Partagé par Philogène TEBABO LINGANAISO, postulante
J’aimerais vous partager mon expérience vécue au centre Pan Bila de Ouagadougou, Burkina Faso. J’ai commencé mon apostolat là-bas au mois de juin 2024.
Ce centre accueille les filles mères ou celles qui ont fui le mariage forcé en vue de retrouver leurs familles ou d’étudier pour devenir responsables et assumer leur rôle dans la société.
Dans notre pays, il y a une tribu où, selon sa culture, si une fille tombe enceinte hors mariage, sa famille la chasse. Elle ne peut pas rencontrer son père ou ses frères jusqu’à l’accouchement. Selon la culture, si elle les rencontre ils vont mourir.
Au début, c’était un peu difficile pour moi de travailler avec ces filles à cause des limites de la langue et aussi pour le temps de gagner leur confiance. Alors le seul moyen d’y arriver était de m’approcher d’elles dans leurs activités. Nous avons fait la cuisine, lavé les habits de leurs enfants, cultivé ensemble. J’ai aidé à porter leurs enfants.
Ce qui me donne de la joie dans ce centre, c’est l’amour pour l’autre malgré son histoire, la collaboration avec les responsables du centre et vivre ensemble l’unité dans la diversité.
Maintenant, je suis très épanouie et heureuse de passer ma journée avec elles, car elles sont devenues mes amies.
Là où il y a les gens, les problèmes ne manquent pas. Certaines ne sont pas assez ouvertes; parfois elles ont peur de partager leur histoire aux responsables. Nous venons de perdre une d’elles et elle nous a laissé son bébé d’un mois, qui est maintenant dans une famille d’accueil. C’était pour nous difficile parce qu’elle n’avait pas partagé son problème de santé. Elle n’a même pas vu le père de son enfant jusqu’à la veille de sa mort. Elle est morte dans son lit à côté de son bébé. Les autres ne l’ont constaté que quand l’enfant s’est mis à pleurer.
D’autres sont à la recherche des pères de leurs enfants et dans la plupart des cas, ça les déstabilise. Maintenant nous accueillons au centre, certaines personnes qui viennent pour la sensibilisation de la traite humaine et des droits des enfants. C’est un moyen d’aider les filles à être vigilantes à ce qui se passe maintenant dans notre monde, surtout la traite humaine et d’autres dangers.
Le 20, nous avons fêté Noël. Nous avons mangé la salade de notre jardin. Les filles étaient toutes belles et contentes. Chaque fille avait reçu une pièce de pagne, l’habit de son enfant et 3000 francs venant d’une personne de bonne volonté. Pour moi, cet apostolat me fait vivre et comprendre dans toute sa signification la parole de notre fondateur cardinal Lavigerie :
« Aller vers l’autre, manger sa nourriture, et parler sa langue ».






