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Lettre de
nouvelles des
Sœurs Missionnaires de Notre Dame
d'Afrique
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Que les nuages répandent la justice

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n° 4 décembre 2011 |
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Sommaire
Editorial: Gisela Schreyer
Message du Conseil général pour Noël
Un appel à transformer le monde, Begoña Iñarra
Revêtir le Christ pour transformer le monde -
La spiritualité JPIC, Victoria Chiharhula
Une meilleure qualité de vie pour les plus démunis,
Gloria Sedes
La justice au quotidien, une expérience
Du mépris à la reconnaissance, Le Comité JPIC de la CUM
Justice salvatrice de Dieu, Françoise Laflamme
Refuser de « collaborer », Elodie Ouédraogo
Semer l’espoir, Sabine Dakouo
Pourquoi d’autres et pas moi, Béatrice Miburo
Le désir de Mère Marie-Salomé pour les charisme SMNDA(2ème partie), Gisela Schreyer
Le plus beau des sillons, Laurence Huard
Communications
Equipe de rédaction
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Editorial
On demandait une fois à l’ancien Supérieur général des Jésuites, Pedro Arrupe, pourquoi aujourd’hui on donne tant d’importance à la justice tandis que, dans le passé, la littérature spirituelle ne s’en occupait guère. Il répondit simplement : « Aujourd’hui nous savons plus. »
Il a raison. Aujourd’hui nous savons plus : les moyens modernes de communication nous fournissent tous les jours des informations sur les victimes d’injustices à travers le monde. Aujourd’hui aussi, nous savons comment les systèmes sociaux nous affectent, pour le bien comme pour le mal. Nous savons comment des systèmes politiques, économiques, sociaux-culturels sont injustes au détriment de beaucoup. Il est moins facile et même moins acceptable de se défaire de la responsabilité en disant : « Je ne le savais pas. » Notre ignorance devient moins innocente.
L’appel à la justice est un défi énorme que notre Chapitre général de 2011 a voulu relever ; il nous engage chacune à pratiquer la justice dans tous les aspects de notre vie. Pratiquer la justice, cela veut dire refuser, autant que possible, de participer aux systèmes injustes, et essayer de les changer.
Begoña Iñarra et Vicky Chiharhula, de par leur formation et leur expérience dans le domaine de Justice, Paix et Intégrité de la Création (JPIC), nous expliquent comment en établissant un réseau JPIC, notre réponse de SMNDA pourra être plus prononcée et son impact plus important. Une « spiritualité JPIC » sera une fondation solide dans l’engagement de « hâter ce Jour tant espéré » !
Quelques-unes de nos sœurs partagent comment déjà elles sont engagées de façon simple et concrète dans JPIC et quelle est la conviction qui motive leur engagement.
En effet, nous SMNDA, nous sommes privilégiées : les écrits du Cardinal Lavigerie représentent pour nous un tremplin précieux dans le travail de JPIC. Ils témoignent de son souci profond et sa détermination zélée de faire advenir des changements vers une plus grande qualité de vie pour tous ; ils s’enracinent dans l’amour de Dieu et dans le rêve de Dieu pour l’humanité. Fidèle à l’enseignement du Fondateur, Mère Marie-Salomé, désirant le bien pour la Congrégation et les « âmes », dédiait sa longue vie à la Congrégation et à la mission en « accomplissant la justice, aimant tendrement et marchant humblement avec son Dieu » (Michée 6,8).
En ce temps de crises multiples, l’appel à établir un nouvel ordre mondial se fait urgent. Joignons nos forces à tous ceux et celles qui désirent promouvoir une « humanité humble » (The Tablet, 8 octobre 2011, p.8) basée sur des valeurs et des vertus solides, comme le développement durable, la tempérance, la prudence…
Les mains ouvertes de notre titre suggèrent un geste de demande et d’accueil du Juste qui vient comme la pluie. Les paroles d'Isaie 45,8 : « Que les nuages répandent la justice! » expriment bien nos espoirs d’Avent, comblés avec la naissance de Jésus à Noël. L’équipe de rédaction de Partage Trentaprile transmet à tous ses lecteurs/-trices ses vœux pour une joyeuse fête de Noël. Que l’année 2012 porte de nombreux fruits de justice salvatrice !
Gisela Schreyer


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MESSAGE DE NOËL DU CONSEIL GÉNÉRAL
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« Il y a une fente en toute chose,
c’est par là que la lumière entre. »
Leonard Cohen ‘Anthem’ |
UNE BONNE NOUVELLE DÉRANGEANTE
Il y a bien longtemps, un couple se mit en route de son village jusqu'à la ville du grand roi. La femme était sur le point d'accoucher et tout ce qu'ils avaient pour se déplacer était un âne. Le motif d’un tel voyage était simplement de se faire enregistrer là d'où ils étaient originaires. Comme ils s'approchaient de la ville, la femme commença à ressentir les premières douleurs et son mari s’empressa en toute hâte de lui trouver une place décente, mais il n’y réussit point. Il ne put trouver qu’une étable abandonnée où enfin la femme accoucha d’un bel enfant. Un petit garçon!
Pendant ce temps, il y avait dans les environs, un groupe de bergers gardant leurs moutons tout en échangeant les dernières nouvelles du coin. La nuit était claire et le ciel couvert de millions d’étoiles. Soudainement, une des étoiles devint de plus en plus grande et brillante.
Les bergers furent effrayés, presque paralysés de peur, et de l’étoile une voix se fit entendre disant : « N’ayez pas peur. Regardez, je vous apporte une joyeuse nouvelle, une joie à partager avec tout le peuple. Aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur vous est né ; il est le Christ, le Seigneur. »
Quelle façon inconcevable et déroutante d’apporter une telle BONNE NOUVELLE au monde! Bien sûr, cela ne peut surgir que de la pensée de Dieu !
En songeant à quelques événements actuels, (la crise économique qui affecte tous les pays et comme d’habitude, surtout les plus vulnérables, les révolutions dans les pays arabes, les foules des ‘Indignés’ occupant les centres de différentes villes, le déploiement de la violence au nom de Dieu ou de la démocratie, le manque de confiance dans les institutions religieuses, etc. ), nous pouvons être tentées de rester sur les sentiments de bouleversement, d’incertitude et d’insécurité qu’ils suscitent en nous. Pourtant, ne pouvons-nous pas, dans cette « pagaille », trouver et reconnaître des traces d’une Bonne Nouvelle « dérangeante » ?
Dans l’exigence d’un ordre du monde nouveau et plus juste, dans l’utilisation des technologies modernes pour connecter et mobiliser des gens en vue du bien commun, dans la quête d'un sens qui nous conduit au-delà du matérialisme, pouvons-nous y reconnaître les nouveaux « rêves » que Dieu utilise pour nous conduire à sa vision éternelle : la Création réconciliée ?
Nous sommes conscientes que nous vivons un moment de notre histoire où les questions sont beaucoup plus nombreuses que les réponses. Mais nous croyons que cela vaut la peine de continuer à oser, parce que nous avons l’assurance que nous ne sommes pas seules en face de l’inconnu, puisque l’EMMANUEL est toujours avec nous.
Nous voulons souhaiter à chacune de vous une joyeuse fête de Noël et une Bonne Année.
Reconnaissantes pour votre soutien, vos encouragements et votre prière :
Vos sœurs du Conseil général


