie de l’aider à grandir en Christ. (Règles de vie)

Valeurs encouragées dans notre groupe

Elles s’exprimaient sous la forme des dix étoiles K.A. : 

  1. Un K.A. vit du Christ ;
  2. Un K.A. est un témoin ;
  3. Un K.A. sert les autres ;
  4. Un K.A. est un bon chrétien ;
  5. Un K.A. est un ami bienveillant ;
  6. Un K.A. pense aux autres ;
  7. Un K.A. évite le mal ;
  8. Un K.A. vit joyeusement ;
  9. Un K.A. se sacrifie pour les autres ;
  10. Un K.A. transmet aux autres la Parole de Dieu.

      On attend de chaque Kizito Anuarite qu’il ou elle laisse ces étoiles guider sa vie quotidienne ; qu’il/elle y revienne quand il/elle fait face à des difficultés ou des défis de l’existence et qu’il les aime comme des partenaires de sa vie.

Organisation du mouvement

Comment le mouvement est-il organisé ? Il comporte deux branches parallèles, Kizito pour les garçons, et Anuarite pour les filles. Les rencontres hebdomadaires de groupes ont lieu séparément. La direction des groupes est également séparée. Des filles dirigent les filles, et des garçons, les garçons. Dans les paroisses où il existe, chaque groupe se rencontre le dimanche, habituellement après la messe des jeunes. Pendant les rencontres, il y a des jeux, un partage d’évangile et un programme d’éducation de la foi et à la vie. Chaque semaine, un champ d’action est défini pour que le groupe voie comment concrétiser dans la vie quotidienne la Parole de Dieu entendue. Ses membres sont encouragés à exercer leur créativité pour visiter et aider les moins fortunés, individuellement ou en tant que groupe. Les KA de la paroisse (garçons et filles) se retrouvent une fois par semaine pour une messe de groupe, généralement célébrée par l’aumônier du groupe.

      Les chefs et cheftaines KA de toutes les paroisses de la ville et de ses environs se rencontrent tous les mercredis après-midi pour une formation continue. Celle-ci est habituellement animée par l’aumônier diocésain, en collaboration avec les formateurs KA. Le formateur KA est un leader KA qui a suivi quatre camps de formation. Ces camps durent généralement une semaine et doivent être accomplis au cours de quatre années de leadership. La rencontre a lieu au siège du diocèse. Dans chaque paroisse, les leaders se retrouvent tous les samedis pour préparer la rencontre de groupe du dimanche. Ils sont soutenus par une marraine ou un parrain.

      Le groupe KA a d’autres activités : camps d’été organisés comme des périodes de détente, de prière, d’étude, d’apostolat et pour de grandes actions charitables ; camps de formation où les jeunes en service de leadership du groupe se perfectionnent. Trois jours de récollection sont organisés chaque année pour les confirmer et les aider dans leur mission de guider les plus jeunes. Les groupes KA s’engagent à la prière, au service et à une vie chrétienne joyeuse.

Moments forts

Pour moi, les moments les plus forts ainsi que la qualité d’engagement, je les ai trouvés dans les réunions de groupe hebdomadaires, les temps de formation continue, les célébrations liturgiques et animations de messes, y compris les danses liturgiques, les fêtes du groupe, l’apostolat auprès des pauvres ou en prison, les matchs de football et les compétitions, jeux, sorties, récollections, les camps de vacances, camps de formation et le programme de formation continue, le leadership de toute la troupe, ma dernière responsabilité avant de rejoindre les SMNDA.

      Ce mouvement m’a stimulée, et m’a aidée à devenir une personne aimante. Dans mon diocèse, le KA a été au point de départ aussi bien de vocations sacerdotales et religieuses que de mariages chrétiens. Kizito et Anuarite, ces jeunes modèles de sainteté africaine ont été d’un grand apport pour une vie de sainteté, de pureté, de service, de sacrifice et d’engagement pour Dieu. Comme ces deux jeunes martyrs, nous les jeunes, nous avons été encouragés à croire qu’il est possible de suivre Dieu sur une voie de renoncement, de sacrifice et de célébration de la vie. L’exemple de ces deux martyrs a nourri en moi et dans mes camarades le désir d’être des saints.

Bien des défis

Même si le groupe offre un beau modèle de spiritualité, il y a aussi bien des défis. On a parfois tendance à faire les choses de manière routinière, comme un héritage transmis d’une génération à l’autre, et les jeunes peuvent ne pas saisir le vrai sens des rites. D’autres défis sont liés à la période de bouleversement dans laquelle ces jeunes se trouvent. D’où le besoin d’un parrain ou d’une marraine adulte pour les accompagner dans leur parcours.

