Sr Alice Yirabo Koné, à droite, avec d’autres étudiantes de la langue arabe
De Sr Alice Yirabo Koné, Hydra, Algérie
« Par l’obéissance, tout le travail, toutes les fonctions, toute la vie se trouvent insérés dans le champ de l’apostolat et, quoi que l’on fasse et où que l’on soit, on est envoyé ».
Je me suis laissé éclairer par cette assertion de Maurice Zundel tout au long de ma première mission en Tunisie. En effet après mon noviciat et ma première profession à Bobo-Dioulasso, j’ai été envoyée dans la communauté de la Marsa en Tunisie, pour l’apprentissage de la langue et de la culture arabe.
Dès mon arrivée, j’ai été accueillie, initiée et intégrée en communauté par mes soeurs. Nos soeurs Maria et Mélika en particulier m’ont aidé à
faire mes premiers pas dans l’apprentissage de la langue par les cours qu’elles m’ont donné. C’est après cette expérience que j’ai rejoint
l’Institut des langues vivantes de Bourguiba School pour commencer les cours.
Je me suis laissé convaincre par le cardinal Lavigerie « qu’apprendre la langue d’un peuple, c’est se préparer à lui appartenir ».
En fait, apprendre la langue et la culture d’un peuple, s’est se faire aussi proche que possible pour devenir membre de ce peuple. C’est ce qui m’a donné une grande motivation dans l’apprentissage de l’arabe comme langue et comme culture.
A Bourguiba School, j’ai suivi les sessions avec des jeunes de différents horizons, de différents pays, de différentes cultures qui avaient des
projets d’étude ou de travail ou qui le faisaient simplement par plaisir.
La question qu’ils me posaient presque toujours était : « Et toi, pourquoi apprends-tu l’arabe » ?
C’était peut-être pour eux une question anodine, mais cette question m’a fait me poser des questions profondes sur ma présence dans cet Institut en tant que SMNDA, et m’a donné aussi une occasion de partager et de témoigner de ma vocation missionnaire auprès d’eux. J’ai aussi souvent partagé avec eux le sens de ma vocation missionnaire, la nécessité d’apprendre la langue et la culture des peuples vers lesquels nous sommes envoyées, et j’ai parlé de notre vie quotidienne avec les peuples en tant que missionnaire.
Mon expérience d’apprentissage de l’arabe n’a pas été facile au début.
J’ai fait face entre autres aux difficultés de compréhension. Les professeurs expliquaient presque tout en arabe, ce qui faisait que j’avais de la difficulté à suivre. J’avais parfois l’impression de ne rien comprendre, parfois j’étais découragée, mais grâce à l’encouragement, le soutien de mes soeurs et avec beaucoup d’efforts, j’ai commencé à comprendre, petit à petit j’ai déchiffré le sens des mots et j’ai pu suivre le cours.
Je me rappelais les conseils de Lavigerie : « Ne reculez devant aucune peine, pas même devant la mort [pour ma part la difficulté de l’arabe] pour annoncer le royaume de Dieu ».
Au cours de ce temps d’apprentissage, j’ai réalisé que cette aventure n’est pas une chose facile, et que seuls la patience, le désir et le sens
que l’on donne à ce qu’on fait peuvent donner la force et le courage d’apprendre une langue. Aussi, après avoir acquis les bases, je me
rends compte que l’apprentissage d’une langue est une école, un cheminement qui dure toute la vie, c’est pourquoi je continue à
m’améliorer, à perfectionner les bases que j’ai acquises durant mon expérience.
Durant ce temps, au-delà de difficultés rencontrées, j’ai expérimenté la joie de la rencontre avec les autres. C’est une expérience qui fut un
lieu de vie, d’échange réciproque et de découverte culturelle mutuelle.
D’autres signes de joie furent, pour moi, l’encouragement et le soutien de ma communauté et la rencontre avec d’autres personnes. À la vue
de ce que j’ai vécu je pourrais dire avec le pape François que « la joie est missionnaire, la joie n’est pas pour un seul, elle est faite pour apporter
quelque chose ». (JMJ de Lisbonne 2023).
Comme le disait notre dernière Lettre circulaire, je me suis sentie invitée à « Être Mission ».
Ma mission d’étudiante m’a mise en contact avec des personnes de diverses croyances et convictions. Nous avons tissé des relations amicales et fraternelles. A l’occasion du 60ème anniversaire de l’Institut, j’ai été invitée par l’une de nos professeures à m’habiller en habit traditionnel de ma culture d’origine. Ce fut une journée dédiée à la promotion des différentes cultures au sein de l’Institut.
J’ai pu participer à cette fête en vivant le « Tout à tous » selon notre charisme de Soeurs Missionnaires de Notre d’Afrique.