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UN APPEL À TRANSFORMER LE MONDE
Le réseau Justice, Paix et Intégrité de la Création (JPIC)
Au niveau mondial, d’énormes injustices existent. L’Afrique, par exemple, possède des ressources mais n’en profite pas, parce que d’autres les exploitent. La différence grandit entre pauvres et riches. Des millions d’hommes et de femmes sont exclus des bienfaits de la société. La finance détient le pouvoir. L’économie est au service d’un petit nombre. La globalisation a fait des vainqueurs et des vaincus (ceux et celles avec qui nous partageons notre vie). Les hommes sont en train de détruire la Terre-mère qui nourrit tous les êtres de la planète.
Dans notre regard sur le monde, nous ne percevons pas toujours les ficelles tirées de loin et qui ont des conséquences au niveau local, là où nous sommes. Les médias nous donnent un aperçu des événements nationaux et internationaux sans mentionner les causes profondes qui les provoquent. Ce regard de va-et-vient du local au mondial nous laisse avec un goût d’impuissance : comment les transformer ? Comment collaborer au plan de Dieu de justice, de paix, de vie pour le monde, que Jésus appelle LE ROYAUME. Begoña Iñarra explique comment le réseau JPIC SMNDA nous aidera « à hâter ce Jour tant espéré ».
L’engagement JPIC et notre charisme
L’engagement pour la Justice, Paix et Intégrité de la Création (JPIC) est au cœur de notre charisme d’évangélisation. « L'annonce de la justice et de la paix fait partie intégrante de la tâche d'évangélisation. »
(Exhortation post-synodale « Ecclesia in Africa » n. 107 1er synode pour l’Afrique)
Cet appel de Dieu à intégrer JPIC comme partie essentielle de notre mission est un vrai don, car il nous met sur les pas de Jésus de Nazareth et de Charles Lavigerie, deux modèles qui nous inspirent.
Le Dieu d’Israël et de Jésus Christ est du côté du pauvre et de l’opprimé et se fait solidaire du peuple qui souffre. Jésus demande à ses disciples de créer une alternative fraternelle dans l’esprit de “soyez un”. Il dit “non” à une économie qui opprime, rend esclave et tue la majorité pauvre. Il propose de construire des cellules messianiques de foi et de justice, qui soient des témoins de l’avènement du royaume de Dieu.
Lavigerie n’a pas seulement répondu aux besoins de son temps, mais il a essayé d’influencer ceux qui prenaient les décisions. Devant la famine de 1867, il accueille plus de 1.000 orphelins, lance un cri d’alarme dans la presse pour faire connaître la situation afin que d’autres agissent aussi. Il réclame de l’aide, organise les laïcs, rencontre Napoléon III, dénonce une administration inefficace durant deux années de famine, travaille pour un changement de lois… Devant la traite d’esclaves qui affecte la côte orientale de l’Afrique, Lavigerie s’engage dans une campagne anti-esclavagiste. Il parle, écrit dans les journaux, organise des groupes, demande aux politiciens des grandes nations d’agir contre ce fléau.
Une nouveauté ancrée dans notre expérience missionnaire
Dans le passé et encore aujourd’hui, nos sœurs ont contribué à changer des pratiques et des lois dans l’éducation, la santé, les droits des femmes.
Beaucoup de nos sœurs sont déjà engagées directement ou indirectement dans des questions de JPIC : trafic humain, accès à des médicaments de qualité, migrants, animation des groupes… D’autres ont suivi des formations sociales et à JPIC. Tout cela peut être une inspiration et des ressources au service de l’ensemble.
L’engagement JPIC se place dans tout un vécu et une expérience passés et présents, même si nous ne sommes pas toujours conscientes, mais où nous pouvons puiser et nous en inspirer pour continuer à approfondir notre engagement pour JPIC.
Le projet JPIC-SMNDA
Le fil rouge de notre engagement à JPIC
Comme missionnaires et comme chrétiennes, nous ne pouvons pas vivre tranquillement dans un monde dont l’organisation produit tant de souffrance et de mort. Notre Chapitre 2011 a senti cet appel pressant et a répondu par un engagement envers Justice, Paix et Intégrité de la Création (JPIC). Cet engagement est comme le « fil rouge » qui traversera et orientera notre mission, nos activités et notre vie. Cela veut dire que la promotion de la justice, de la paix et de l’intégrité de la création est devenue partie intégrante de notre mission et de nos apostolats. JPIC commence à être de plus en plus dans nos écrits, notre bouche, mais il faut qu’il pénètre de plus en plus dans notre cœur, notre spiritualité, notre agir.
Cet engagement pour “Justice, Paix et Intégrité de la Création - JPIC” surgit d’un double regard. Un regard sur le monde et ses structures injustes et le regard sur le projet de Dieu pour son peuple. Nous sommes appelées à nous mettre au service de ce projet de Dieu : le Royaume. Cela veut dire nous engager pour transformer la société. C’est une façon de “proclamer notre espérance”, de dire avec des actes que, à la suite de Jésus, nous croyons que la vie surgit de la mort, qu’un monde nouveau est possible : une société où les personnes puissent vivre en paix, en justice et en solidarité. Cela demande de travailler pour que les droits humains soient respectés à tous les niveaux, que les biens communs indispensables à la vie soient accessibles à tous, que toute la création, avec la personne au centre, soit respectée pour que la vie grandisse. Il s’agit de faire surgir un nouveau type de personne (en commençant par nous-mêmes). Nous avons besoin d’une conversion radicale et continue. Cet engagement peut nous aider à intégrer notre vie et notre foi et à vivre cette aventure avec tous ceux et celles qui œuvrent pour qu’advienne le Royaume de Dieu.
Cette vision de la justice est liée à notre foi et est enracinée dans la Bible, la doctrine sociale, la tradition de l’Église et notre charisme. Pour nous missionnaires, l’engagement JPIC est un appel à entrer davantage dans la vie concrète des peuples, à partager de plus en plus les joies et les espoirs, les souffrances et les angoisses du peuple de Dieu qui est l’humanité.
L’équipe et le réseau JPIC
Nous devons nous organiser, réfléchir et agir en vue de cette transformation. La création d’une équipe et d’un réseau JPIC sont les premiers pas d’une réponse qui se concrétisera peu à peu.
L’équipe qui sera à la base de la formation du réseau SMNDA-JPIC aura un rôle de réflexion avec le Conseil général et avec les responsables de JPIC à différents niveaux. L’équipe sera attentive à ce que l’engagement envers JPIC devienne ce fil rouge qui pénètre toute notre vie. Elle s’occupera aussi de l’animation du réseau, de la formation, de la spiritualité JPIC, de transmettre des méthodologies simples d’analyse et de plaidoyer, afin que notre engagement produise des résultats.
Le réseau JPIC à l’intérieur de la Congrégation permettra une réflexion commune, le partage des intérêts et préoccupations, le choix des sujets et une action commune en vue d’une plus grande efficacité. Dans un monde globalisé, toutes les couches de notre Congrégation internationale (généralat, provinces, régions, pays, communautés) doivent participer au réseau, car l’engagement JPIC doit et peut se vivre à tous les niveaux, du local au global. Cela demande de travailler avec d’autres concernés par les mêmes sujets et intérêts.
L’engagement de chaque sœur sera différent et pourra se centrer sur l’un ou l’autre aspect de JPIC. Cela peut aller de s’engager activement pour la justice, à conscientiser les élèves ou paroissiens, à partager les nouvelles reçues, à signer des pétitions, à la prière… Les sœurs du réseau animeront les communautés, régions et provinces pour former des multiplicateurs.
Un réseau ouvert
Le réseau qui est en formation se veut ouvert à d’autres. Nous avons des liens familiaux avec des congrégations-sœurs avec qui nous voudrions collaborer. Elles connaissent le milieu et sont bien placées pour conscientiser la population en vue d’une action. Quelques-unes nous devancent déjà dans un engagement pour la justice, reconnu par les Conférences Episcopales.
Une autre ouverture serait aux personnes, organisations (femmes, consommateurs, voisins) et institutions (conférences des religieux…) avec qui nous travaillons et au milieu desquelles nous vivons. Conscientiser, former, aider à faire des liens, aller aux racines des injustices qu’ils subissent et les accompagner dans leur agir.
Nous comptons nous unir aux nombreux réseaux JPIC existant, à la société civile, en apportant notre spécificité et en apprenant de leur expertise, pour réunir nos forces afin de multiplier notre action.
Begoña Iñarra, Bruxelles, Belgique
begoinarra@aefjn.org
S’ENGAGER POUR JPIC -
CONTRIBUER À CONSTRUIRE UN MONDE NOUVEAU
Quatre axes pour orienter notre action :
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La RELATION de solidarité et de respect envers les personnes et la création
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L’ÉCONOMIE à sa juste place, au service des personnes et non l’inverse.
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L’organisation DÉMOCRATIQUE de la société avec des relations d’égalité
entre les personnes et les institutions.
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Favoriser l'INTERCULTURALITÉ et l'éthique sociale dans le respect de chaque culture, religion, philosophie.