      J’ai débuté dans le groupe comme petite fille dans la troupe junior. Quand je suis entrée à l’école secondaire, j’ai rejoint la troupe senior. Deux ans plus tard, j’ai été appelée à participer au premier camp de formation. Ce fut un vrai défi, car je dirigeais des adolescentes qui étaient à peu près de mon âge. Trois ans plus tard, j’ai été choisie comme cheftaine de groupe. Ma grande joie a été de servir mes jeunes compagnes. Ensemble, nous nous encouragions à l’honnêteté, à la loyauté et à l’engagement dans notre vocation chrétienne.
Oui ! J’ai vraiment été façonnée par ce Mouvement !

Florence Mwamba Malunga, Lilongwe Area 2, Malawi

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« LA RUCHE DE KABYLIE » UNE SMNDA SE SOUVIENT

      Monique Racine, aujourd’hui repartie au Canada, a bien voulu interviewer Madeleine Côté qui a longtemps travaillé en Algérie et spécialement en Kabylie, la région qui a vu naître le mouvement de « La Ruche ».

Monique Racine - La Ruche de Kabylie est le titre d’un livre de Bahia Amellal, présenté à la Maison de la Culture de Tizi-Ouzou en novembre 2009. L’auteur y revient sur la naissance d’un mouvement féminin, « La Ruche de Kabylie ». La présentation de ce livre a rassemblé un grand nombre de personnes, signe que la Ruche est encore bien vivante. Quel souvenir as-tu de ce mouvement ?

Madeleine Côté - C’était une école de préparation à la vie sous différents aspects. Ce mouvement inspiré du scoutisme était une réponse aux souhaits des parents qui désiraient une formation humaine et ménagère pour leurs filles.

Monique - Tu as connu la Ruche à ses débuts ainsi que son développement. N’est-il pas étonnant qu’on en parle encore aujourd’hui ?

Madeleine - Dès mon arrivée en Kabylie en 1944, ma préoccupation fut de m’adapter à mon nouveau milieu et d’en connaître la langue. J’ai appris le kabyle avec les sœurs de ma communauté et les personnes que je rencontrais. Un voisin avait un commerce de figues sèches, une bonne façon d’améliorer mon vocabulaire ! La figue est importante en Kabylie ; tout un vocabulaire s’est développé autour de ce fruit qui, petit et blanc, devient bleu ; on le fait sécher et le conserve comme provision pour l’hiver. Un autre mot, elfal, m’a permis de découvrir toutes les cérémonies en lien avec le sel.

      Avant moi, Sr Jean Bosco (Jeanne Margot) avait compris que ce peuple de région montagneuse ne faisait qu’un avec les lois de la nature. Sr Jean Bosco elle-même observait la ruche de son jardin, autre élément important de la vie kabyle. Chez les abeilles, les facteurs de réussite ne sont-ils pas l’organisation et le travail minutieux ? C’est à partir de cela qu’elle a eu l’idée du mouvement et lui a donné corps.

Monique - Et toi Madeleine, quel était ton rôle dans la Ruche ?

Madeleine - Mes souvenirs remontent à l’époque où il n’y avait pas d’école. C’était le père qui enseignait aux garçons. Si les filles venaient chez nos sœurs, c’était pour la couture et le tricot. Nous répondions à la demande de leurs parents. Cependant, certains parents demandaient aussi des cours d’alphabétisation pour leurs filles. Mon activité principale était de réunir les filles les jours de congé afin de poursuivre leur formation humaine. Le soutien des parents et la soif d’apprendre rendaient ma tâche facile.

      La devise de La Ruche, « Toujours mieux », correspond à une expression populaire kabyle : « Aujourd’hui mieux qu’hier, demain mieux qu’aujourd’hui ». C’est dans cet esprit que j’ai préparé un programme destiné à trois groupes d’âge : les fillettes, les adolescentes et les plus âgées. Ces jeunes aimaient les quelques heures de rencontre et leur nombre a rapidement augmenté. Nous avions des jeux d’équipe, des ateliers de poterie et de peinture. Certaines se révélèrent poètes dans les chants qu’elles composaient en langue kabyle. D’autres, comédiennes, mettaient de l’humour dans les rencontres en imitant les petits conflits des belles-mères, les tracasseries du beau-père et d’autres travers de la vie quotidienne…

Monique - Comment as-tu vécu ton dernier séjour en 1967 à Tizi-Ouzou après sept années d’absence ?

