Au Symposium qui s’est tenu à l’université Tangaza de Nairobi le 20 septembre 2025 pour célébrer le bicentenaire du Cardinal Lavigerie, Sr Hélène Mbuyamba, MSOLA a fait une présentation pour valoriser le rôle du cardinal dans la création des congrégations féminines
Voici un résumé de la conférence donnée par Sr Hélène
À une époque où le rôle des femmes se limitait aux tâches domestiques et familiales, le cardinal Lavigerie affirmait clairement que, pour lui, l’apostolat des femmes était un complément indispensable à celui des hommes. Homme de foi, ouvert d’esprit et doté d’une vision et d’une clairvoyance extraordinaires, il comprenait l’importance de l’apostolat des femmes auprès des femmes et reconnaissait leur rôle essentiel dans la transformation de la société.
Même les femmes qui quittaient rarement leur foyer étaient au cœur de leur famille, et c’est à la maison que les femmes façonnent la société de demain. Les sœurs pouvaient les atteindre et les aider à remplir leur rôle d’éducatrices de leurs enfants. Elles offraient un modèle nouveau et libérateur de féminité, elles pouvaient entrer dans les foyers et rencontrer les femmes et les filles, et prendre en charge leur éducation formelle.
LA VISION
En 1856, Lavigerie devient le premier directeur de l’Œuvre des Écoles d’Orient. Quatre ans plus tard, cette nomination le conduit en Syrie, où il organise des comités de secours pour soulager les souffrances des chrétiens. C’est dans cette région qu’il est frappé par l’influence extraordinaire que les missionnaires, en particulier les religieuses, exercent sur les musulmans.
Il écrivit :
J’ai vu des milliers d’hommes et d’enfants, musulmans et chrétiens, rassemblés autour des sœurs, leur demandant de l’aide dans leur pauvreté, un remède à leurs problèmes de santé. Je les ai vus embrasser leurs vêtements avec respect. J’ai entendu l’une d’elles me raconter qu’un jour, alors qu’elle marchait parmi des musulmans, elle fut arrêtée par un homme du peuple qui lui dit, avec une curiosité mêlée de respect : « Sœur, quand vous descendez du ciel, est-ce que vous, les religieuses, vous êtes habillées comme ça ? »
Il constata que ces religieuses étaient respectées et aimées de tous, même des musulmans, dans une région déstabilisée par les conflits interreligieux.
LA MISE EN ŒUVRE
En 1863, Lavigerie fut nommé évêque de Nancy. À ce titre, il entreprit d’élever le niveau d’éducation des prêtres et des religieuses du diocèse, car il se préoccupait de l’éducation des filles.
Ce sont les femmes, écrivait-il au Souverain Pontife, qui, en tant que mères, sont appelées à transmettre l’instruction et les mœurs religieuses. Si elles n’ont pas de sentiments profonds de foi et de piété, tout ce qui les entoure en souffre. »
En août 1864, il exigea que toutes les novices des congrégations enseignantes atteignent le même niveau que les enseignants laïcs. Des diplômes épiscopaux seraient donc nécessaires pour diriger même la plus humble des écoles du diocèse.
De plus, Mgr Lavigerie n’hésita pas à faire venir d’autres congrégations dans son diocèse de Nancy. Il est clair que, même avant de fonder ses instituts missionnaires, Lavigerie était convaincu de l’importance du travail apostolique des religieuses.
LA FONDATION DES SŒURS MISSIONNAIRES DE NOTRE-DAME D’AFRIQUE
En juin 1869, Mgr Lavigerie annonça la fondation de deux instituts, l’un pour les hommes, les « Frères Agriculteurs », qui fusionneront plus tard avec les Pères Blancs, et l’autre pour les femmes, les « Sœurs Agriculteurs », qui seront à l’origine des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique.