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REVÊTIR LE CHRIST,
POUR TRANSFORMER LE MONDE
UNE SPIRITUALITÉ JPIC
Vicky Chiharhula nous trace les lignes majeures d'une spiritualité de « justice et paix ». L’engagement pour la justice et la paix, pour la préservation de la création, nous l’associons facilement avec des activités à entreprendre ou à des campagnes de conscientisation. Mais cette lutte nécessite une conviction de foi solide. Elle est à creuser en nous et devient voix prophétique dans notre monde, sous la mouvance de l’Esprit Saint.
Sean O’Leary et Tom Zukile définissent la spiritualité comme : « Vivre sa foi, être animé par le même Esprit que celui de Jésus. Mettre nos pensées et nos actes en conformité avec notre foi…». (Sean O’Leary et Tom Zukile : Comment établir en paroisse un groupe « Justice et Paix », Manuel de formation page 27) S’agissant de la spiritualité de Justice et Paix, Peter Henriot sj, la définit comme suit : « C’est pour des chrétiens engagés, une façon de vivre à l’exemple de Jésus, qui prend ses racines dans l’Écriture et l’enseignement social de l’Église et qui a pour objectif la transformation de la société. » (Idem page 28)
Elle peut donc se résumer en quatre mots-clés : (Idem page 28)
Une foi forte est essentielle à la spiritualité JPIC. En tant que disciples de Jésus, nous croyons qu’il est venu pour nous donner la vie en plénitude (Jn 10,10). Ceci touche à notre style de vie : baptisées, nous sommes invitées à revêtir le Christ Jésus, dans nos pensées, nos paroles et nos actes pour participer à la transformation du monde.
Nous SMNDA, envoyées pour vivre notre charisme dans un monde où les valeurs évangéliques sont de plus en plus ignorées, où certains Mouvements religieux contribuent à l’asservissement des gens et où l’intolérance religieuse est en croissance. Nous éprouvons ce besoin d’approfondir davantage notre foi pour qu’elle soutienne notre engagement dans la rencontre de l’autre différent (de par l'appartenance sociale, culturelle ou religieuse). Ainsi nous contribuerons, avec d’autres, à l’avènement d’une société où les valeurs évangéliques d’égalité et de respect et où les droits et la dignité de chaque personne sont mieux respectés.
Vivre sa foi nous met en relation avec Dieu et avec les uns les autres pour promouvoir la vie promise par Jésus. Lorsque nos relations avec l’autre sont bonnes, honnêtes, tolérantes et respectueuses, nous contribuons à la paix. En revanche, le contraire est source d’injustices et de conflits. Nos relations peuvent donc devenir une expression de la spiritualité JPIC. Jésus lui-même nous y encourage dans Mt 25, 37-40.
Dans le monde d’aujourd’hui, la globalisation crée l’exclusion et la marginalisation de certaines zones dont l’Afrique, qui est le champ spécifique de notre engagement missionnaire. Notre vision élargie de la mission nous encourage à bâtir des relations de partenariat avec chaque peuple que nous voulons traiter comme un égal compagnon de route. Au nom de notre charisme, nous désirons fortement nous engager pour que l’Afrique retrouve sa juste place dans le concert des nations et que les peuples africains puissent aussi jouir des richesses de leurs pays spécifiques. « Tout à tous, car tout est à Dieu… »
Notre foi nous pousse à être des prophètes, à l’image de ceux du premier Testament. Nous le sommes lorsque, comme eux, nous nous identifions aux personnes qui, dans la société, sont victimes d’injustices que nous dévoilons et combattons. Cela fait aussi partie de la spiritualité JPIC. L’être humain est exploité comme une chose (femmes violées, enfants esclaves sexuels, enfants soldats/sorciers, enfants dans la rue etc.) ; la planète est dégradée par une exploitation éhontée pour l’enrichissement des uns au détriment des autres. Nous voulons nous associer à l’effort de tous ceux qui luttent pour dénoncer toutes ces injustices engendrées par le système actuel qui gère le monde et avec eux, proposer des alternatives pour un monde plus juste, où règnent la justice et la paix et où les lois défendront la création comme un patrimoine commun à protéger pour le bien de tous…
Seules, nous ne pouvons pas être des actrices efficaces de paix et justice. C’est l’Esprit Saint qui seul peut nous donner le courage et la force de le faire. Avoir constamment recours à l’Esprit de Dieu... est encore une expression de la spiritualité « justice et paix ».
Et que disent nos propres Écritures ? Il suffit d’ouvrir nos Constitutions, les écrits du Cardinal et de Mère Marie-Salomé pour nous en imprégner. Nos différents Actes capitulaires montrent aussi que nous sommes imprégnées de la spiritualité JPIC. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est de déceler dans notre vécu, les multiples circonstances où nous vivons vraiment la spiritualité JPIC et l’approfondir dans la vision élargie de la mission telle que pour nous, elle a été soulignée pendant le Chapitre général. Ce sera le cheminement des six années à venir. Je donne ici quelques brefs aperçus tirés de nos Écritures pour nous mettre l'eau à la bouche :
La foi et l’attachement à Jésus-Christ : Le n° 8 de nos Constitutions parle d’attachement fort et ardent à Jésus-Christ, souligné par le Cardinal Lavigerie lorsqu'il s'adresse aux postulantes de Lyon en 1887 : « La sanctification d’une sœur missionnaire repose sur deux choses également nécessaires : le détachement des choses humaines et l’attachement fort et ardent à Notre Seigneur ». Et pour les principes spirituels, il dit : « Pour une œuvre aussi grande, … il faut avoir en soi assez de foi surnaturelle pour compter sur l’intervention directe de Dieu et oser lui demander des miracles. De la foi, beaucoup de foi, c’est tout ce qu’il faut pour les obtenir. » (Enseignements du Cardinal 336)
Des relations imprégnées d’amour et d’entraide fraternelle : « Aimez-vous les uns les autres… formez véritablement une seule famille… que vous ne soyez pas seulement unies, mais un. Ne soutenez aucun autre intérêt que celui de la foi et de l’humanité, sachant embrasser dans un même amour toutes les nations d’ici-bas. Prouvez surtout par les faits, encore plus que par les paroles, que c’est là votre seule pensée... »
Vicky Chiharhula Munyerenkana, Bruxelles, Belgique
nkanavictoire@yahoo.com
Qu’est-ce qui soutient un/e personne JPIC dans son engagement?
Pour moi, c’est l’amour de Jésus et l’amour du pauvre qui est au centre.
Au bureau des OFM*-JPIC à Rome, cet aspect est symboliquement représenté par une photo d’un petit garçon, un refugié, marchant pieds nus, avec un sac à dos contenant tout ce qu’il possède ; on peut y lire le sous-titre:
“Il marchait sur ce chemin, le lieu de n’importe quelle guerre”. Toute personne engagée dans le projet JPIC est appelée à servir Jésus dans les plus vulnérables et les exclus de notre monde, en encourageant ses frères et sœurs
à vivre les valeurs JPIC et à les inclure dans sa mission pastorale.
Elle doit cultiver une relation forte avec Jésus Christ.
Si elle ne possède pas une vie de prière solide, équilibrée et constante,
elle deviendra épuisée, désenchantée, amère, et/ou alors elle ne verra plus les choses sous leur vrai jour.
Ces personnes ne sont pas des travailleurs sociaux.
(Extrait d’un exposé par le père Gearóid Francisco Ó Conaire, OFM, Secrétaire exécutif, Commission JPIC, USG/UISG pendant la session JPIC du 2-5/11/2011)