Madeleine - Quelle joie de revoir les filles de la Ruche devenues des femmes responsables ! Plusieurs poursuivaient des études d’institutrice, infirmière, médecine, droit etc. C’était la course à la valorisation. En ce qui concerne la Ruche, elle s’adaptait aux nécessités de l’heure en contribuant concrètement à l’évolution du pays. À l’intérieur du mouvement, la communication passait de la langue kabyle au français et à l’arabe. Le journal de la Ruche publié en langue kabyle depuis plusieurs années intéressait toujours les anciennes et les nouveaux membres. On y trouvait des recettes de cuisine, des modèles de tricot. Les romans à épisodes attiraient des lectrices curieuses et impatientes de lire la suite. La dernière des 16 pages de chaque numéro donnait des nouvelles des unes et des autres : naissances, succès scolaires etc.

      Lorsque, lors de mon dernier passage en Algérie en l968, j’ai organisé une grande fête pour les anciennes de la Ruche avec leurs maris, leurs enfants et leurs amies, plus de 300 personnes ont répondu à l’invitation. De quoi avons-nous parlé ? Des veillées d’autrefois, des colonies de vacances, de l’apprentissage de la Loi ouvrant sur la Vie et du service des autres…

Madeleine Côté et Monique Racine, Montréal Cartierville, Canada

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La rubrique « REGARDS CROISÉS » inaugurée en octobre 2008 se poursuit tout en évoluant. La nouveauté réside en ce que les trois témoignages qui suivent sont également publiés dans le Petit Écho. Ils rapportent des expériences de collaboration vécue à divers niveaux, général, intercommunautaire, personnel. Témoignages d’un même désir : agir d’un seul cœur parce
que nés d’un charisme commun.

UNE RELATION DE COLLABORATION QUI GRANDIT DEPUIS 130 ANS

   Depuis le début de l’année 2006, nous, les deux Conseils généraux: Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique et Missionnaires d’Afrique, avons décidé de nous rencontrer régulièrement pour prier et réfléchir ensemble, pour resserrer nos liens de collaboration et, ainsi, encourager nos confrères et consœurs à faire de même.
Une première initiative a consisté à préparer ensemble deux récollections, avec le souhait que « sœurs, pères et frères se retrouvent pour passer un temps de prière ensemble, partout où cela est possible.» En 2008, nous n’avons pas préparé de récollection commune, mais avons continué à inviter les communautés à se rencontrer, à prendre du temps ensemble pour se découvrir mutuellement et à inventer des nouveaux chemins de collaboration.

Toujours en vue d’approfondir la connaissance mutuelle, le Petit Écho a publié la réflexion d’une sœur sur un thème choisi. À son tour, Partage Trentaprile, le bulletin des SMNDA, a publié la réflexion d’un père sur ce même thème. Ce genre de contribution a débuté avec l’édition d’octobre 2008, dans la rubrique REGARDS CROISÉS et a continué à paraître deux fois par année.

   Depuis 2006, nous nous sommes réunis trois fois par année. Les thèmes de réflexion touchaient différents domaines de la vie et de la mission de nos deux instituts : l’Animation Missionnaire et Vocationnelle (AMV) ; les projets apostoliques communs, la formation continue (sessions de transition, Jérusalem, collaboration dans l’équipe d’animation de retraites) ; JPIC ; les situations d’abus sexuels et l’intégrité dans nos relations pastorales. Nous nous informions à propos de nos visites, assemblées, Chapitres, rencontres des formatrices/formateurs, participation au Synode pour l’Afrique, etc.

   En ce début d’année 2010, alors que les Missionnaires d’Afrique se préparent à célébrer bientôt leur Chapitre général, nous avons trouvé bon de nous demander quels sont les fruits de ces rencontres. Il y en a de bons ! Nous nous réjouissons d’avoir grandi dans la connaissance et le respect mutuels ainsi que dans la sensibilité à nos façons respectives de vivre comme fils et filles de Lavigerie. Nous avons eu aussi l’opportunité d’expérimenter les obstacles et les défis pour vivre une relation de réciprocité. Les temps de prière, de détente, ou d’un repas partagé se sont révélés des moments de choix où se consolide notre idéal commun dans la différence.

