Communauté d’Ukusijoni, en Ouganda
La vie des réfugiés est en réalité une vie de pauvreté. Pour certains, elle devient misère, car ils ont été contraints de quitter leur propre pays pour s’établir dans un espace très réduit dans un autre pays. Certains parviennent à s’en sortir, mais la majorité reste dans une situation désespérée. C’est le cas d’un grand nombre de personnes dans les camps de réfugiés de Maaji et d’Agojo, dans le district d’Adjumani, au nord de l’Ouganda.
Notre mission dans les camps de Maaji et d’Agojo cherche à répondre aux réalités concrètes des réfugiés et à leurs divers besoins. Il s’agit d’un apostolat pastoral qui comprend, dans la mesure du possible, des interventions humanitaires.
Les réfugiés ont avant tout besoin de Dieu, en qui ils trouvent leurs réponses, et ceux qu’ils découvrent comme messagers de Dieu font partie de leur vie. Notre service semble être arrivé au bon moment et, au milieu des multiples ONG, ils se rendent compte que notre approche est unique, car nous nous rapprochons d’eux et nous sommes « Tout à tous » dans tout ce que nous faisons.
Nous travaillons et marchons avec eux et pour eux, pour leur dignité, à travers les canaux de l’amour, la justice et la paix. Bien que la vie devienne plus difficile pour la plupart d’entre eux en raison de la réduction de l’aide humanitaire, nous faisons l’expérience de la solidarité, de la sollicitude, de liens solides, de la foi et de la volonté de se soutenir mutuellement.
Nous sommes présents auprès d’eux dans les domaines de la pastorale, de l’éducation, de la justice et la paix, de la santé mentale et du soutien psychosocial. Nous leur sommes présents et ils s’ouvrent à nous pour partager leurs joies et leurs difficultés. Nous leur rendons visite régulièrement en semaine pour des activités occupationnelles ou tout simplement pour être avec eux. Nous apportons la Communion aux personnes âgées qui ne peuvent pas se rendre à l’église. Nous prions dans leurs différentes chapelles chaque dimanche et lors des fêtes de leurs chapelles, ainsi qu’à Noël et à Pâques.
Et nous sommes avec eux pour les différentes célébrations de la vie : baptêmes, mariages et funérailles. Nous participons à leurs célébrations et nous approfondissons continuellement leurs cultures et leurs langues. En bref, nous sommes avec eux, nous rions et pleurons ensemble.
Les activités de formation professionnelle et de renforcement des capacités les aident à se relever de leurs expériences difficiles et traumatisantes, à réapprendre à trouver espoir et sens à leur vie, à retrouver l’estime de soi et à contribuer aux besoins de leur famille. Nous nous efforçons de répondre à leurs besoins fondamentaux chaque fois que nous le pouvons, en sachant que leurs besoins émotionnels sont tout aussi essentiels. A ce moment-là, ils voient l’amour de Dieu à l’œuvre en eux.
Nous constatons une transformation chez certaines femmes qui s’étaient retirées de la vie communautaire : elles participent désormais à des groupes de prière après avoir bénéficié d’un soutien psychologique et d’ un accompagnement réguliers.
Nous renforçons la collaboration entre réfugiés, membres de l’Église et dirigeants locaux. Toutes ces initiatives leur offrent l’occasion de partager leurs histoires méconnues et d’être écoutées, ce qui allège leur fardeau. L’enseignement de l’Église sur l’amour des pauvres devient alors visible. Nos équipes pastorales travaillent avec les responsables des camps pour signaler les cas de conflit, de violence et de négligence. Ce plaidoyer reflète l’appel de l’Église à protéger la dignité et à rechercher la justice pour les pauvres.
Nous constatons une participation croissante des femmes et des jeunes aux activités communautaires. La santé mentale des réfugiés est une question cruciale qui englobe non seulement leur bien-être physique, mais aussi leur guérison émotionnelle et psychologique. Notre présence est devenue source d’apaisement et de réconfort car nous les accompagnons dans le traumatisme profond qu’ils ont subi depuis qu’ils ont fui la guerre au Soudan du Sud pour se réfugier en Ouganda, en quête de paix et de sécurité.
Notre mission consiste à guérir l’invisible : blessures émotionnelles causées par l’abandon, tentatives de suicide, isolement, anxiété, syndrome de stress post-traumatique…la liste est sans fin. Dans ce parcours avec eux, notre présence allume une flamme d’espoir dans leur vie, flamme qui leur promet un avenir meilleur au milieu de l’obscurité écrasante qu’ils ressentent souvent. En partageant leurs expériences, ils espèrent inspirer un changement et la résilience chez ceux qui pourraient être pris au piège d’un cycle de désespoir.
L’une des choses qui résonne particulièrement en nous est la profonde signification que revêt notre compagnonnage. Même si nous ne sommes parfois pas en mesure de leur fournir des biens matériels, notre véritable présence est devenue une bouée de sauvetage. Nous nous sommes activement impliqués dans leur vie quotidienne, tissant des liens fondés sur la confiance et l’empathie qui transcendent les barrières de la langue et de la culture.
Les réfugiés, même les plus démunis d’entre eux, nous apprennent beaucoup, à travers leur foi, leur générosité et leur attention, leur confiance en Dieu. Après leur avoir rendu visite, beaucoup, gênés de ne pas nous avoir offert à manger disent : « Vous partez le ventre vide ! » Malgré leurs ressources limitées, ils ressentent le besoin de donner, mais parfois, ils n’ont pas les moyens de le faire. Ainsi, ensemble, nous partageons notre impuissance et nos espoirs.
Même dans les moments les plus sombres de souffrance, nous découvrons que la vie et l’espoir peuvent jaillir. C’est un mystère.
Parfois, la souffrance est accablante : pas de nourriture, pas d’argent pour la scolarité, pas de soins de santé. On se demande comment ces gens survivent. Pourtant, nous entendons les réfugiés répéter « Rabuna fi », ce qui, en arabe de Juba signifie « Dieu est là ». Quand on entend parler d’une jeune fille qui, revenue chez elle pour les vacances scolaires, n’a rien trouvé à manger pendant trois jours, cela nous brise le cœur. Ou d’un jeune garçon qui, agressé, a eu les mains brisées et ne savait pas où aller chercher de l’aide parce que les services de santé ont cessé de fonctionner.
Face à tant de souffrance, nous nous sentons souvent impuissants. C’est alors que nous rencontrons le Seigneur souffrant en eux. Ils nous apprennent à ne pas demander « pourquoi ? », mais plutôt « quelle est ma réponse ? »
Le Seigneur semble nous inviter à porter la douleur, à être avec eux , à demeurer dans une attention aimante, une attitude qui peut sembler simple, mais qui est souvent très difficile pour nous, car elle nous demande de rester sans agir dans l’immédiat. Jour après jour, nous découvrons que c’est à travers de petits gestes de gentillesse, qu’il s’agisse de partager un repas, d’offrir une oreille attentive ou simplement de s’asseoir en silence avec eux, que nous cultivons un sentiment d’appartenance et de communauté.
Ces moments partagés nous rappellent à tous que, malgré l’adversité à laquelle ils sont confrontés, il y a encore des raisons d’espérer, de rêver et de lutter pour un avenir meilleur.
Notre parcours collectif ne se résume pas à la survie ; il s’agit de guérir, de reconstruire et de trouver la joie au milieu des tempêtes de la vie.