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UNE MEILLEURE QUALITÉ
DE VIE POUR LES PLUS DÉMUNIS
Depuis deux ans, Gloria Sedes travaille au service des personnes vivant avec le VIH SIDA à Deli (Tchad). Elle nous parle des soins bien particuliers qu'elle leur donne : « Nous connaissons les souffrances de ces personnes rejetées, marginalisées, stigmatisées et aussi tous les efforts qui se font pour leur venir en aide. Il y a deux grands risques : que l’aide ne leur parvienne pas—il y a trop d’intermédiaires qui en profitent—et que ces personnes deviennent trop dépendantes et mendiantes. Grâce aux ARV (médicaments antirétroviraux), on ne meurt plus à cause du SIDA, mais souvent à cause des effets secondaires des médicaments. Pour pallier aux effets secondaires de ces drogues, j’ai mis à leur disposition l’arqromerthérapie, que j’ai étudiée à Barcelone… Mais : qu’est-ce que c’est l’arqromerthérapie ?»
L’arqromerthérapie a comme objectif d’offrir une meilleure qualité de vie aux personnes. Il s’agit d’une technique qui est née de l’observation, dans la simplicité, avec l’intime besoin de « ne pas blesser », de respecter, de chérir et d’harmoniser la vie. C’est le fruit d’une recherche constante pour améliorer la qualité de vie de tout être humain malade, et de façon particulière, de celui qui n’a pas trouvé de soulagement avec d’autres méthodes. Cela se réalise grâce à l’union des techniques ancestrales et des techniques actuelles qui cherchent à retrouver l’équilibre entre le physique et le psychique de l’être humain.
Cela devient possible en associant différentes techniques qui permettent d’évaluer (au niveau physique et psychique), l’état de santé de la personne et de la traiter de façon globale (holistique) grâce à la phytothérapie (plantes), à des massages avec des aimants (magnétothérapie), à des circuits avec les arqromers appliqués sur les différents points du corps (chromothérapie, magnétothérapie).
Un autre point fort de l’arqromerthérapie, c’est qu’à travers un massage de percussion sur des points neuro-lymphatiques, nous pouvons enlever les allergies. En effet, depuis le début du changement climatique que subit la planète, le nombre de réactions allergiques a augmenté considérablement et l’Afrique n’a pas été épargnée. Les personnes vivant avec le VIH SIDA en souffrent tout particulièrement à cause de leur système immunitaire déficient. Parfois, ils devaient carrément stopper certains traitements… maintenant il y a de l’espoir, mais pour un tout petit nombre (ceux et celles dont je m’occupe). Et pour les autres ? C’est là qu’il serait juste et nécessaire de tout faire pour que d’autres personnes puissent apprendre et divulguent au maximum la bonté de cette thérapie. Oserons-nous ?
C’est vrai que l’école qui m’a formée, m’envoie régulièrement des produits. Qu’ils en soient remerciés ! Mais le désir, c’est de les trouver de plus en plus sur place. Pour cela, Jaume Feliu, mon professeur, m’envoie des formules et contrôle mes recherches et découvertes. Les plantes pour soigner le foie que nous trouvons ici, par exemple, sont bien plus puissantes que celles que l’on trouve en Europe et à un moindre coût.
D’autres personnes commencent à s’approcher de nous en cherchant une solution à leurs problèmes de santé après avoir dépensé de grandes sommes sans comprendre même de quoi ils souffrent… L’accueil, l’écoute, les explications, les traitements appropriés à des prix abordables, leur redonne de l’espoir.
Et voici qu’avec des femmes séropositives, nous avons créé un petit atelier de production. Elles sèchent, pilent, conditionnent les plantes, préparent des sirops, des pommades ainsi que les suppléments alimentaires, entretiennent le petit jardin de plantes médicinales, etc. Cela leur permet de gagner de quoi vivre sans avoir besoin de fabriquer de l’alcool. Pour le moment, elles sont quatre, mais avec le temps elles pourront être plus nombreuses. Cela fait partie de la thérapie "occupationnelle" nécessaire pour qu’elles puissent croire que même si elles ont une maladie incurable, il y a beaucoup de moments où elles peuvent travailler, faire des projets ou « rêver » comme tout le monde.
Voilà, ma modeste contribution pour faire advenir un monde plus juste…plein d’amour et de respect pour la mère Terre et avec une reconnaissance profonde devant ce qu’elle nous offre pour soulager et soigner les plus démunis.
Gloria Sedes, Deli, Tchad
nepitiala@yahoo.com.mx


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LA JUSTICE AU QUOTIDIEN
Je me trouve à la cuisine et j’entends des voix et des cris sur la route. L’ouvrier au jardin me dit : « On se venge sur des voleurs ».
Je sors et m’approche du groupe. Deux hommes sont couchés sur la route, face contre le sol. On leur donne des coups de pieds à la tête et bat les plantes des pieds avec des batons.
À ma demande de ce qui se passe tous crient : « Il faut les tuer, ma sœur, ce sont des voleurs ! »
Moi, tout calmement : « Qu’est-ce qu’ils ont volés ? »
« Ils attendaient dans les caniveaux que nous allions travailler à l’intérieur pour nous voler le linge. »
« Si vous êtes sûrs qu’ils sont des voleurs, amenez-les à la Police. »
Un homme dans le groupe approuve ma proposition. « Il ne faut pas tuer sans les juger. »
Les ouvriers du voisinage se retirent. Les autres demandent aux présupposés voleurs de se lever et on les amène vers la Station judiciaire.
Je suis intervenue par la foi dans l’amour et la pitié;
mais une session sur la NON-VIOLENCE ACTIVE m’avait montré
qu’il ne faut pas se montrer timide face à la violence.


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DU MÉPRIS À LA RECONNAISSANCE
Au Canada, la Marche Mondiale des Femmes 2010 portait, entre autres, sur une revendication nationale concernant les femmes autochtones. Les SMNDA déléguées du comité JPIC de la CUM ont voulu donner suite à cette revendication en prenant comme thème pour l’année 2011-2012 « Les femmes autochtones, leurs souffrances et leurs aspirations ».
Motivées par le fait que plusieurs Canadiens/nes ont du sang amérindien, nous ignorons pourtant l’histoire et la réalité quotidienne amérindiennes. Nous espérons déloger de vieux préjugés qui existent parmi nous, SMNDA, comme d'ailleurs dans l'ensemble de la population canadienne.
Depuis l'arrivée des Européens en terre d'Amérique, les autochtones ont été traités comme des mineurs, et leurs droits ont été bafoués. On a pris leurs terres, leurs ressources, leur droit à disposer de leurs biens. On les a placés dans des réserves. On leur a enlevé leurs enfants pour les placer dans des pensionnats où on leur apprenait qu'ils devaient oublier leur langue et leurs coutumes, que la langue et la façon de vivre des "Blancs" étaient meilleures que les leurs. L'objectif avoué de cette éducation forcée était l'assimilation des autochtones. Il en cachait un autre qui était de prendre leurs terres et leurs ressources. La plupart des Canadiens ignorent ce côté sombre de notre histoire. Ils considèrent que les autochtones ont reçu plusieurs privilèges (comme l'exemption de payer des taxes) et qu'ils se plaignent sans raisons. De là viennent les préjugés.
Le 4 octobre 2011, une veillée commémorative pour les femmes autochtones disparues et assassinées était organisée par des femmes autochtones elles-mêmes. L’objectif de cette soirée était d’honorer la mémoire de ces femmes et d’exiger que le gouvernement canadien soutienne les démarches des familles et communautés amérindiennes pour les retrouver et lutter contre la violence faite aux femmes autochtones.
Un membre de notre comité JPIC s’y est rendu. Une Autochtone a lu une prière dans laquelle, elle s’adressait à Mère-Lune et aux autres éléments de la nature. En cette fête de Saint-François d’Assise, elle ne pouvait s’empêcher de faire un lien avec lui. Trois femmes autochtones ont parlé de la disparition de leur mère ou de leur fille et de la souffrance qu’elles en éprouvent.
Les femmes autochtones vivant au Canada ont cinq fois plus de chance de mourir d’une mort violente que les autres femmes. Elles sont victimes du trafic humain. La presse ignore ces disparitions, et les forces policières négligent de faire une vraie enquête. Avant l'arrivée des Européens, les autochtones avaient un système matriarcal, et les femmes avaient beaucoup de pouvoir. Depuis, les colonisateurs ont imposé leur système patriarcal, et les femmes ont perdu leur pouvoir et le respect qui s'y rattachait.
Dans notre société québécoise, il existe des groupes qui s’intéressent au rapprochement avec les Autochtones. En 1993, un laïc et un Oblat de Marie Immaculée initient un comité Justice et Paix dont l’objectif est d’établir des contacts avec les Autochtones résidant à Montréal et d’étudier leurs problèmes. Les Évêques catholiques du Canada et des Églises chrétiennes donnent, par leurs documents « La justice comme un fleuve puissant » et « Une nouvelle alliance », une orientation à ces efforts. Une nouvelle alliance, voilà sur quoi il fallait travailler, et de là Wampum est né. Le nom « wampum » désigne le traité d’alliance que les Mohawks (tribu amérindienne) symbolisent par une ceinture à deux rangs. Traité qui invite chacun des groupes, autochtones et blancs, à naviguer côte à côte dans le respect mutuel.
Aujourd’hui, le Centre Wampum continue les efforts de ce premier comité qui se veut un carrefour de rencontres représentant les autochtones et les allochtones (Blancs) du Québec qui échangent sur les questions touchant la culture et la spiritualité des Premières Nations. Deux SMNDA participent à ces échanges. Les activités : films, repas, conférences, visites à des lieux historiques amérindiens, par exemple le lieu de pèlerinage à la Bienheureuse Kateri Tekakouita, se font dans un climat de fraternité, de respect et d’écoute mutuelle. Nous sommes témoins du renouveau spirituel et culturel des Autochtones qui viennent partager leurs valeurs, leurs souffrances et leurs espoirs. Établir des ponts entre les différents groupes de la société québécoise se réalise petit à petit.
Thérèse Gravel, Lucille Cadieux et Michelle Plante,
Comité JPIC de la CUM, Cartierville, Canada
luluca252000@yahoo.com