   Quel impact ont eu ces rencontres sur nos deux instituts ? Cet impact est difficile à évaluer et, sans doute, il est inégal selon les personnes et les lieux. Cependant, nous avons eu des échos de l’existence de cette collaboration créative dans différents domaines. Quelques exemples en sont la preuve : la collaboration sur le terrain de la Mission (ex. Tandale à Dar-es-Salaam), le soutien dans les moments pénibles, dans les deuils ; les célébrations comme le 130ème anniversaire de l’arrivée des missionnaires à Bagamoyo, le centenaire de notre présence dans le Nord du Ghana, nos fêtes patronales du 8 décembre, les visites de nos communautés respectives, l’entraide dans le domaine de la promotion de vocations… À vous de compléter cette liste.

   Nous avons aussi la joie de constater que l’impact de notre collaboration va bien au-delà de nos deux instituts. En effet, ensemble, nous avons servi de locomotive dans l’organisation et l’animation des sessions inter-congrégations pour la formation à JPIC, organisées en Afrique (Kinshasa, Bamako, Kampala…).

Et pour l’avenir ?

D’autres pas concrets ont été envisagés, tels que des interventions ponctuelles lors de nos Chapitres généraux respectifs. Nous voulons aussi encourager la lecture de nos revues respectives (Petit Écho et Partage Trentaprile) pour ainsi nous enrichir mutuellement des valeurs et des défis de nos deux familles missionnaires.

   Nous souhaitons que ce type de rencontre entre les deux Conseils généraux continue dans l’avenir. Les SMNDA célébreront leur Chapitre général en 2011. Leur Conseil général s’engage à tout faire pour que ces rencontres tellement constructives puissent être vécues aussi avec le prochain Conseil des Pères. Le souhait qui nous tient le plus à cœur est de voir se développer la collaboration entre nos deux Instituts, dans toutes les provinces, sur le terrain de la Mission et de l’AMV.

Piluca Benavente et Gérard Chabanon

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MÊME MONDE ET MÊME VISION –
UN MINISTÈRE DE COLLABORATION À LA PAROISSE DE TANDALE

Une route moins fréquentée

      Lorsqu’il nous a été demandé d’écrire ensemble un article sur la collaboration MAfr/SMNDA, nous n’avons pas hésité à répondre. Nous y étions tous préparés, mais en même temps, nous avons pensé que l’occasion était propice pour raconter non seulement de belles histoires concernant notre collaboration, mais également faire ensemble une évaluation approfondie et sincère de notre travail. Pour ce faire, nous avons pris ce qu’il conviendrait d’appeler la « route la moins fréquentée ». Consacrant une journée entière, loin de nos activités quotidiennes, nous avons réfléchi en tant que communautés, partagé ouvertement et en vérité. Ce qui suit est le fruit de notre mise en commun que nous tenons à vous présenter.
L’historique de notre collaboration

Voici comment tout a commencé. Au début de 2005, la paroisse de Tandale (St-Charles Lwanga) apparaît comme une nouvelle réalité. La paroisse est située dans un contexte missionnaire d’ushwahilini, de ghetto, marqué par la pauvreté et une majorité de la population à prédominance musulmane. Nous avons connu des débuts très difficiles à tous points de vue, mais notre collaboration était spontanée, guidée par les besoins et les exigences de la population. Pendant deux ans, la communauté MAfr vivait au milieu de l'ushwahilini, dans une maison louée aux musulmans. Quant aux SMNDA, elles faisaient des navettes quotidiennes pour atteindre Tandale. Entre nous, rien n’était vraiment organisé, chacun devait chercher où aider. Toutefois, nous étions tous animés d’une même compréhension naturelle de développer les services sociaux dans le cadre de notre ministère paroissial. Parmi les premiers projets entrepris, citons les cours d'alphabétisation, une bibliothèque, une école de couture, les cours d’anglais, un orphelinat.

Avec l’ajout progressif d’autres projets, tels le PAM (Programme alimentaire mondial), l’informatique, une école maternelle, le Centre prit le nom de TASODEC (Tandale Social Development Centre). Nous avons élargi graduellement notre champ de partage à d’autres activités pastorales plus liées au ministère traditionnel paroissial. Tous les jours, pendant deux ans, nous avons partagé les repas ensemble, et nous nous sommes entraidés pour répondre à la demande locale. Avec les sœurs vivant maintenant dans l’enceinte de la paroisse, notre collaboration a été renforcée.

