Entretien sur la vie missionnaire de Sœur Adoración Bolivar, au sein de notre communauté de Logroño, en Espagne. Cet article est tiré de la revue « Misioneros Tercer Milenio », n° 266, juin 2026, p. 57, rédigé par Israel Íñiguez
« Je rends grâce à Dieu de pouvoir continuer à vivre ma vocation missionnaire. »
Burkina Faso, Mali, Tunisie, Mauritanie et Mexique. Tels ont été les pays où notre protagoniste a exercé sa mission (en dehors de l’Espagne), principalement dans le domaine de l’éducation.
Il s’agit d’Adoración Bolívar Castro, cinquième d’une famille de sept enfants, élevée à Séville et dotée d’un parcours exceptionnel. À propos de ses parents, Encarnación et Miguel, et de cette famille nombreuse, notre missionnaire affirme :
Je rends grâce à Dieu pour eux. C’est grâce à eux que je suis devenue celle que je suis, et j’ai porté les valeurs chrétiennes comme une bannière partout où j’ai vécu. »
Elle a étudié pour devenir enseignante et a rapidement obtenu un poste à La Puebla del Río (Séville). « Mes anciennes élèves continuent encore aujourd’hui à m’écrire et à prendre de mes nouvelles », ce qui remplit Adoración de fierté et de nostalgie.
Son contact avec la foi chrétienne lui est venu de sa sœur María del Carmen, qui, dès son plus jeune âge, souhaitait devenir religieuse. « Dans la famille, personne d’autre n’avait cette vocation, à l’exception d’une cousine de mon père, qui était carmélite », se souvient-elle. « Lorsque ma sœur est partie de Puebla del Río, cela a profondément marqué mon propre désir et mon aspiration à devenir missionnaire. J’ai pris contact par correspondance avec les Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique. Mais tout est allé très vite, car à 21 ans, mon père m’a donné l’autorisation de partir de Las Palmas — où ils vivaient alors — pour aller à Madrid et y suivre ma formation auprès de celles qu’on appelait les Sœurs Blanches. »
Cette période de formation a commencé à Logroño, puis elle s’est rendue à Toulouse afin de perfectionner son français. Elle avait également été désignée pour aller en Pennsylvanie afin d’y étudier l’anglais, mais son visa n’est jamais arrivé et elle a donc dû apprendre l’anglais à Madrid.
Le début de son « tour d’Afrique »
La première destination d’Adoración fut le Burkina Faso (alors appelé Haute-Volta lorsqu’elle y arriva, en septembre 1968).
« Je voyageais seule, et le premier grand choc a été le climat, la chaleur ; les chaussures collaient à l’asphalte. À peine descendue de l’avion, personne ne m’attendait. Je me suis rendue dans les bureaux de l’aéroport, où j’ai rencontré deux jeunes Suissesses qui allaient travailler avec les Sœurs Blanches sur un projet éducatif, précisément dans l’école où j’allais travailler. Elles m’ont donc accompagnée jusqu’à la communauté. Là, on m’a expliqué que le télégramme annonçant mon arrivée n’avait jamais été reçu », raconte-t-elle en riant.
Elle poursuit : « Après une première période à l’école, où je me suis immédiatement intégrée et où j’ai beaucoup apprécié mon travail, j’ai été envoyée dans la capitale administrative du Burkina, dans une autre communauté et une autre école. Il s’agissait cette fois d’un lycée français, où j’enseignais l’administration et le secrétariat. »
Avec amusement, elle ajoute : « Juste avant mon départ, les premiers ordinateurs sont arrivés dans l’établissement. Imaginez quel événement historique c’était ! »
Il faut également mentionner un projet de cette période, lancé avec l’évêque du diocèse, qui visait à sauvegarder la langue d’un territoire.
« Nous parlons du village de N’dorola et de l’ethnie Sénoufo. Pour obtenir un financement et présenter le projet à l’UNESCO, nous devions rechercher l’ensemble des locuteurs, au minimum deux millions de personnes. Avec la colonisation, cette ethnie s’était retrouvée divisée entre trois pays : le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire et le Mali.
« Nous avons finalement obtenu l’approbation du projet et nous nous sommes installés dans un petit village très traditionnel, habité uniquement par des membres de cette ethnie. Après plusieurs visites, le chef du village nous a invitées à rester. Nous avons alors commencé à vivre avec la population et à travailler avec elle. Nous avons finalement réalisé une sorte de dictionnaire ou de manuel de la langue, qui a contribué à la relancer », raconte-t-elle avec fierté.
L’étape suivante fut le Mali. Dans la capitale, Bamako, elle eut également l’occasion de se consacrer à l’enseignement, cette fois dans deux établissements : une école primaire et une école secondaire, en collaboration avec une congrégation du Canada.
« Pendant neuf ans, j’ai vu les jeunes filles terminer leurs études, prêtes à commencer leur parcours universitaire », raconte-t-elle.