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LE FONDEMENT BIBLIQUE DE LA JUSTICE SOCIALE
Les fondements pour une justice sociale se trouvent à l’intérieur du récit même de la création. Le Livre de la Genèse affirme quatre points majeurs qui s'interpénètrent et qui sont à la base de toute justice sociale :
- Affirmation que Dieu a créé toute personne humaine, identique en dignité et droits ;
- Que la terre et tout ce qu’elle renferme appartient de façon égale à tous ;
- Que toute personne humaine aussi, est coresponsable avec Dieu dans la tâche de l’aider à protéger la dignité de toute personne et de toute chose ;
- Et que la terre elle-même a des droits et des besoins qu'il faut respecter et elle n’est pas seulement un lieu pour l’activité humaine.
Ces affirmations sont à la base de tout autre enseignement moral concernant la justice sociale.
Ronald Rolheiser, The Holy Longing, page 174 – 175


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JUSTICE SALVATRICE DE DIEU
L'instruction, l'éducation et les soins de santé, ce sont des œuvres de la justice salvatrice de Dieu. Françoise Laflamme fait la relecture des 100 ans de présence des SMNDA au Malawi, sous l'aspect de l'engagement de nos Sœurs pour la justice et la paix à travers le travail d'évangélisation.
1911: Si nous imaginons le Malawi au temps où nos premières sœurs y arrivèrent, il y a 100 ans, ne participaient-elles pas elles aussi à la justice salvatrice lorsqu'elles commençaient par instruire les enfants et les adultes, leur parlant de Dieu déjà au milieu d'eux ? Ceci dut être pour eux comme une pluie bienfaisante ouvrant leur cœur et leur esprit à la Bonne Nouvelle. Les autres paroles du prophète en Isaïe 55, 10 : « Comme la pluie et la neige descendent des cieux et n'y remontent pas sans avoir arrosé la terre, l'avoir fécondée et fait germer, » n'étaient pas difficiles à saisir pour eux. C'était ce qu'ils croyaient et c'est pourquoi ils brûlaient un buisson pour que l’eau s’élève avec la fumée chez Chauta et ensuite leur soit rendu comme pluie.
L'évangélisation ne fut pas la seule activité pour faire advenir la justice salvatrice. Celle-ci vint à travers toutes les activités de nos sœurs, que ce soit l'éducation dans les écoles primaires ou secondaires et la formation pédagogique des enseignants, les soins de santé ou le développement social. Tout fut un moyen pour faire advenir la justice salvatrice en aidant les gens à reconnaître leur dignité et à devenir conscients du travail de Dieu en eux.
1971: Je me souviens qu'au début des années 70, lorsque j'enseignais dans un foyer social, une femme vint d'elle-même s'inscrire pour le cours. Son mari ne voulait pas dépenser un sou pour elle, car il pensait qu'elle n'y arriverait pas. C'est vrai qu'elle apprenait très lentement, mais comme elle le disait : « Je sais à l'intérieur de moi-même que je suis capable d'apprendre. » À la fin des six mois de cours, non seulement elle avait réussi son étude, mais elle avait découvert sa dignité et gagné l'estime de son mari.
2005-2011 : Chaque enfant que nous recevons à Tikondane a une histoire à nous transmettre au sujet de l'amour de Dieu donnant naissance à la création réconciliée. Parlons de Tikuferanji (nom changé). Elle est arrivée à Tikondane en septembre 2005. Elle avait été accusée de sorcellerie après la mort de sa mère. Il en résultait que les parents de sa mère défunte l'avaient rejetée et chassée. Le chef fit pression sur la famille pour s'assurer qu'elle ne reviendrait pas dans ce lieu. Elle aurait aimé rester avec son père, mais elle quitta la maison le jour de la mort de sa mère et fut alors introuvable. Parce que les membres de la famille ne la désiraient plus dans leurs maisons, elle dut rester dans notre centre d’accueil. Là nous remarquions combien elle devenait dépressive et combien elle pleurait la mort de sa mère. Elle s'accusait d'en être la cause. Tikuferanji avait pris soin de sa mère malade, et c'est pendant qu'elle jouait dehors avec d'autres enfants que sa mère était morte. Elle ressentait qu'elle n'avait pas su protéger sa mère de la mort.
Tikondane réussit à retrouver la maison paternelle au village. Dans la culture, les enfants appartiennent à la famille de la mère, mais la famille de son père lui fit un chaleureux accueil, ce qui changea sa vie. La dépression disparut : pour la première fois, un beau sourire illuminait son visage. A présent, elle sait qu'elle a des racines, qu'elle appartient à une famille, qu'elle est acceptée et aimée. Pendant les dernières vacances scolaires en août, sa tante lui fit dire que son père était là. Elle était vraiment heureuse de le revoir même s’il était très malade. Elle put parler avec lui, l'aider et lui apporter de l'eau. Elle revint à l'internat, apportant ces bonnes nouvelles. Et un jour vers la mi-octobre, on l'appela pour aller au village. Son père était mort. C'était triste pour elle, mais sa tante l'appela et lui dit : « Tu as retrouvé ton père, maintenant il est parti, mais tu es notre fille et nous continuerons à prendre soin de toi, nous t'aimons. »
L'amour de Dieu donnant naissance à la création réconciliée : quel incroyable défi !
Françoise Laflamme, Lilongwe, Malawi
msola@africa-online.net