Nous sommes conscients de ne pas avoir encore atteint le but souhaité, mais il est vrai que nous avons franchi une étape importante en nous rapprochant les uns des autres, afin de pouvoir travailler véritablement en équipe pastorale, partageant non seulement le travail, mais aussi la vie en général. Nous organisons des réunions pastorales mensuelles et, de temps en temps, des réunions de famille dans l'une ou l’autre communauté ou ailleurs. Chaque jour, nous nous retrouvons pour partager nos expériences sur le travail ou autre sujet.

Être heureux dans un « Univers de différences »

      Dans tout cela, nous vivons certainement des moments de joie, de tristesse et de frustration. Nous rencontrons des défis qui, une fois résolus, deviennent des possibilités de croissance individuelle et communautaire comme frères et sœurs. D’autre part, nous reconnaissons nos différences, celles d’être des hommes et des femmes, des Prêtres, des Sœurs et des Frères, d’avoir suivi une formation différente, de culture et de personnalités différentes. Loin de constituer des barrières entre nous, ces différences sont acceptées comme complémentaires dans le travail de chacun. Avec joie, nous nous soutenons mutuellement en nous épaulant les uns les autres, en apprenant de l’autre et en admirant les dons de l’autre.

Pour nos deux communautés, le soutien reçu de nos Provinciaux et des membres de nos Conseils généraux respectifs a également été une source de joie et d’encouragement. Leurs visites ici à Tandale nous ont assurés qu’ils croient en ce que nous faisons ensemble, qu’ils ont vu les besoins des gens que nous servons, et savent que nous répondons à ces besoins, conformément à notre charisme missionnaire.

Se sentir à l’aise dans un  « Univers de difficultés »

      En tant qu’êtres humains se côtoyant, il arrive parfois des malentendus, suite à un manque de communication. On peut ne pas toujours comprendre les motivations derrière les actes de l’autre, et cela peut engendrer un blocage dans la relation. Après avoir identifié ensemble les moments concrets où cela pouvait se produire, nous avons jugé utile d’améliorer nos façons de communiquer, principalement sur des questions relatives à nos différents apostolats. Nous croyons qu’il est impératif de se sentir « à l’aise » les uns avec les autres, afin de pouvoir se dire mutuellement ce que nous sentons et pensons, sans crainte d’une possible rupture dans la relation. Exercée avec humilité, cette liberté peut servir de base solide dans notre volonté commune de travailler comme une équipe pastorale soudée !

Un autre aspect auquel nous avons consacré quelque temps, c’est le respect de la coresponsabilité dans les différents rôles de leadership de chacun. Nous trouvons que c’est un grand défi de laisser aux autres l’entière responsabilité de la tâche qui leur est confiée, sans perdre de vue que cela ne signifie pas faire ce que l’on veut, ni tomber dans les pièges de l’individualisme. En fin de compte, cela nous ramène au « moi » faisant partie d’une plus grande équipe au service d’une paroisse. Dans notre contexte concret, nous nous sommes rendu compte de la nécessité d’aider la communauté chrétienne tanzanienne à décentraliser leur interprétation hiérarchique du leadership.

Cheminer dans un « Monde de préjugés »

      Nous aurions pu arrêter ici le parcours de notre collaboration mutuelle, mais nous n’étions pas entièrement satisfaits. Il nous semble, en effet, que « quelque chose » pollue l’air que nous, MAfr et SMNDA respirons, et est transmis de génération en génération. Souvent, ce « quelque chose » semble être un véritable obstacle à notre collaboration, quel que soit l’endroit où nous nous trouvons. D’où la question : comment nous percevons-nous, SMNDA et MAfr, et vice versa ? Dans nos réponses, il s’est avéré qu’en effet, nous travaillons et essayons de faire beaucoup de choses ensemble, mais en réalité, nous vivons dans un « monde de préjugés » les uns à l’égard des autres. Ceux-ci sont généralement exprimés sous forme de généralisations par ceux qui ont peu d’expérience personnelle de travail en commun. On lâche des commentaires et des remarques traduisant des sentiments de prépotence, voire de complexe de supériorité ou d’infériorité. Il paraît que nous savons tout sur « eux », les SMNDA ou les MAfr, alors quoi d’autre ?

Si nous, missionnaires, sommes appelés à être des hommes et des femmes qui apportent aux autres la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, l’homme qui, au nom de Dieu, a aboli toutes les barrières et tous les préjugés entre les humains et nous a partagé « un seul pain » à la table où tous peuvent s’asseoir, nous devrions apprendre à nous regarder comme frères et sœurs, avec des yeux différents. Nous pourrions être agréablement surpris par la découverte de l’autre !