Une autre expérience particulièrement enrichissante au Mali fut celle de la première évangélisation à Kolokani.
« J’étais dans la mission centrale et nous avions environ 200 petits villages à visiter. De ces petites localités venaient des personnes intéressées par la foi, qui souhaitaient se rendre à la mission centrale pour être baptisées. L’apprentissage de la langue était ici très important, ainsi que les catéchismes, les Évangiles et la Bible traduits. »
Lors d’un nouveau séjour à Bamako, Adoración participa à la pastorale universitaire.
« C’étaient des garçons et des filles plus âgés ; c’était un vrai plaisir de discuter avec eux d’adulte à adulte. Pendant cette période, et grâce à l’aide de Manos Unidas, nous avons réussi à construire une salle d’étude, quelque chose qui manquait aux jeunes pour pouvoir se préparer à leurs études. »
Le monde arabe
Lors de son transfert ultérieur du Mali vers la Tunisie, la grande découverte de notre missionnaire fut le monde arabe.
« Ce fut merveilleux. Je ne connaissais pas grand-chose de son histoire ni de sa culture. En travaillant de nouveau dans une école, ce fut un véritable plaisir de découvrir le monde islamique, avec une culture d’une richesse extraordinaire. De magnifiques liens de fraternité se sont créés. »
L’anecdote la plus marquante de cette période concernait son prénom.
« Je ne pouvais pas me présenter aux garçons et aux familles avec mon prénom, car Adoración est un terme qui ne peut être employé que pour Dieu. On m’a donc demandé de le changer et, finalement, on m’a appelée Dori : sœur Dori », explique-t-elle.
Comme de nombreux étudiants bénéficiant de bourses arrivaient en Tunisie depuis différents pays (Nigeria, Cameroun, Gabon…), elle et un prêtre béninois organisèrent la pastorale universitaire.
« Ils nous demandaient si les musulmans pouvaient venir, et nous avons répondu que oui. Certains weekends, nous réunissions 350 à 400 personnes. Nous allions là où se trouvaient les religieuses de Mère Teresa de Calcutta, qui nous prêtaient quelques locaux, et c’est là que nous menions nos activités. Ce fut un dialogue islamo-chrétien très fluide. »
La Mauritanie
Dori connut sa dernière étape africaine en Mauritanie. Elle y arriva déjà à un âge avancé et à la retraite, ce qui lui permit de ne pas avoir de travail précis et de se consacrer à plusieurs domaines.
Dans le secteur de l’éducation, elle organisait des formations en pédagogie pour les enseignants. Dans un centre de promotion féminine, elle s’occupait également « des filles de familles vivant dans les quartiers périphériques. Dans ces mêmes quartiers, avec les associations de résidents, nous cherchions à identifier les problèmes auxquels ils étaient confrontés et comment les résoudre. Nous avons finalement créé une ONG pour les aider. »
Un départ pour le Mexique
Et alors qu’elle pensait passer toute sa vie sur le continent africain, l’occasion de partir au Mexique se présenta.
« J’ai été envoyée dans une communauté du District fédéral, parce que la sœur initialement désignée ne pouvait finalement pas y aller. J’ai beaucoup aimé cette expérience, mais malgré tout, je me voyais toujours en Afrique. Là-bas, à Mexico, j’ai été chargée de préparer le Domund [la Journée mondiale des missions]. Même si je n’y suis restée que peu de temps, j’en garde un très bon souvenir. »
Le Mexique fut sa dernière mission au-delà des frontières espagnoles. Logroño fut l’étape suivante.
« J’ai commencé avec le Groupe Umoya, une organisation consacrée à faire connaître la richesse du continent africain, à dénoncer les injustices qui y sont commises et à promouvoir la solidarité et l’affection envers l’Afrique. J’ai participé à de nombreux événements et expositions, et nous avons organisé la Semaine du cinéma…
« Nous avons également le programme Rioja Acoge, dans lequel des groupes de jeunes viennent apprendre notre langue. Je m’y suis impliquée en donnant des cours d’espagnol à un groupe composé de Pakistanais et de Marocains.
« Un autre aspect important de notre travail a été notre intervention sur les problématiques liées à la Loi sur les étrangers, notamment dans des cas concernant des travailleurs saisonniers qui arrivent dans La Rioja pour les vendanges. »
Dori vit aujourd’hui dans une résidence à Málaga. Elle trouve encore le temps de faire « ses petites choses », comme elle le dit elle-même.
« Je fais partie du Comité de l’émigration, du Département des missions et je travaille également avec le centre pour réfugiés. Je rends grâce à Dieu de pouvoir continuer à vivre ma vocation missionnaire. »
Et nous aussi, nous lui en sommes reconnaissants, d’avoir parmi nous une personne aussi dévouée aux causes des autres.
Lien pour télécharger l’article en espagnol Misión Viva (Adoración Bolívar)


