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REFUSER DE « COLLABORER »
Elodie Ouédraogo Somwaya, SMNDA en mission au Congo RDC, suit une formation pour les éducatrices de l’école maternelle à l’Athénée d’Ibanda dans un centre de formation pour métier féminin. C’est un centre d’adulte et de responsables de famille. Son expérience porte sur sa première année de formation, 2010-2011.
Dans notre centre de formation, j’ai très vite constaté le grand retard de certains professeurs pour le début des cours et leur absentéisme ; il y a aussi un manque de rigueur de la part du directeur ou préfet, qui est souvent en retard et ne respecte pas l’horaire établie.
Mes camarades de classes m’ont invitée à « collaborer » avec eux. Cette collaboration est une vraie tricherie qui consiste à passer ta copie aux autres lors des devoirs et interrogations pour qu’ils copient les réponses.
Je ne pouvais pas supporter le fait que nous perdons le temps à l’école sans rien apprendre puisque nous n’avons pas cours. Ce qui est aussi évident est que des enseignants mal formés ont des lacunes d’apprentissage et enseignent des erreurs aux élèves. Je ne pouvais fermer les yeux sur ce cercle vicieux qui pénalisera les générations futures.
Dans la tricherie couverte par le titre de collaboration, j’ai détecté le vol et le mensonge qui ne peuvent conduire qu’à la destruction de la personne qui les pratique. Je suis outrée du mauvais comportement que ces responsables de familles transmettront à leurs enfants.
J’ai alors compris que c’est ma responsabilité d’interpeller les autres par rapport à ces maux :
J’ai parlé de mes malaises au préfet, j’ai porté plainte de l’absentéisme de mes enseignants et du retard constaté. Ce dernier s’est excusé et m’a promis un changement positif. Aussi, j’ai partagé cette situation de mon école en communauté et avec Marivi Elia Ansa, notre Régionale.
Comme la situation persistait, Hélène Shalukoma, déléguée par la communauté s’était présentée au bureau du directeur pour l’interpeller. Dernièrement, la Supérieure régionale a rencontré le préfet et lui a parlé de l’expérience faite et de ce que nous attendons du centre pour la nouvelle année.
Pour la tricherie, j’ai catégoriquement refusé ce type de collaboration et j’ai tout fait pour gêner ceux qui trichaient pendant les devoirs en les dénonçant ou en les interpellant. J’évoquais si nécessaire le rôle que chacun a dans sa famille, sa mission de responsable exemplaire. J’ai donné souvent l’exemple d’un enfant qui aurait été chassé de l’école pour raison de tricherie et je leur demandais leur réaction si c’étais un de leur famille. Beaucoup réprimandaient le fautif. Et nous arrivons à tirer la conclusion que pour défendre la tricherie à son enfant le parent doit d’abord donner le bon exemple.
Comme tout changement d’habitude demande du temps et de la patience; c’est petit à petit que notre oiseau fera aussi son nid.
Elodie Ouédraogo, Kadutu, Bukavu, RD du Congo
smndakadutu@yahoo.fr


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SEMER L’ESPOIR
C’est depuis mars 2010 que Sabine Dakouo donne 18 heures d’anglais par semaine au Lycée de Déli (Tchad). Cette école publique appartenant à l’État compte six classes allant de la seconde à la terminale, avec les séries littéraire et scientifique. Dans le contexte actuel de ce Lycée, les jeunes et leurs enseignants font face à de multiples défis. Voici comment Sabine se situe.
La pauvreté est manifeste à plusieurs niveaux. C’est tout d’abord la carence d'enseignants formés. C’est pourquoi il n’est pas étonnant de trouver des bacheliers enseignant dans une classe de terminale. D’une part, le gouvernement se soucie peu du fonctionnement de l’école, bien qu’elle soit seulement à 30 km de la ville où réside l’Inspection. D’autre part, certains fonctionnaires qui y sont envoyés, ne s’adaptent pas à la campagne. Aussi, il revient au Lycée de recruter des enseignants sur place. Durant toute l’année passée, une classe de terminale n’a pas eu de cours de français, et ce problème n’a pas encore trouvé de solution.
Les conditions de travail sont rudimentaires : les professeurs n’ont pas de documents de travail, les élèves non plus. Nous avons juste le programme national à notre disposition, mais il ne se réfère à aucun livre, du moins en ce qui concerne l’anglais. C'est ainsi que la responsabilité revient à chaque enseignant de trouver les manuels nécessaires pour son cours. Les tables-bancs sont en nombre insuffisant, surtout pour les classes de seconde dont les effectifs s'échelonnent entre 76 et plus de 80. Cette année, la plupart des élèves devront s’asseoir par terre, car un grand nombre de bancs est en mauvais état.
La cotisation des parents d’élèves est minime et sert à payer les enseignants recrutés par l’école et donc non intégrés à la fonction publique, comme c'est mon cas. Il n’y a pas de mobilier dans la classe de l'enseignant. La fenêtre me sert de table et quand vient le vent, mes objets tombent par terre. Même si pédagogiquement, il n’est pas conseillé de s’asseoir quand on donne le cours, il m’arrive qu’après 4 h debout, je sente le besoin de m’asseoir, mais là encore, le nombre de chaises fait défaut.
En dépit de ces conditions, j’ose dire que j’ai beaucoup de joie à être avec ces jeunes gens et à chercher autant que possible à apporter ma petite contribution à leur éducation. Ce qui me motive, c’est le choix de mon engagement à la suite du Christ pour son royaume, la joie de le servir à travers ce qui m’est confié de vivre et de faire.
Être en quête de justice dans ce milieu scolaire démuni, c'est chercher la justice que le Christ a vécue parmi les humains et que Lavigerie a bien voulu nous transmettre : « Je suis homme et l’injustice envers d’autres hommes révolte mon cœur. »
La régularité et la ponctualité sont pour moi importantes pour un travail sérieux et elles stimulent les élèves à s’absenter rarement au cours. Pendant les vacances, je fais quelques recherches de textes d’anglais relatifs au programme national. Avec leur petite contribution et l’apport de la Congrégation, je fais des photocopies pour les élèves. Cette année, grâce à un don, un livre pour deux élèves sera mis à la disposition de la classe et probablement aussi un recueil de textes. Ce sont des textes riches par leur contenu de valeurs humaines à passer aux jeunes, à travers leur travail d'analyse.
Au-delà des manuels, j’essaie de porter une attention à chacun de mes élèves, le rejoindre là où il en est de son apprentissage et l'aimer. Le niveau n’est pas bon, mais l'élève n’est pas le seul responsable de cette pauvreté intellectuelle due à d’autres facteurs indépendants de lui. Quelquefois ils me disent : « C’est avec vous que nous apprenons l’anglais. » Pourtant l’anglais est introduit à l’école depuis la 6ème année. Une telle parole m’incite à devenir plus patiente vis-à-vis de leur progression relativement lente.
Il faut chercher à semer l’espoir en eux par un mot, une parole et les encourager au travail plutôt que de donner des points non mérités; à mon avis ce n’est pas aider l’élève, c’est nuire à son avenir et à celui de tout un peuple.
Le conseil de classe est aussi un lieu où je peux libérer ma pensée. A la fin de l’année, des élèves m’ont adressé des lettres de remerciement tandis que d’autres sont venus à la maison, même si parmi eux il y en avait qui avaient échoué dans mon cours. Je crois qu’ils se sont sentis aidés, simplement.
Toutefois je vis cette aide dans la réciprocité, car il n’y a pas de classe sans élèves. L’enseignant n’est qu’un guide. C’est grâce à eux que je m’ajuste et me forme. Dieu est à l’œuvre.
Sabine Dakouo, Deli, Tchad
sabinedakouo@yahoo.fr