Conclusion : Notre vision commune

      Nous partageons un lien commun très fort. Ce n’est pas uniquement le même fondateur, le Cardinal Lavigerie, mais ce qui est encore plus important : la vision qu’il avait de la mission et son amour pour l’Afrique et le peuple africain. De toutes ses forces, il désirait être un homme pour TOUS, sans distinction aucune. Ne sommes-nous pas, ses fils et ses filles d’aujourd'hui, disposés à suivre ses traces ? En tout cas, nous, les MAfr et SMNDA de Tandale, voulons en faire une réalité !

María del Carmen Ocón et Vickness N. Muleya, SMNDA ; Yago Abeledo, Deogratias Ngowi,
Binu Jose, Jean-Noël Baraka et Julian Kennedy, MAfr., Tandale, Daressalaam, Tanzanie

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UNE SEULE ET MÊME FAMILLE

  Personnellement j’ai été si heureuse de tout ce que vous avez initié depuis 2006, et de loin je portais cela dans mon cœur, en essayant de faire faire des petits pas en ce sens dans notre contexte ! D’ailleurs on « sent » que vous travaillez ensemble, et cela renforce l’esprit de famille. Je suis très sensible à des détails qui montrent que, dans leurs écrits par exemple, les MAfr nous associent à eux. Une seule famille !

      Un fait qui a son importance : quand Gérard Chabanon et Raphaël Deillon ont fait la visite de la communauté des MAfr voisine de la nôtre, Raphaël est venu passer un moment avec nous. Toutes, nous en étions fort touchées. Il paraît que Deltef Bartsch, provincial d’Europe, a fait la même chose l’an dernier alors que j’étais absente à ce moment-là.

      Mon expérience depuis mon retour d’Afrique est très pauvre en comparaison avec ce que nous vivions au Congo. Je trouve qu’ici, les relations avec les MAfr en tant que communauté dépendent en grande partie des supérieurs locaux, tant chez les Pères que chez les Sœurs. Il y a parfois des blocages. À Namur où je réside, il y a deux communautés de MAfr : La Plante, communauté de quatorze Pères âgés, où nous sommes très bien accueillies le 8 décembre et le 30 avril, mais rien de plus en tant que communauté. Nous-mêmes n’avons pas la possibilité matérielle de les accueillir. Lors des récollections proposées en 2006, aucune collaboration pour la préparation « spirituelle » n’était souhaitée. Par contre, il y a de bons contacts individuels ; ainsi le jour où notre communauté a invité deux MAfr qui avaient la réputation de ne jamais sortir de chez eux ; nous avons passé une merveilleuse soirée ensemble. 

      Dans l’autre communauté, celle de Salzinnes, toute proche de chez nous, où il y a cinq MAfr, les contacts sont très fraternels. Petites visites occasionnelles, un gâteau de temps en temps, un échange de nouvelles MAfr/SMNDA, une Eucharistie hebdomadaire dans la maison des Ursulines où nous habitons, l’aide précieuse du Père André Pirmez pour les ordinateurs… Mais chez les Pères comme chez nous, l’âge se fait sentir, et les déplacements sont moins aisés.

      Les sœurs me disent souvent : « O toi, tu connais tous les Pères… » et c’est vrai que certaines de mes nominations m’ont mise en contact avec eux : animation missionnaire en Belgique à Thy-le-Château, bonne collaboration entre nos deux Conseils provinciaux en Afrique Centrale, de 1973  à 1979 ; à Goma (Kivu - RDC), porte largement ouverte à tous, de 1983 à 1989, et puis les sessions à Rome avec le Père Herman Bastijns. Il me semble que d’autres communautés de Belgique ont aussi de bons contacts, préparation commune et collaboration pour les récollections, suite aux suggestions des deux C. G.

      Je voudrais ajouter un petit témoignage qui est peut-être une « perle ». J’avais remercié le Père André Pirmez pour toute l’aide qu’il nous donnait pour l’ordinateur. Voici le mail qu’il m’a envoyé le 27 février 2008. Je l’ai toujours gardé ! « Chère Patricia, merci pour ton merci ! Mais je me fais plaisir à moi-même quand j’ai l’occasion de répondre à l’appel des SMNDA : c’est une espèce de revanche quant à la « prudence »  qu’on nous prêchait de part et d’autre dans nos relations avec les femmes, les hommes, et les SMNDA et les MAfr en particulier ! J’ai toujours considéré cette « formation » contre nature ; même quand certains MAfr, certaines SMNDA ont dérapé, il me semblait que leur nature prenait aussi une sorte de revanche, et je me suis toujours gardé de les critiquer. Alors, tu vois, nous avons maintenant la chance d’entretenir des relations normales, comme dans les familles entre frères et sœurs. Réjouissons-nous de ce vrai progrès !

