Les sœurs dans la cour de Saint-Charles avec la statue de la Vierge Marie, Notre-Dame d’Afrique, au centre
Le 9 septembre 1869, huit jeunes femmes originaires de Bretagne arrivèrent à Alger après qu’une violente tempête en Méditerranée eut retardé leur voyage d’une journée. Alors que leur navire luttait contre les eaux tumultueuses, Mgr Lavigerie, évêque d’Alger, attendait avec impatience et finit par envoyer sa bénédiction à travers la mer agitée, un geste prophétique pour le chemin difficile qui les attendait.
Nous célébrons le 8 septembre comme date de naissance de la congrégation, en souvenir de la bénédiction envoyée par le cardinal Lavigerie à travers les eaux tumultueuses et en commémoration de la naissance de la Vierge Marie, notre patronne.
La Vision du Cardinal Lavigerie pour les Missions Africaines
En 1869 Mgr Charles Lavigerie, évêque d’Alger, faisait face à une crise. Le choléra et la famine avaient dévasté l’Algérie, laissant d’innombrables orphelins. Il envisagea une congrégation missionnaire, destiné à la résilience et à la transformation, spécifiquement adaptée aux conditions africaines, contrairement aux ordres religieux européens traditionnels. Il cherchait des femmes apôtres et envoya le Père Le Mauff en Bretagne, promettant avec audace mais honnêteté seulement « la pauvreté, les privations, l’abnégation, et possiblement la mort du martyr ». Malgré cette réalité austère, la réponse fut remarquable : vingt-deux postulantes se rassemblèrent en seize jours.
L’obligation de fournir un abri, de la nourriture et une éducation aux enfants recueillis pendant la famine nécessitait un travail agricole. Cela permit aux Sœurs de répondre aux besoins immédiats des orphelins et de la communauté qui n’avait aucun autre moyen de subsistance.
Ces premières sœurs établirent rapidement orphelinats, écoles, dispensaires et colonies agricoles à travers l’Algérie et dans le désert du Sahara.
Mais cette première réalisation, en réponse à une urgence humanitaire, ne pouvait satisfaire sa quête ni le projet de son cœur apostolique. Il devait aller plus loin : éduquer, soigner, s’ouvrir à l’immensité de l’Afrique. Il envisageait une congrégation missionnaire spécifiquement adaptée aux conditions africaines, différente des ordres religieux européens traditionnels.
Crise et Intervention Divine
Les sœurs ont fait du bon travail dans les écoles d’artisanat, les dispensaires et les hôpitaux, rendant visite aux familles et s’occupant des orphelins. Cependant, au début des années 1880 Mgr Lavigerie ne croyait pas qu’elles pouvaient gérer leurs propres affaires. Il voulait les fusionner avec d’autres congrégations existantes, mais lorsque ces plans ont échoué, il a décidé de dissoudre la congrégation et de renvoyer les sœurs chez elles.
Sœur Marie Salomé avait été élue supérieure générale en 1882. C’était une femme qui croyait fermement en la jeune congrégation et qui avait les qualités nécessaires pour la diriger. Mère Marie Salomé et sœur Marie Gonzague allèrent voir le fondateur pour le convaincre de laisser vivre la congrégation. En vain ! Il semblait avoir pris sa décision.
Les deux sœurs allèrent prier devant la statue de Notre-Dame d’Afrique dans la basilique Notre-Dame d’Alger, promettant que si Marie intercède pour la poursuite de la congrégation, elles placeraient sa statue devant la maison mère.
Le tournant décisif eut lieu en 1885 lorsque Mgr Dusserre réussit à convaincre le cardinal de permettre la poursuite de la congrégation. Ainsi, la Congrégation des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique continua à se développer et à s’étendre dans toute l’Afrique.
Les sœurs venaient de toute l’Europe et d’Amérique du Nord, où elles étudiaient la Bible, la théologie et l’arabe avant d’être envoyées en mission en Afrique. Elles sont devenues enseignantes et professeures, médecins et infirmières, directrices d’écoles et d’hôpitaux, avocats et traductrices. Elles ont étudié et préservé la culture et le savoir-faire artisanal des femmes, comme le tissage ou la phytothérapie traditionnelle.
Depuis l’Algérie, les sœurs ont d’abord établi des communautés en :
- Tanzanie (1894)
- Congo (1895)
- Mali (1897)
- Ouganda (1899)
En 1945, 1.454 sœurs servaient dans 160 communautés à travers le monde.
Suivant l’idéal de leur fondateur, elles sont devenues à leur tour promotrices de 22 congrégations locales auxquelles elles ont transmis leurs connaissances et leurs compétences pour assurer la durabilité et le leadership local.
Après la Seconde Guerre mondiale avec l’indépendance africaine et le II Concile Vatican nécessitèrent des changements et en 1964, le siège fut relocalisé d’Algérie à Rome.
L’Héritage Continue
Aujourd’hui, les Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique maintiennent leur « âme nomade », adaptant leur vision du 19e siècle aux besoins du 21e siècle dans quinze pays africains. Leur histoire démontre comment les missions catholiques en Afrique ont évolué en partenariat avec les communautés locales.
La statue de Notre-Dame d’Afrique, promise dans la prière durant leur heure la plus sombre, reste un symbole de foi récompensée et de missions maintenues à travers plus de 150 ans de service.