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POURQUOI LES AUTRES ET PAS MOI ?
Miriam a 15 ans. Quand elle était petite, on l’avait envoyée chez sa grand-mère pour l’aider dans les travaux de la maison et pourvoir à ses besoins. Jamais on n’avait pensé à l’envoyer à l’école. Quand la grand-mère mourut, Miriam est revenue chez ses parents.
Son père voulut qu’elle se joigne à « N mali sheli », notre projet SMNDA pour le développement intégral des femmes. Le papa pensait qu’ayant acquis un métier, Miriam allait aider à payer les études de ses frères et sœurs. Béatrice Miburo nous raconte comment les choses se sont passées autrement et comment le droit d’un enfant d'aller à l’école a été respecté.
Le père présenta Miriam à une de trois responsables du groupe des femmes qui, à son tour, me la présenta. Durant les trois mois qu'elle passa dans ce groupe de femmes, j'observais que Miriam s’intéressait plus à la lecture et à l'écriture qu’à la couture. Les sœurs enseignantes de notre école primaire proposèrent alors que Miriam puisse aller à l’école. Au Ghana, on peut joindre la classe à tout moment et à n’importe quel âge.
Quand j’ai informé Miriam de cette possibilité, elle était très enthousiaste et aussi prête à faire face aux exigences qui s’en suivraient :
¨ Commencer avec le programme de l'école maternelle
¨ Puis continuer avec celui de l’école primaire, même à l'âge de 15 ans
¨ Parler à son père qui attendait qu’elle gagne de l’argent plutôt que d’étudier.
Chaque fois que Miriam venait pour la couture, quelqu’un lui enseignait à lire et écrire. De cette façon, nous avons pu l’acheminer au niveau de l’école maternelle, et aussi voir son engagement pour les études ainsi que sa capacité à se concentrer et à étudier. Puis elle devait parler à son père de son désir. Celui-ci n’accepta pas l’idée des études de Miriam. Nous avons envoyé quelqu’un du village pour lui parler, mais il refusait toujours et ne voulait pas céder.
Moi-même, je lui ai parlé, et il m’avait promis de donner bientôt une réponse. Ses attentes étaient très claires : Miriam devait apprendre à coudre afin d’aider à payer les études de ses frères et sœurs ; elle-même était bien trop âgée pour étudier. D’autres personnes me disaient que Miriam devait se préparer au mariage.
Nous avons aidé le papa à comprendre que c’était bien pour lui-même et pour Miriam qu’elle aille à l’école. Je m’arrangeai avec les femmes qui acceptèrent de fournir l'uniforme d’école. Le papa, lui, devait payer les cotisations requises avant l’entrée en classe. Nous avons impliqué aussi la maman qui se montra très compatissante envers sa fille.
Après deux semaines, le papa donna sa permission. Miriam était très heureuse, comme nous toutes l'étions, et également les personnes qui avaient facilité le dialogue en traduisant de la langue locale à l'anglais.
Tout au long de ces mois, Miriam s’était posé la question : POURQUOI LES AUTRES ET PAS MOI ? Aujourd’hui, Miriam est en première année d'école primaire. Tous, nous espérons que tout aille bien pour elle.
Beatrice Miburo, Gumo, Ghana
beatricemiburo@yahoo.com


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LE DÉSIR DE MÈRE MARIE-SALOMÉ
POUR NOTRE CHARISME SMNDA
Dans le Partage Trentaprile 3/2011, nous avons vu comment Mère Marie-Salomé portait la forte empreinte du Fondateur : elle se référait constamment à lui, à son conseil, son enseignement, son autorité. Après la mort du Cardinal, son désir pour la Congrégation et son charisme y reste attaché : assumer les joies et les souffrances de la grande entreprise missionnaire pour l’Afrique du Cardinal Lavigerie.
Le Fondateur - sollicitude vigilante et paternelle
Une fois la crise de 1885 passée, le Cardinal s’appliqua par ses conseils et décisions à la bonne marche de la Congrégation et garda en vue son ensemble : la fondation de nouveaux postes, la vie religieuse des sœurs et le gouvernement. Il poursuit également l’approbation des Constitutions et du Directoire. Sa sollicitude vigilante et paternelle assure le développement de la Congrégation comme il le souhaitait. En 1887, il intensifie le recrutement par l’ouverture des postulats à Lyon et à Maëstricht, suite aux appels de l’Équateur pour que les sœurs rejoignent les Pères Missionnaires, surtout pour l’apostolat auprès des femmes. La Congrégation s’accroît, et des communautés sont fondées dans divers pays d’Afrique (Cf. Histoire des Origines, p. 415-474).
Vers l’autonomie
En même temps, le Cardinal encourage Mère Marie-Salomé à prendre davantage de décisions. Quand elle sollicite son aide pour le postulat à Lyon, il lui répond : « Vous devez commencer à faire vos affaires matérielles vous-mêmes …» Déjà en 1886, elle doit choisir elle-même les sœurs pour une nouvelle fondation en Kabylie. L’année suivante, Mère Marie-Salomé demande au Cardinal de préparer un règlement pour le dispensaire annexe au noviciat de Carthage. Il lui répond de faire elle-même un règlement et de le soumettre ensuite à son approbation. Il ajoute qu’elle peut se faire aider par Sr Claver qui pourrait en prendre la direction (Origines, p. 531).
La vie religieuse des sœurs préoccupe le Fondateur, autant dans les maisons d’Europe que dans les postes de mission. Il y envoie Mère Marie-Salomé à plusieurs reprises. Elle en rédige des comptes-rendus marqués de bon sens et d’une bonté largement compréhensive (Origines, p. 481). Au Chapitre de 1889, elle est remplacée comme maîtresse de novices, pour s’occuper davantage de la direction de la Congrégation et de visiter les divers postes plus souvent (Origines, p. 564).
Autonomie et appui
Après la mort du Fondateur, le Père Voillard lui succède comme supérieur légitime, et Mère Marie-Salomé compte beaucoup sur lui. Cependant, le Saint-Siège n’acceptant plus que les congrégations féminines fussent subordonnées aux congrégations d’hommes, il prépare Mère Marie-Salomé à cette autonomie. La Congrégation devint autonome en 1893, et l’influence du Père Voillard s’exerça dès lors de façon voilée (Origines, p. 700-750).
Mère Marie-Salomé prend pleinement sa responsabilité. Comme elle l’écrit le 16 juillet 1915 : « À partir de cette date chère et douloureuse du 26 novembre 1892 … j’ai dû, avec le Conseil, gouverner plus directement notre petite famille religieuse, et multiplier les avis, les instructions, parfois même des reproches, à mesure qu’elle prenait plus d’extension, et que les circonstances semblaient le demander. » (En tout, elle) désire faire passer dans la pratique de notre vie religieuse les enseignements que notre Vénéré Père (nous) a donnés » (cf. Lettres Circulaires 1892-1915, Avis).
Tout dépend de la formation
Le Fondateur attachait une grande importance à la formation des sœurs. Il écrivait à l’aumônier du postulat à Lyon : « Je me préoccupe naturellement de son succès, non pas tant du succès extérieur que du succès intérieur et spirituel, je veux dire de l’esprit qui anime ces bonnes filles, tant celles qui se présentent que celles qui sont là pour recevoir les autres » (Origines, p. 478).
En 1887, le Père Bazin est directeur spirituel au noviciat de Carthage. Le Cardinal estimait que les sœurs devaient recevoir la même formation essentiellement missionnaire que les Pères, puisqu’elles étaient destinées à collaborer étroitement avec eux dans les mêmes champs d’apostolat. Avec l’aide du Père Bazin, Mère Marie-Salomé formait ses novices. Chaque semaine, elle écrivait au Cardinal, lui demandant conseil et directives (Origines, pp. 526-529).
Allez donc… !
Dans son allocution à la prise d’habit de Sœur Marie-Claver, le Cardinal incite sa Congrégation à l’expansion : « Allez donc, mes chères Sœurs vers les femmes de notre Afrique intérieure… Eclairez-les par vos exemples, gagnez leurs cœurs par votre charité, instruisez-les par votre parole… » Nous sommes en 1887, deux ans après le Vœu à Notre-Dame … (Origines, p. 424)
Mère Marie-Salomé et ses sœurs étaient prêtes ; elles l’avaient si ardemment désiré ! Dès 1894, des caravanes partent régulièrement à l’Équateur, puis en Afrique Occidentale. En 1897, un appel arrive du Soudan français : il est « opportun de compléter, dès cette année, le personnel des ouvriers évangéliques par l’adjonction des Sœurs Missionnaires » (Origines, p. 718).
Lettre circulaire de Mère Marie-Salomé au départ de la 1ère caravane
En 1894, Mère Marie-Salomé accompagne elle-même les sœurs à Marseille et leur remet, la veille du départ, une lettre dans laquelle elle laisse parler son cœur. En voici quelques extraits :
« Le Seigneur a fait choix de notre petite société pour aller le faire connaître et aimer d’autres peuples … nous avons part à la fondation de cette Église naissante. (…) Gardez en vos cœurs, comme votre unique trésor, l’amour de Notre-Seigneur, un amour fort et généreux. Cherchez auprès de Jésus tout ce qui vous sera nécessaire (...) Lui-même veille directement sur vous. Soyez Sœurs de Notre-Dame des Missions d’Afrique et ne soyez plus que cela. Que jamais entre vous il ne soit question de nationalité. Soyez obéissantes à la Supérieure locale, c’est elle qui doit suivre la marche de la mission » (Origines, p. 708-713).
Le serment pour l’Afrique
Le 1er octobre 1896, la Sacrée Congrégation de la Propagande approuve la ‘Société des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique’. Le serment pour l’Afrique, maintenu par le Fondateur parce qu’il donnait à la Congrégation son caractère essentiel, est inséré dans la formule des vœux comme « l’engagement de se consacrer aux Missions d’Afrique ». Toute contente de cette solution, Mère Hippolyte écrit à Mère Claver : « Ce ne sera plus une ficelle attachée à une corde, mais une corde câblée, et bien solide ». Le caractère propre à la Congrégation reste : être vouée aux missions de l’Afrique (Origines, pp. 758-759).
Rôle de la Vierge Marie pour Mère Marie-Salomé
Quand le Cardinal reprend en main la Congrégation après la crise, Mère Marie-Salomé y voit la protection de la Sainte Vierge.
La statue du vœu fut érigée et bénite à Saint-Charles, redevenu Maison-Mère, le 15 août 1886. Puis, toutes heureuses, sœurs et novices se rendirent à Notre-Dame d’Afrique pour la remercier de sa maternelle protection … Le développement continu de la Congrégation accroissait la gratitude des sœurs envers Marie, qui les protégeait si visiblement. En 1895, pour exprimer leur reconnaissance de façon tangible, Mère Marie-Salomé fit placer dans la basilique de Notre-Dame d’Afrique une plaque de marbre à cet effet (Origines, pp. 406, 722-723).
Fidèles à l’esprit du Fondateur
Le plus profond désir deMère Marie-Salomé pour la Congrégation est de rester fidèle à l’esprit du Fondateur. Le jour de sa mort, elle répondit aux sœurs qui l’interrogeaient sur ce qu’elle demanderait en paradis pour ses Filles : « Que vous soyez toutes de saintes missionnaires, et que vous gardiez bien l’esprit de notre Vénéré Père » (Origines, p. 774).
Conclusion
On peut retracer le désir de Mère Marie-Salomé pour notre charisme smnda dans un texte de Joseph Perrier, MAfr. sur les débuts de notre Congrégation.
« Débuts difficiles. Pendant vingt ans, on chercha la formule… et même le nom ! (…) Chose remarquable, la véritable fondation de cette congrégation missionnaire fut au moins autant l’œuvre des sœurs elles-mêmes que l’œuvre de l’archevêque d’Alger ! Plusieurs fois, il fut question de la dissoudre ou de la joindre à une autre congrégation. Mais à chaque fois les sœurs, qui avaient saisi intuitivement le vrai désir du fondateur, tinrent bon, insistèrent pour continuer. Toute l’histoire de la fondation des sœurs montre combien Lavigerie était un homme d’action et un pragmatique. (…) La chance de l’archevêque d’Alger fut de pouvoir compter, dès le début, sur un groupe de femmes remarquables, d’une générosité à toute épreuve, au premier rang desquelles il faut mettre la mère Marie-Salomé. » (Joseph Perrier, Vent d’avenir pp.68-74)
Mère Marie-Salomé, tout comme le Cardinal, était enracinée dans l’Amour de Dieu pour les peuples africains. De là sa confiance inébranlable, sa ténacité et son leadership qui ont assuré le développement du charisme que l’Esprit avait remis à notre Fondateur pour l’Afrique.
Gisela Schreyer, Rome