Patricia Massart, Namur Salzinnes, Belgique

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DÉVELOPPER UNE MENTALITÉ ÉCOLOGIQUE

Création réconciliée –Spiritualité de l’environnement - Développer une mentalité écologique : ces mots me questionnent. Je n’arrive pas encore à les intégrer totalement dans ma spiritualité et dans ma vie. J’ai beaucoup réfléchi et voilà ce que j’ai pu partager avec quelques-unes d’entre nous. Je considère les Jeux Olympiques, dont j’ai suivi l’Ouverture en téléspectatrice, comme la création réconciliée.

   Tous ces pics de montagnes qui provoquent à la fois vertige et émerveillement ! Cette belle neige qui invite à la sillonner dans le silence et la joie. Tout cela mis à la disposition des concurrents. Tout a été fait pour accueillir les participants dans le village olympique, leur offrir confort, facilités techniques, leur donner tout ce qui était possible pour faciliter leur entraînement et leur participation aux championnats. On ne peut venir pour de tels exploits sans faire la fête ! Et les habitants de Vancouver ont montré qu’ils savent accueillir et fêter. Quand on voit sortir du sol et s’élever les totems géants de la Colombie Britannique, il y a de quoi être ému. Tournés vers les quatre coins de l’horizon, ils s’élèvent l’un après l’autre, les bras tendus : c’est la bienvenue donnée par les peuples des Premières Nations. Bravo ! Ensuite, il faut entrer dans la danse de ces illustres personnages appartenant aux quatre grandes tribus de la Province. Quelle aisance et quelle beauté lorsqu’ils battent le tambour et accompagnent les danseurs, ceux-ci accueillant à leur tour la parade des athlètes des 83 pays !

Puis, c’est la marche solennelle des concurrents par groupes de 30, 40, 60, 100 et plus, précédés par le porteur du drapeau de chaque pays. Qu’il est émouvant de voir s’avancer majestueusement le porteur d’un drapeau, suivi seulement d’un, deux ou trois athlètes. Ces petits nombres de concurrents ont autant de gloire que les groupes plus nombreux. Puis vient le drapeau des Olympiades porté par des personnages illustres du pays : Jacques Villeneuve, le Colonel Dallaire, Madame Julie Payette, et d’autres.

      Une fois le drapeau hissé, c’est le transfert de la flamme olympique, qui a traversé tout le Canada. Et avec quelle considération pour les personnes ! Le premier porteur de la flamme, un ex-concurrent des Jeux précédents, était en chaise roulante, tout comme les trois autres qui se sont succédés jusqu’au bûcher où la flamme prendrait tout son sens. On vit s’élever trois immenses bûches de bois qui se sont enflammées sous la torche avancée par les porteurs. Quel brasier ! Il exprimait le feu brûlant au cœur des participants. C’était fait ! Tout était en place ; les Jeux pouvaient commencer !

      Ainsi s’est déroulée sous nos yeux, l’expression d’une vie de liberté, de joie de vivre, d’harmonie, d’entraide, de fraternité, dans la vérité de l’être et dans la beauté de la création. La création réconciliée  pour la gloire du Créateur.

      Que retenir de cette démonstration de beauté, d’harmonie, d’expertise, de chaleur humaine ? Oui, c’est bien la création réconciliée ! Le désir du Créateur demandant au premier couple de développer la terre, de la cultiver, de la remplir. Les Jeux sont pour moi l’image de ce que devrait être la réalisation de ce désir de Dieu. Toute cette belle création est mise au service d’un groupe vraiment spécifique par son engagement et venant de tous les coins du monde pour donner un spectacle de beauté, pour servir ses besoins. La création fournit le matériel nécessaire aux Jeux : la montagne, la neige, l’espace. On voit aussi les habitations qui abritent les personnes, la technologie déployée pour fournir tout ce qui peut favoriser le confort et le déploiement des qualifications sportives. On sait faire la fête.  On vit quelque chose d’unique dans la fraternité qui s’établit.

