De notre sœur Mia Dombrecht, SMNDA en Mauritanie
Un appel au cœur de la Mauritanie
J’aime regarder la carte de la Mauritanie, République Islamique, ce pays immense qui nous accueille entre désert et océan. Sur cette carte, les communautés religieuses présentes à Nouakchott et à l’intérieur du pays semblent si petites…
Je me suis souvent demandé : comment rejoindre ces familles musulmanes éloignées, qui ne connaissent parfois même pas l’existence d’autres religions, et leur faire goûter à la joie du Royaume de Dieu déjà présent parmi nous ?
Teichott, un village entre mer et désert
Teichott est un petit village de pêcheurs traditionnels, niché entre l’océan Atlantique et le désert mauritanien. Il fait partie des neuf villages imraguen situés le long de la côte entre Nouakchott et Nouadhibou.
Cette zone fait partie du Parc National du Banc d’Arguin, classé patrimoine mondial de l’UNESCO, reconnu comme l’un des espaces marins les plus riches en poissons au monde.
Nous avons découvert ce village pour la première fois en 2011, avec la communauté des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique présente à cette époque. Là-bas, les hommes pêchent à la voile pour ne pas polluer l’environnement protégé. Les femmes, elles, transforment le poisson : elles fabriquent de l’huile à partir des têtes de mulet jaune et sèchent les œufs pour produire un « caviar » local. Elles cousent aussi les voiles et les tentes.
Chaque village abrite un poste de l’IMROP (Institut Mauritanien de Recherches Océanographiques et des Pêches), chargé de surveiller la vie marine et la pêche durable. Pourtant, cet équilibre écologique reste fragile. Le réchauffement climatique provoque la montée du niveau de la mer : à chaque grande marée d’août et septembre, l’eau s’avance dans le désert, formant des lacs entre les dunes. Et pendant que la Mauritanie protège ce patrimoine naturel, elle signe aussi des accords de pêche industrielle avec des compagnies étrangères…
L’éducation au cœur de la mission
À 300 km de Nouakchott, Teichott compte environ soixante familles. L’école du village réunit deux enseignants, l’un pour l’arabe, l’autre pour le français, pour une soixantaine d’enfants, toutes classes confondues.
Le niveau de français est faible : même les élèves de sixième primaire ne maîtrisent pas encore tout l’alphabet. Peu réussissent l’examen d’entrée au collège, et les garçons de dix à douze ans rêvent déjà de rejoindre leurs pères à la pêche.
C’est la troisième fois que je reviens à Teichott pour enseigner le français. Avec les plus petits, j’utilise des jeux, chansons, images et dialogues. Les enfants de troisième et quatrième année adorent tracer les lettres sur leur ardoise. Les adolescents, eux, découvrent la joie du théâtre. Ensemble, nous avons créé des pièces qui parlent de tolérance, de vivre ensemble, et de protection de la création, comme le dialogue entre le dauphin et le mulet jaune qui se plaignent que les grands bateaux étrangers vident la mer et que les déchets polluent l’océan.
Vivre l’Évangile dans un village musulman
Pendant mon séjour, j’ai médité l’Évangile selon saint Marc. Le passage de la femme syro-phénicienne (Mc 7, 24-30) m’a profondément touchée : elle devient un canal de grâce en terre païenne. Moi aussi, je me suis sentie un peu comme elle, la seule chrétienne dans un village musulman, un petit canal par lequel peut passer la présence de l’Évangile.
À travers les cours de français, les visites aux familles et la participation à la vie du village, j’ai voulu être simplement un signe d’amour et d’amitié. Comme Jésus qui parlait en paraboles, je ne peux pas annoncer directement l’Évangile, mais j’ai choisi de chanter avec les enfants trois petits refrains sur un Monde Nouveau :
« Dans le Monde Nouveau, on ne se dispute pas, on partage, on pardonne, on étudie bien, on respecte les autres. »
Ces chants fonctionnent comme des paraboles d’aujourd’hui, transmettant les valeurs de paix, de partage et de respect.
Éduquer à la protection de la création
Avec les plus jeunes, nous avons aussi ramassé les ordures du village. Les enfants les plus turbulents en classe se sont montrés les plus enthousiastes dans cette tâche que même leurs parents refusaient parfois de faire. Ce geste simple est devenu un acte concret de soin de la création, une manière de bâtir ensemble ce Monde Nouveau.
Un monde nouveau à construire ensemble
Le dernier jour, nous avons invité les parents et les notables du village pour présenter les dialogues, chants et pièces de théâtre préparés durant le mois. Ils étaient émerveillés par la mémoire, la prononciation et la créativité des enfants. Beaucoup ont exprimé l’espoir que leurs enfants puissent un jour poursuivre leurs études dans les villes de Mauritanie.
Ce jour-là, j’ai senti qu’un petit germe d’espérance était né, au cœur de ce village entre mer et désert.
Ensemble, nous pouvons construire un monde nouveau.