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LE PLUS BEAU DES SILLONS

Le plus beau des sillons….
Celui qui aide l'enfant à naître au-delà des turpitudes que lui préparait son passé ; celui que dessine une main agile et sûre sur le bas ventre de la femme qui somnole et veille encore ; celui qui se creuse de rouge et laisse germer la semence puis jaillir le fruit ; celui que trace une équipe dans un bloc opératoire entre différentes cultures, différentes religions et semblable humanité.
Le plus beau des sillons…
Après le labour d'une vie arrachée à sa destinée, le répit d'une salle bleue où seul l'espoir est enfermé, et la chaleur peut-être … elle s'écoule, gouttelettes d'effort qui s'offrent au bourgeonnement de l'enfant né comme un ressort !
Le plus beau des sillons…
Fait de chair et de fils qui referment la plaie et ouvre une page d'histoire encore blanche ; mère à nouveau d'un fils nouveau-né qui portera le nom de celui qui l'aida et s'en alla, Jean -François ; et cet autre du moment, qui traduira la sainteté du service par eux tous accompli : « Ramadan », sans que l'enfant jamais peut-être ne s'entende appeler ainsi.
Le plus beau des sillons…
Il relie désormais le noir et le blanc, l'Algérie et la Côte d'Ivoire ; chemin ouvert vers tous les possibles, vers toutes les rencontres ; et ses mains qui accueillent le premier cri, resteront gravées dans ma mémoire ; geste d'offrande qui s'approche du regard d'une mère qui s'abandonne, enfin, heureuse quelques instants de son sort : il est né ; il est vivant, Que Dieu soit béni !
Merci à toi M., à vous Docteur B. et M. et à tous les autres…
Une césarienne, une femme subsaharienne, une équipe médicale algérienne…
Laurence, Algérie
laurencesmnda@yahoo.fr


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COMMUNICATIONS
COMMUNICATIONS DU CONSEIL GÉNÉRAL
VŒUX PERPÉTUELS :
Harriet Kabaije et Agnes Nakiguli feront leur engagement définitif à la paroisse St. Javira à Kampala, Ouganda, le 17 décembre 2011.
Valérie Kaboré fera son engagement définitif à Ouagadougou, Burkina Faso, le 17 décembre 2011. Ce sera aussi l’ouverture de la célébration du centenaire au Burkina Faso.
DÉPART :
Anna Szulc ( Pol.) a quitté la Congrégation et pris un autre orientation de sa vie.
NOMINATION :
Victoria Chiharhula Munyerekana est nommée dans la communauté de Rome pour le travail de Justice, Paix et Intégrité de la Création. Elle joindra la communauté en janvier 2012.
VA-ET-VIENT AU GÉNÉRALAT
Les sœurs du Conseil général sortant ont quitté Rome à leur tour. Nous remercions très affectueusement Piluca Benavente, Hélène Mbuyamba et Chantal Vankalck pour leur service généreux dans le Conseil général.
Nous disons un grand « MERCI » à nos sœurs qui ont rendu un service au généralat pendant beaucoup d’années et qui ont quitté pour une nouvelle mission pendant les mois passés : Odette Boillat, Marielle Bergeron, Lucie Pruvost, Nicole Robion, Pierrette Coudé, Laura Fernandez et Reninca. Notre prière les accompagne.
Deux groupes de MAfr suivant la « Rencontre Transition au 3e âge » à la Via Aurelia sont venus avec leurs animateurs, Bernard Ugeux, M.Afr. and Sr Gertrud Glotzbach, SMNDA pour un goûter et un partage fraternel dans notre généralat, le 25 septembre et le 12 octobre 2011.
Un groupe de 17 personnes, hommes, femmes et enfants et un prêtre polonais, en pèlerinage à Rome, sont venus célébrer la messe dans notre chapelle le 14 octobre 2011. Du groupe était Ines Dobrowolska, candidate SMNDA à Lublin. Autour d’une tasse de café et un gâteau, nous avons eu un échange grâce aux connaissances de l’anglais et du français des professeurs de langues dans le groupe, Ines en étant une.
La rencontre des économes a eu lieu du 19 au 25 octobre 2011. Nous nous sommes réjouies de partager avec les sœurs venues des trois provinces et de voir la maison bien remplie…


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Partage Trentaprile est publié 4 fois par an par les Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d'Afrique, Viale Trenta Aprile, 15 - 00153 Rome, Italie
Courriel: partage.trentaprile@msolafrica.org
Comité de rédaction: Maria del Carmen Ocón Moreno (CG), Gisela Schreyer (Editrice), Hildegunde Schmidt (archiviste) - Traductions: Nicole Robion, Felicia Nowak, Marie Heintz - Mise en page: Gisela Schreyer - Expédition: Patricia D'Ortenzi
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