Parlant des origines de la Société des Sœurs, il ajouta :
Ce sont les bonnes sœurs auxquelles je faisais allusion tout à l’heure lorsque je disais qu’il me semblait que, dans le plan de Dieu, les femmes devaient être les missionnaires les plus puissantes auprès de ce pauvre peuple africain. C’est à elles que les Sœurs des Missions veulent se consacrer entièrement, en élevant leurs enfants, en soignant leurs malades et en aidant leurs pauvres. »
Les exhortations du cardinal à ses filles soulignent l’importance de la tâche qu’il leur a confiée : « Pour une œuvre aussi importante et difficile (l’apostolat des femmes chrétiennes parmi les femmes africaines), il faut des instruments parfaits, des âmes véritablement apostoliques, des saintes. » – « Des femmes apôtres ! C’est ce que vous voulez être pour l’Église, à l’exemple des saintes femmes qui ont suivi Notre Seigneur pendant sa vie terrestre et qui, après sa mort, ont répandu son nom par leur foi, leur charité et leur exemple. » (Pensées du cardinal Lavigerie, 107-108)
La réalisation de ce projet fondateur a rencontré de nombreuses difficultés, mais grâce à la détermination sans faille de Mère Marie Salomé et à l’intervention des Missionnaires d’Afrique, la congrégation a persévéré et, en 1886, Lavigerie a déclaré :
J’ai consacré les années les plus actives de ma vie à jeter les bases de notre Société des Missionnaires. Je souhaite consacrer ma vieillesse, tant que Dieu m’accordera la vie, à promouvoir ce que je crois être encore plus important pour les peuples de notre Afrique : l’apostolat des Sœurs. »
Quelques jours avant sa mort, il reçut en audience la Supérieure générale, Mère Marie Salomé, accompagnée de Mère Hippolyte, venues lui présenter les vœux de la Congrégation à l’occasion de la fête de saint Charles, célébrée le 4 novembre. Discutant de divers sujets avec elles, il leur adressa ces paroles encourageantes et pleines d’espoir :
Ne craignez rien pour votre congrégation, elle continuera à vivre. Vous recrutez bien actuellement. C’est une consolation pour moi de penser que mes œuvres missionnaires, celles des Pères et les vôtres, continueront à vivre… »
Alors que nous célébrons le bicentenaire de notre fondateur, entendre à nouveau ces paroles réchauffe nos cœurs et ravive résolument la flamme de l’espoir d’un engagement passionné et renouvelé envers les peuples africains. Depuis leur fondation jusqu’à aujourd’hui, les Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique ont continué à vivre la vision du cardinal Lavigerie en servant les femmes et les enfants, en promouvant leur dignité et leur autonomie, et en offrant des services d’évangélisation, d’éducation et de soins.
LES HÉRITIERS DE LA VISION
Les Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique ont eu la chance d’accompagner 22 congrégations naissantes jusqu’à ce qu’elles deviennent autonomes.
Elles ont considéré cette responsabilité comme l’accomplissement des directives données par leur fondateur, le cardinal Lavigerie : « Transformer l’Afrique par des Africains devenus chrétiens et apôtres » ; un travail durable ne pouvait être accompli que par des Africains, les missionnaires ne servant que d’initiateurs.
Lors de la cérémonie de clôture à Namugongo du 150e anniversaire de la fondation des Missionnaires d’Afrique, les Pères, les Frères et les Sœurs, la Supérieure générale des Bannabikira d’Ouganda s’est exprimée comme suit dans sa lettre de félicitations :
Nous, les Bannabikira, sommes fiers, au nom de Jésus, d’être les premiers-nés (en Ouganda) des Missionnaires d’Afrique et des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique. Notre fondateur, l’archevêque Henry Streicher (M.Afr.), avait un grand zèle pour l’évangélisation et, comme le cardinal Charles Lavigerie, croyait que les femmes seraient des instruments très importants de l’évangélisation. C’est pourquoi il a écouté le Saint-Esprit et fondé notre institut religieux en 1910. Il ne l’aurait pas fait sans l’aide maternelle de Mère Mechtilde (MSOLA).
Il est clair que nous faisons partie intégrante de l’arbre généalogique de Lavigerie. Nous en sommes très fiers. »
Ici la listes des congrégations de la famille Lavigerie
- Sisters of St. Theresa of the Child Jesus, Tanzania
- Sisters Bannabikira, Daughters of Mary, Uganda
- Daughters of St Theresa of the Child Jesus, Banyatereza, Uganda
- Assumption Sisters of Nairobi, Kenya
- Daughters of the Redeemer, Zambia
- Sisters of the Child Jesus, Zambia
- Sisters of St. Theresa of the Child Jesus, Malawi
- Sœurs de St Joseph, Auxiliatrices de l’Eglise, R.D. Congo
- Filles de Marie, Reine des Apôtres, R.D. Congo
- Sœurs Bene-Tereziya, Burundi
- Sisters Abizeramariya, Rwanda
- Sœurs Benebikira, Rwanda
- Sisters of Mary Immaculate, Ghana
- Filles du Cœur Immaculé de Marie, Mali
- Institut-Famille des Sœurs de l’Annonciation de Bobo, Burkina Faso
- Sœurs de Notre-Dame du Lac, Burkina Faso
- Institut des Sœurs de l’Immaculée Conception de Ouagadougou, Burkina Faso
- Sisters of the Emmanuel, Kenya
- Sœurs Servantes de Jésus, R.D. Congo
- Daughters of Mary (Mabinti Wa Maria), Tanzania
- Sisters of Our Lady Queen of Africa, Tanzania
- Sisters of Our Lady Queen of Apostles of Mbeya, Tanzania
La plupart des information dans cette présentation viennent du livre de Sœur Andrée du Sacré-Cœur « Histoire des origines de la congrégation des Sœurs Missionnaire de Notre-Dame d’Afrique » Saint-Charles, 1946