Les compétitions peuvent maintenant commencer dans un même esprit sportif. On peut observer la détermination des concurrents, l’esprit d’équipe, le partage, le soutien mutuel, la reconnaissance des talents, la joie, la compassion qui s’exprime face aux échecs. Mais aussi l’encouragement, la douleur partagée à la suite de la mort accidentelle de l’un des concurrents, juste avant l’Ouverture. On tisse des liens qui ne se briseront pas après les Jeux. On apprend à gagner comme on apprend à ne pas monter sur le podium, ce qui n’est pas une perte. Au contraire, on saura apprécier tout ce qui a été acquis de qualification à travers l’entraînement et dans la concurrence. Cela demande renoncement et contrôle de soi. La connaissance acquise sera ensuite partagée. Il n’y a pas de perdant : tous sont gagnants, mais différemment.

      N’est-ce pas ce que nous voudrions voir dans notre monde, au niveau de la planète. Nous sommes là pour célébrer, louer, être heureux, et le Paradis terrestre est un signe pour nous le dire. Dieu, le Créateur, nous a donné la création pour en jouir : Va, multiplie-toi, développe cette création pour toi et pour ta descendance.  N’est-ce pas là ce que je contemple ?

      Les pauvres se multiplient. Ils émigrent vers des terres plus florissantes. Il me faut les accueillir, faciliter leur intégration pour continuer la célébration : jouir de ce qui est là, leur permettre de travailler, de servir, et de s’épanouir… Dans cette migration, nous entrevoyons l’avenir avec une action missionnaire différente, de plus en plus située dans les villes où se concentre l’exode des villages. Le sens chrétien arrivant du Sud vient évangéliser le Nord. Notre monde est de plus en plus peuplé de jeunes. Croire dans ces jeunes, les instruire, les former et leur permettre de prendre part au développement de la création, au Projet de Dieu, leur donner leur place. Porter une attention spéciale à l’éducation des jeunes filles, des femmes. Ce sont elles qui changeront la société.

      En respectant les personnes, travailler à cultiver une ouverture d’esprit aux dimensions du monde, se découvrir citoyen du monde : la technologie nous rapproche les uns des autres, il n’y a plus de distance. Cela demande de nous accepter en respectant nos différences. Quant à l’Afrique, elle n’est pas à part, mais partie prenante dans ce contexte mondial, d’où la nécessité d’éduquer spécialement la femme africaine. L’Afrique est maintenant au milieu de nous, dans les pays du Nord, avec les immigrés, les réfugiés. Le Projet de Dieu se manifeste dans l’accueil de ces personnes, dans le respect des différences. N’est-il pas dit  au peuple hébreu : « Souviens-toi que tu as été un étranger… » ?

      Pour nous, SMNDA, notre place est là, gagnant un salaire ou gratuitement. Développer entre nous un esprit de famille grand et fort : il n’y a pas celles qui sont en haut, et celles qui sont en bas. Nous sommes toutes là, tendues vers un même but : célébrer et louer le Seigneur qui nous appelle chacune personnellement à œuvrer avec Lui, dans son Projet de réconcilier la création, aider les autres à célébrer, à travailler, à se développer pour ensuite inciter d’autres groupes à faire de même. Le but de la création est la louange et non le travail. Mais, par le travail, rencontrer les besoins de tous, ainsi le travail devient épanouissement. Notre spiritualité est d’aller vers l’autre, le Tout à tous. Notre charisme nous pousse à prier, travailler, pour le mieux-être des personnes. Tel est le Projet de Dieu. Toute la création sera réconciliée : « Le loup habitera avec l’agneau… La vache et l’ours paîtront… Le nourrisson jouera sur le repaire de l’aspic » (Is 11,6-8). Et encore, « Toute la création est réconciliée et transformée en Jésus » (Cf. Col).

      N’oublions pas ce que nous sommes. « Par notre profession religieuse, nous  appartenons à Jésus-Christ », disait Mère Marie-Salomé. Alors c’est le Christ qui nous pousse à travailler pour le développement intégral des personnes dans une création, dans un monde où se trouvent l’harmonie, la justice, l’amour qui se donne. Croire que telle est notre vocation et prier pour hâter ce jour… Ce Projet devient nôtre, cherchons ensemble comment le réaliser.

Thérèse Gravel, Montréal, Av. Laval, Canada

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Comité de rédaction : Chantal Vankalck (C.G.), Lucie Pruvost (éditrice), Madeleine Bédard, Hildegunde Schmidt (archiviste) – Traductions : Reninca et Lucie Pruvost - Mise en page : Patricia D’Ortenzi - Expédition : Nicole Robion